Acadie : La vie quotidienne au temps de nos ancêtres
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Glossaire

Agrès : Accessoire de manœuvre, de levage, d'arrimage.

Bauge : Mortier fait de terre et de paille.

Besace : Sorte de poche que les femmes portaient à la taille, sous leur jupe.

Bluteau (blutoir) : Appareil servant à bluter, c'est-à-dire à tamiser la farine pour la séparer du son.

Buggy : Voiture à cheval découverte à deux sièges.

Boucherie : Abattage des animaux pour leur viande, en particulier les porcs.

Bouchure : Clôture.

Bouvet : Rabot servant à faire des rainures.

Câline : Petit bonnet couvrant le dessus de la tête jusqu'aux oreilles. Fait d'indienne ou de lainage fin recouvert de rubans.

Capine : Grand bonnet de coton avec un rebord qui se replie. On déplie le rebord pour se protéger du soleil lorsque l'on travaille à l'extérieur.

Carrelet : Filet tendu sur un cadre en bois et attaché à une perche, servant à la pêche au homard.

Caveau à légumes : Petite cave extérieure recouverte d'un abri de bois et de terre, et servant à conserver les légumes.

Chafaud à foin : Support en bois installé sur les prés et sur lequel on entassait le foin en attendant de l'engranger au début de l'hiver.

Charron : Ouvrier qui fabriquait les charrettes et autres voitures à cheval.

Charroyage : Transport, action de charroyer, charriage de quelque chose ( ex. : bois, eau, farine, etc. ).

Chemise de corps : Vêtement de dessous féminin, couvrant le corps depuis les épaules jusqu'à la mi-jambe.

Cheville : Petit morceau de bois grossièrement cylindrique et légèrement conique servant à l'assemblage des pièces de bois.

Chevron : Pièce de charpente posée obliquement et soutenant le toit.

Clapet : Pièce mobile d'une pompe, d'un aboiteau, permettant le passage de l'eau dans une seule direction.

Coiffe en linon à barbes ou rubans : Coiffe en coton blanc très fin et servant surtout pour la mariée. Elle est décorée de dentelles et de motifs cousus à la main.

Colombage : Ensemble des pièces verticales de la charpente d'un mur.

Conserverie à homard : Établissement industriel dans lequel le homard est mis en conserve dans des boîtes de métal.

Conteux : Personne qui racontait de mémoire des récits tirés de la tradition ou de sa propre imagination.

Cotillon ou jupon : Vêtement féminin de dessous, porté par-dessus la chemise de corps et allant de la taille aux chevilles.

Couteau à planer: Lame longue et étroite, munie de manches à ses deux extrémités, et servant à la finition du bois.

Départoir ou " froe ": Longue et forte lame munie d'un manche de bois fixé à angle droit et sur laquelle on frappait avec un maillet pour fendre les bûches.

Droguet : Pièce de tissage faite avec une chaîne de coton ou de lin et une trame de laine.

Dyspepsie : Maladie de l'appareil digestif et de ses annexes.

Écloserie ou " homarderie ": Établissement où les œufs de homard étaient recueillis et où les jeunes homards étaient conservés pendant un certain temps avant d'être retournés à la mer.

Enjolivure : Ornement.

Équarrir : Tailler à la hache de façon à donner une forme carrée.

Espar : Longue pièce de bois utilisée comme mât, beaupré ou vergue.

Étriquette : Outil formé d'une baguette de bois garnie de pointes de métal, servant à marquer une pièce de bois pour faire le bardeau.

Fabrique : Conseil de paroisse.

Fermes ou " truss " : Assemblage de pièces formant la charpente des combles d'une maison, d'une bâtisse ou d'une structure.

Frac : Sorte de veste de laine à manches longues, portée par les hommes.

Frolic : Rassemblement destiné à l'amusement, en particulier après une corvée.

Fût : Tonneau.

Galère : Rabot mesurant de 12 à 18 pouces, servant à dégrossir et à dresser les pièces de bois de moyenne longueur.

Galoches : Sabot à dessus de cuir et semelle de bois.

Goélette : Bateau à voile à deux ou trois mats et à voiles auriques.

Grande Communion solennelle : Cérémonie de communion collective destinée aux adolescents.

Gru : Grain d'avoine privé de son.

Guillaume : Rabot servant à tailler les feuillures (entaille dans laquelle les portes et les fenêtres sont encadrées pour fermer juste).

Harmonium : Instrument de musique à anches libres et à clavier, avec soufflerie, similaire à un orgue mais plus petit.

Indienne : Toile de coton peinte ou imprimée de petits motifs qui se fabriquait aux Indes.

Laize : Largeur d'une pièce d'étoffe.

Lambris : Revêtement des murs intérieurs d'une maison.

Languette : Tenon destiné à entrer dans une rainure pour assurer l'assemblage de deux planches.

Levée : Digue faite de billots et de terre glaise, élevée le long du rivage et ayant à sa base les aboiteaux, servant au drainage des terres basses en vue de la culture.

Ligne à la main : Ligne longue de 100 à 200 pieds, garnie de deux hameçons et d'une cale, utilisée pour la pêche à la morue.

Ligne dormante : Ligne portant de 400 à 600 hameçons, que les pêcheurs laissaient reposer sur le fond, pour prendre la morue.

Loyalistes : Américains qui émigrèrent vers le Canada afin de demeurer fidèles à l'Angleterre après l'accession des États-Unis à l'indépendance.

Maçonne ou âtre du foyer : Grande cheminée de pierre et de mortier des anciennes maisons acadiennes.

Malécites : Nation amérindienne établie dans la vallée de la rivière Saint-Jean.

Mante : Manteau court de femme très simple, ample et sans manches.

Mantelet : Vêtement de femme, corsage d'étoffe ou de coton à manches longues et droites.

Micmacs ou Mi'kmaq : Nation amérindienne de la Nouvelle-Écosse et de l'Est du Nouveau-Brunswick.

Mortaise : Cavité taillée dans une pièce de bois pour recevoir un tenon.

Mortaiseuse : Machine servant à tailler les mortaises.

Moulure : Pièce de bois longue et étroite, marquée dans sa longueur de cannelures en creux et en relief de manière à lui donner un aspect décoratif.

Ocre : Argile contenant des oxydes de fer (rouge) ou de manganèse (jaune) et servant de colorant.

Onglet : Extrémité d'une planche, d'une moulure formant un angle de 45 degrés.

Paisley : Dessins anciens décrivant des têtes de violons.

Palisson : Instrument de fer, en forme de demi-cercle, qui sert à lisser, assouplir les peaux.

Pantalon à clapet : Pantalon avec panneau ouvrant à l'avant.

Patrilinéaire : Qui se transmet par les hommes de génération en génération.

Renaissance acadienne : Période de l'histoire acadienne (fin du 19e siècle) marquée par une prise de conscience collective de la société acadienne, par la fondation de ses premiers collèges, le choix de ses symboles nationaux et l'émergence d'une élite professionnelle et marchande.

Petit corset : Vêtement de dessous féminin, sans manches et boutonné à l'avant, porté par-dessus la chemise de corps et sous le mantelet.

Planches à clin : Planches horizontales chevauchant les planches inférieures.

Pièces sur pièces : Construction en billes de bois posées horizontalement l'une sur l'autre.

Poêle à deux ponts : Poêle en fonte avec surface de cuisson intérieure, pouvant aussi servir de fourneau.

Poteau à coulisse ou poteau-coulisse : Pièce de charpente verticale portant une rainure dans laquelle les pièces des murs sont glissées.

Pré : En Acadie, terrain marécageux en zone littorale, asséché au moyen d'aboiteaux et mis en culture.

Presse à platine (imprimerie) : Presse sur laquelle la forme est placée dans une position verticale sur le marbre.

Presse à vis (imprimerie) : Presse sur laquelle la forme est placée en position horizontale sur une table et où le support est appuyé contre celle-ci au moyen d'un levier et d'une tige filetée.

Quenouille : Petit bâton garni en haut d'une matière textile, que les femmes filaient en la dévidant au moyen du fuseau ou du rouet.

Queue d'aronde : Procédé d'assemblage où les pièces de bois sont terminées en forme de queue d'hirondelle.

Rabot : Outil de planage de 6 à 12 pouces qui sert à dégrossir les pièces courtes et à dresser les bouts.

Rainure : Moulure creuse et plate.

Renaissance acadienne : Période de l'histoire acadienne (fin du 19e siècle) marquée par une prise de conscience collective de la société acadienne, par la fondation de ses premiers collèges, le choix de ses symboles nationaux et l'émergence d'une élite professionnelle et marchande.

Sablière : Grosse poutre horizontale qui supporte d'autres pièces.

Sabot : Chaussure faite de bois évidé.

Sole : Pièce de bois horizontale, posée à plat, sur laquelle reposent les murs d'une maison de bois.

Solive : Pièce de bois horizontale servant à soutenir les planches.

Syndic (dans le vocabulaire scolaire) : Nom par lequel on désignait autrefois le conseil scolaire local et ses membres.

Talus : Terrain en pente.

Tenon : Extrémité taillée d'une pièce de bois qui entre dans une cavité appelée mortaise.

Varlope : Grand rabot à poignée qui se manie à deux mains et qui mesure plus de 20 pouces de longueur. Il est utilisé pour dresser les longues pièces de bois.

Vigneau ou vignot : Échafaud où l'on met sécher la morue.

Violoneux : Violoniste dont le répertoire est essentiellement folklorique.

Quelques dates importantes en Acadie du Nouveau-Brunswick

1604 : Établissement d'une colonie sur l'île Sainte-Croix (frontière du Maine et du Nouveau-Brunswick). Marque la fondation de l'Acadie par Pierre du Gua, sieur de Monts, et Samuel de Champlain.

1605 : Fondation de Port-Royal, premier établissement permanent en Acadie.

1632 : Isaac de Razilly entreprend la colonisation de l'Acadie avec un contingent de 70 colons.

1713 : Traité d'Utrecht qui confirme la cession définitive de l'Acadie à l'Angleterre après plusieurs guerres et sa conquête en 1710 aux dépens de la France.

1755 : Début de la Déportation et exil des Acadiens, essentiellement dans les colonies britanniques américaines. Mesure en vigueur de facto jusqu'en 1763.

1763 : La France perd définitivement le Canada suite au traité de Paris. L'Acadie restera donc à jamais britannique…

1784 : Suite à la victoire définitive des colonies américaines sur l'Angleterre, création de la province du Nouveau-Brunswick par les Loyalistes britanniques sur le territoire qui est depuis 1764 la Nouvelle-Acadie des Acadiens revenus d'exil.

1848 : Après 64 ans d'attente, élection du premier député acadien à l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, en la personne d'Amand Landry.

1864 : Fondation du Collège St-Joseph à Memramcook, ancêtre de l'Université de Moncton.

1867 : Parution du Moniteur Acadien, premier journal acadien.

1871 : Début d'une crise scolaire au Nouveau-Brunswick ayant pour enjeu la sauvegarde de l'enseignement français et religieux dans les écoles acadiennes et qui connaît son paroxysme par le décès du jeune Louis Mailloux et d'un jeune milicien écossais, lors d'une escarmouche à Caraquet en 1875.

1881 : Première Convention nationale des Acadiens à Memramcook (Nouveau-Brunswick). Le 15 août, jour de l'Assomption, est alors désigné Fête nationale des Acadiens.

1884 : Deuxième Convention nationale. Cette fois, un drapeau et un hymne national sont choisis. Ces deux symboles, "l'Ave Maris Stella" et le tricolore français agrémenté d'une étoile jaune aux couleurs papales et représentant la Vierge Marie, soulignent l'attachement des Acadiens à leur religion.

1955 : Plusieurs activités soulignent le bicentenaire de la Déportation.

1960 : Louis J. Robichaud devient le premier Acadien à être élu Premier ministre de la province du Nouveau-Brunswick.

1963 : Création de l'Université de Moncton, plus grande université francophone canadienne à l'extérieur du Québec.

1969 : Le Nouveau-Brunswick devient la seule province canadienne officiellement bilingue.

1977 : Première saison d'opération du Village Historique Acadien.

Info+
Introduction

L’origine de l’Acadie
La vie quotidienne des Acadiens


Les cycles de l'année — Les corvées

Les étapes de la vie — La grande demande

L'alimentation — Quelques exemples de recettes acadiennes

Folklore et croyances des Acadiens — Les conventions et les symboles nationaux des Acadiens
Le foyer acadien et ses composants


La Déportation des Acadiens (1755-1763)

Le costume traditionnel acadien — Les vêtements de la femme et de l’homme

Le costume traditionnel acadien — Les couvertures
Les Acadiens et leur paysage


Les Acadiens et la terre — Les aboiteaux

Les Acadiens et la terre — Installation et fonctionnement

Les Acadiens et la mer — La pêche à la morue et sa conservation

Introduction
L’origine de l’Acadie
On peut situer les débuts du terme «Acadie» aux voyages de Giovanni da Verrazzano qui explore pour le compte du roi de France, entre 1524 et 1528, une bonne partie de la côte atlantique entre le fleuve Saint-Laurent et la Floride. À cette occasion, il aurait alors qualifié le territoire situé entre la côte du Delaware, du Maryland et de la Virginie de «Arcadie» parce qu’il lui rappelait cette région de la Grèce antique. Il semble que la fréquence du mot «cadie» (ou «quoddy») dans le vocabulaire micmac des Provinces maritimes, mot qui signifie «terre fertile», aurait ensuite permis le déplacement de ce nom ou de l’une ou l’autre de ses variantes (Larcadie, La Cadie ou l’Accady) pour désigner cette région.
On sait que c’est la recherche d’une route maritime vers l’Asie qui pousse à l’exploration du «nouveau continent» découvert par Colomb en 1492. Par la suite, les richesses recueillies en Amérique du Sud incitent la France et l’Angleterre à explorer les territoires plus au nord. On n’y trouve pas de métaux précieux, mais on remarque l’abondance de la morue, denrée importante dans l’alimentation des Européens. Dès la fin des années 1500, les pêcheurs qui fréquentent les côtes de l’Atlantique nord commencent aussi à ramener des fourrures obtenues des Amérindiens.

Ce n’est toutefois qu’au début des années 1600 que l’on procède à l’établissement de l’Acadie. En 1603, Pierre du Gua, sieur de Monts, obtient d’Henri IV la nomination de lieutenant-gouverneur des territoires français du Nouveau Monde. En juin 1604, sous la recommandation de Samuel de Champlain qui l’accompagne à titre de géographe, il décide d’établir sa colonie sur l’île Sainte-Croix, plus au sud des territoires déjà explorés par Jacques Cartier au siècle précédent. La rigueur de l’hiver met toutefois en évidence que ce fut un mauvais choix et, en 1605, de Monts déménage donc tout son monde à Port-Royal. C’est de ce site que l’Acadie va s’épanouir.






La vie quotidienne des Acadiens

Les cycles de l'année — Les corvées
En Acadie d’antan, plusieurs travaux agricoles et domestiques d’envergure sont trop exigeants pour une seule famille. À ces occasions, on fait appel aux voisins pour une corvée. La préparation du textile, en particulier, se prête souvent à ce type d’activité. On parle alors, par exemple, d’écarderie ou de foulerie.

Corvée très populaire en Acadie, l’écarderie consiste en la préparation de la laine : «Quand les chaleurs de l’été commençaient, chacun tondait des brebis. Puis, dehors, dans de grands chaudrons, on faisait bouillir la laine, pour la nettoyer. Après l’avoir fait sécher au soleil, on l’écharpait pour pouvoir la carder plus facilement. Elle était prête pour l’écarderie. Les femmes voisines et d’autres amies étaient invitées avec leurs cardes et leur tablier. A dix ou douze écardeuses, la laine passait vite. Après quelques heures de travail, où la jasette avait sa grande part aussi, la laine s’amoncelait devant chaque écardeuse en boudins soyeux prêts à filer.» (Chiasson, Père Anselme. Chéticamp, Histoire et traditions acadiennes, Éditions des Aboiteaux, Moncton, 1972.)

Une corvée se caractérise d’abord par son ambiance de fête et par l’entraide entre voisins. C’est le cas de la corvée de foulage de tissu, la foulerie. Durant les longues soirées de la saison froide, les pièces d’étoffe tissées laine sur laine sont foulées pour les rendre plus épaisses, ce qui permet la confection de vêtements chauds et durables qui ne rétrécissent pas au lavage. La coutume veut qu’on fasse appel à tout le voisinage pour ce travail. Une bonne foulerie dure parfois plusieurs heures et occupe huit fouleurs. Pour briser la monotonie de la tâche et pour coordonner leurs mouvements, des chansons rythmées les accompagnent. Puis, pour remercier les hommes de ce travail exténuant, les femmes préparent un bon repas qu’on mange avec grand appétit avant de finir la soirée avec un frolic.



Les étapes de la vie — La grande demande
Bien souvent en Acadie d’antan, le mariage découle plus d’un certain respect que d’un véritable amour. De part et d’autre, on cherche un bon «parti», une personne qui peut nous aider à fonder un foyer. Du côté des parents, on souhaite aussi «s’associer» à une famille qui peut nous aider en cas de besoin. Dans ces circonstances, leur consentement est donc crucial. D’où l’importance d’une demande officielle, la grande demande, où le jeune homme peut présenter ses atouts et où l’avis des parents de la jeune fille est clairement exprimé.

Mais avant d’en arriver là, les prétendants ont d’abord dû respecter certaines traditions pour se fréquenter. En principe, ils ont fait connaissance en public. Ils se sont probablement rencontrés à quelques reprises, par exemple, lors d’une corvée. Après un certain temps, le jeune homme se rend à l’occasion veiller chez les parents de la jeune fille. Puis, après environ six mois, il lui fait sa «petite demande». Ici, il ne cherche pas nécessairement son accord, car elle lui aurait déjà probablement manifesté son désintérêt. Non, c’est plutôt l’opinion de ses parents qui le préoccupe : «Penses-tu qu’ils accepteraient si…?». Selon la réponse, il procède ou non à la grande demande.

En fait, même si son résultat est pratiquement connu d’avance, la grande demande reste longtemps un rituel obligatoire. De région en région, elle peut varier; mais ces grands moments restent les mêmes. On pense, notamment, à l’offrande de cadeaux par le jeune homme pour s’assurer les bonnes grâces de ses futurs beaux-parents, puis au moment où il se lève pour leur demander solennellement la main de leur fille. Cette formalité terminée, on procède à la publication des bans, c’est-à-dire à l’annonce officielle du mariage à venir dans trois semaines environ.



L'alimentation — Quelques exemples de recettes acadiennes
*Source : Cormier-Boudreau, Marielle et Melvin Gallant. La cuisine traditionnelle en Acadie, Les Éditions de la Francophonie, Moncton et Saint-Nicolas, 2002.

Morue «sec» bouillie*

2 livres de morue séchée
¼ de livre de lard salé (ou frais)

Faire dessaler la morue toute une nuit (15 à 18 heures).
La mettre à bouillir dans un chaudron, avec de l’eau froide. Aux premiers bouillons, vider l’eau et recommencer avec de l’eau fraîche. Laisser mijoter une vingtaine de minutes.
Dans une poêle, mettre les grillades de lard salé avec un peu d’eau. Laisser bouillir 2 ou 3 minutes et jeter l’eau. (Si on utilise le lard frais, omettre cette opération.) Faire griller le lard jusqu’à ce qu’il soit bien croustillant.
Lorsque la morue est cuite, l’égoutter et la servir avec des patates bouillies, la graisse de lard et les grillades.
On peut aussi servir la morue accompagnée de beaucoup d’oignons hachés rôtis dans la graisse, ou encore avec une sauce aux oignons.

Variante : Aux Îles-de-la-Madeleine on fait, avec de la Morue ou du flétan salés, ce que l’on appelle l’Accommodage de poisson salé. Mettre les patates en purée et défaire la morue cuite en petits morceaux. Mélanger avec une sauce aux oignons et mettre dans un plat allant au four. Recouvrir de grillades et faire cuire à 375oF., une quinzaine de minutes.

Pets de sœur*

Pâte
3 tasses de farine
6 c. à thé de poudre à pâte
1 c. à thé de sel
1 c. thé de sucre
½ tasse de saindoux
1 tasse de lait (environ)

Garniture
beurre
1 tasse de sucre brun (cassonade)
1 c. thé de cannelle
1 tasse d’eau

Tamiser et mélanger les ingrédients secs. Incorporer le saindoux et ajouter graduellement le lait pour en faire une pâte plutôt molle.
Rouler assez mince, mais toutefois plus épais qu’une pâte à tarte. Beurrer la pâte avec du beurre mou, couvrir de ¼ de pouce de sucre brun et saupoudrer de cannelle.
Enrouler la pâte comme un gâteau roulé et la trancher en rondelles d’environ ½ pouce d’épaisseur.
Verser l’eau dans un plat allant au four.
Mettre les rondelles dans le plat et cuire à 375 oF, jusqu’à ce qu’elles soient bien dorées. Environ 30 minutes.


Variante : On peut remplacer le sucre et la cannelle par de la confiture de pommes de pré (canneberges).



Folklore et croyances des Acadiens — Les conventions et les symboles nationaux des Acadiens
Les Conventions nationales des Acadiens qui se tiennent à partir de 1881 à Memramcook pour se poursuivre à Miscouche, Île-du-Prince-Édouard (1884), à Pointe-à-l’Église, Nouvelle-Écosse (1890) et à Caraquet, Nouveau-Brunswick (1905), sont les premiers grands ralliements acadiens depuis 1755. Pour combler une absence de pouvoir politique tout au long des années 1800, c’est par l’entremise de ces grandes réunions à caractère nationaliste que les Acadiens se sont donnés des symboles identitaires. En 1881, une fête nationale est choisie (celle de l’Assomption le 15 août), puis, en 1884, c’est au tour d’un drapeau (le tricolore français avec, dans le bleu, l’étoile Stella Maris jaune aux couleurs papales) et d’un hymne national, «l’Ave Maris Stella». Ses symboles, qui soulignent leur dévotion à la Vierge Marie et leur soumission au pape, démontrent non seulement un attachement des Acadiens à leur culture catholique mais aussi à leur origine française.






Le foyer acadien et ses composants

La Déportation des Acadiens (1755-1763)
De 1604 jusqu’à 1710, moment où elle devient anglaise pour de bon, l’Acadie change de mains une dizaine de fois devenant «Acadie» ou «Nova Scotia», au rythme des guerres et des traités. Au moment du traité d’Utrecht en 1713, on laisse en principe le choix aux Acadiens de devenir sujets britanniques ou de partir. En réalité, n’ayant pas de moyens pour déménager, les circonstances les forcent à rester. En fait, ni l’Angleterre ni la France ne souhaitent leur départ; l’une y voyant la base à une colonisation éventuelle, l’autre les fondements d’une reconquête.

Pris dans l’étau de ces deux grandes puissances et à l’ombre de la forteresse de Louisbourg construite par la France dès 1720, les Acadiens adoptent une position de neutralité et refusent de prêter un serment d’allégeance qui les forcerait à se battre en temps de guerre. En raison de la faiblesse de leur garnison, les autorités anglaises ne peuvent que tolérer ce comportement. Les officiers britanniques qui se succèdent à la tête de la Nouvelle-Écosse doivent donc se contenter d’un serment conditionnel qui reconnaît, du moins dans l’esprit des Acadiens, leur neutralité.

Or, la fondation de Halifax en 1749, avec le véritable début d’une colonisation britannique en Nouvelle-Écosse, marque un point tournant dans cette relation. Les nouvelles autorités anglaises ne démontrent plus la même patience qu’autrefois. Dans un contexte où la reprise de la guerre s’avère imminente en Europe, elles estiment qu’il est dangereux de tolérer une population franco-catholique dont l’allégeance est incertaine et, sans doute à leurs yeux, n’attend qu’une occasion favorable pour se soulever. Les Acadiens sont donc sommés de prêter un serment sans condition. Incrédules face au danger qui les attend, ils restent toutefois sur leur position. Dès lors, le processus conduisant à la Déportation s’amorce et, en juillet 1755, les membres du Conseil de Halifax entérinent l’ordre d’expulsion. C’est le début d’une chasse à l’homme qui dura plus de 8 ans…

On estime entre 12 000 et 20 000 le nombre d’Acadiens dans le territoire actuel des Provinces maritimes en 1755. De ce nombre, quelques milliers réussissent à fuir vers le Québec ou à se cacher dans la forêt. En tout et pour tout, entre 1755 et 1763, environ 7 000 Acadiens sont arrachés à leurs terres ancestrales pour être transportés en majorité vers les colonies de la Nouvelle-Angleterre. En 1763, le traité de Paris met fin à la guerre de Sept Ans et la proclamation royale de 1764 donne aux Acadiens l’espoir de revenir dans leur ancien pays.




Le costume traditionnel acadien — Les vêtements de la femme et de l’homme
La vertu de l’Acadienne d’antan est protégée par plusieurs vêtements. En fait, son costume est un véritable montage. D’abord, elle porte la chemise de corps à grandes manches. Faite de coton non blanchi, elle lui sert aussi pour la nuit et n’est enlevée que pour être lavée. En deuxième lieu et conçu avec le même textile, suit le petit corset boutonné à l’avant et qui descend jusqu’à la taille. Le jupon (ou cotillon) est la pièce suivante. Il est porté par-dessus la chemise de corps avec l’ouverture (ou mégaillière) mise à l’arrière. Le mantelet complète l’habillement jusqu’à la taille et recouvre la chemise de corps. La jupe (ou cotte), qui peut être en étoffe du pays ou en droguet, recouvre le jupon et la besace. Le mouchoir de cou de linon fin cache la chemise de corps et complète son costume avec la croix. L’Acadienne porte aussi une coiffe appelée câline (de couleur la semaine, mais blanche le dimanche) et un tablier (blanc le dimanche, mais rayé bleu et blanc la semaine).

Le costume de l’homme est beaucoup moins complexe. Il est simplement composé d’une chemise de lin écru, d’un gilet de lainage fin, d’un pantalon à clapet et d’un bonnet (rouge ou gris) graduellement remplacé par un chapeau de feutre noir au cours du 19e siècle. Bien sûr, l’Acadien porte aussi des sous-vêtements de laine, soit tissés, soit tricotés qui sont portés autant l’été que l’hiver.

Finalement, tant la femme que l’homme portent des bas de laine de couleur naturelle, gris ou bleu indigo, puis des mocassins ou des sabots parfois rembourrés de paille pour absorber l’humidité. Fabriqués à partir d’un bloc de bois franc léger tel le saule ou le peuplier, les sabots ne sont probablement plus portés dans la seconde partie des années 1800. Après la généralisation des souliers de peau, on s’en sert surtout en tant que couvre-chaussures dans la pluie ou la boue des champs.




Le costume traditionnel acadien — Les couvertures
Parmi les vestiges de la tradition populaire de l’Acadie d’antan, les couvertes sont les témoins les plus explicites de toute une manière de vivre reflétant l’économie de moyens. Entièrement faites de matériaux de récupération, leur fabrication nécessite en effet le déploiement de trésors de patience et d’économie. Contrairement à la coupe et à la confection des vêtements qui laissent peu de place à la fantaisie en raison des critères rigides qui les définissent, la confection de couvertures permet aux femmes d’exprimer une certaine créativité. Durant les longs mois d’hiver, la maîtresse de maison, après avoir trié et découpé en minces bandelettes les vêtements usés, les tisse ensuite au métier pour en faire des couvertes «de brayons, de guenilles ou de rags», comme on les appelle à l’époque.

Les couvertures les plus communes sont cependant tissées avec de la laine provenant des «défaisures» de vieux vêtements qui a été cardée, puis mélangée à de la laine neuve. Blanches, à deux laizes, elles servent également de draps. Tirées comme les précédentes de matériaux de récupération, on retrouve aussi les fameuses couvertes piquées dont le dessin est souvent emprunté aux voisins anglo-saxons. Les couleurs et les motifs de ces modèles essentiellement utilitaires sont agencés avec soin et les résultats tiennent parfois du miracle.






Les Acadiens et leur paysage

Les Acadiens et la terre — Les aboiteaux
On appelle «aboiteau» l’instrument installé dans la levée et «les aboiteaux», le système d’assèchement des marais utilisé par les Acadiens pour les rendre cultivables. C’est une technique empruntée à la France (région de la Saintonge), mais d’inspiration hollandaise qui, en utilisant les grandes marées, fertilise les terres basses. En ancienne Acadie, jusqu’au moment de la Déportation, on y cultive de façon intensive des céréales et certains légumes.

Fait intéressant, cette méthode de culture se démarque par son aspect communal. Les terres marécageuses sont généralement réparties entre les membres d’un village. Lorsqu’il y a une brèche dans une levée, chacun va avec ses voisins la «rapiécer». Puisque chacun est propriétaire d’une partie du pré, le danger menace tous les habitants. La surveillance et l’entretien des prés et des aboiteaux sont donc cruciaux pour préserver le bon fonctionnement de tout le système.




Les Acadiens et la terre — Installation et fonctionnement
Selon un plan prédéfini, on creuse d’abord dans le marais les canaux d’assèchement, eux-mêmes reliés à un canal central plus gros qui se déverse dans la rivière. Avec la terre glaise prise du marais, on construit de chaque côté de la rivière des digues ou remparts d’environ sept pieds de haut. Bâtie en talus et recouverte de «parements», cette levée est très solide et durable. Les «parements» sont des mottes de terre couvertes de gazon dont on recouvre uniformément la levée de haut en bas. Les racines, devenues après un an ou deux inexpugnables, produisent un gazon luxuriant contribuant à solidifier la levée. À certains endroits, à la base de la levée, on laisse un passage pour un canal acheminant l’eau qui passe à travers l’aboiteau.

Fait de madriers de violon (mélèze), chevillés les uns aux autres, l’aboiteau large de dix ou douze pouces peut mesurer jusqu’à vingt pieds. C’est une dalle étroite et rectangulaire formant un tunnel, munie à l’une de ses extrémités d’un clapet, installée de façon à laisser s’écouler à marée basse l’eau amenée dans les canaux. La marée montante exerce une pression sur cette porte, empêchant celle-ci de s’ouvrir pour laisser pénétrer l’eau. Il faut que cette écluse soit solidement fixée à l’intérieur de la levée pour remplir efficacement son rôle. Il faut aussi surveiller très attentivement l’état de la levée et garder les canaux libres de tout débris tel que les restes de foin. Des brèches permettraient à l’eau de mer de se répandre sur les prés.




Les Acadiens et la mer — La pêche à la morue et sa conservation
Il existe deux types de pêche à la morue : la semi-hauturière et la côtière.

La semi-hauturière se pratique avec une goélette et un équipage composé de trois à cinq hommes. Pendant un séjour d’une semaine, on pêche la morue à la ligne à la main ou à la ligne dormante. Une fois vidé et nettoyé, le poisson est salé pour sa conservation, puis mis en cale. Seule la morue pêchée le dernier jour est débarquée fraîche; celle conservée en cale, la «morue verte», est mise en saumure dans des barils.

Dans le cas de la pêche côtière, pratiquée dans des petites embarcations à moins de quinze milles des côtes, la morue est débarquée fraîche. Une fois déchargée, nettoyée puis salée, on la met à sécher sur des vigneaux pour environ trois semaines. Il faut alors sans cesse la protéger de la pluie et des ardeurs du soleil, la retourner régulièrement et l’assembler tous les soirs en tas appelés «moutons».

Après avoir choisi la morue de première qualité, la plus blanche, à la chair la plus fine et sans flétrissure, on procède au «tubage», opération qui consiste à entasser le poisson dans des barils en le comprimant au fur et à mesure à l’aide d’une presse à vis. C’est dans ces barils, contenant environ 490 lbs (222 kg) de morue, qu’on expédie la morue vers l’Europe, les États-Unis ou l’Amérique du Sud.


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Village Historique Acadien / Acadian Historical Village

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