L'île Herschel : la rencontre des cultures - Bishop Stringer - L'évêque qui mangea ses bottes

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Culture ancestrale

"Il y a beaucoup de choses sur les Autochtones et leurs traditions que je ne peux pas comprendre, même si je les ai connus. C'est un peuple remarquable de bien des façons, honnête, charitable et bon. Mais c'est aussi un peuple cruel à cause des dures réalités du Nord. En fait, ils avaient du mépris pour les hommes blancs qu'ils considéraient incompétents par rapport à eux. Ils reconnaissaient volontiers que nous produisions des articles et des outils utiles et pratiques, mais ils riaient vraiment de nos difficultés à prendre soin de nous-mêmes dans le Nord."
- Hartson Bodfish, capitaine de baleinier, 1888

"... ce peuple montre de l'intelligence. C'est ce que prouve amplement leur ingéniositénaturelle, leur amour du travail et le degré de confort relatif qu'ils ont atteint dans leur vie quotidienne. Voleurs, irascible, menteurs, méfiants, peu fiables, ils vous traitent avec une suffisance extrême, comme des inférieurs, ou, en tous cas comme leurs égaux. … ils sont effrontés et malhonnêtes, ils rient avec impertinence de tout ce que vous dites ou de ce que vous faites, ils singent le moindre de vos gestes. … cassent, détruisent ou volent tout ce qui ne leur appartient pas et sont toujours prêts à enfoncer un couteau dans le ventre de quiconque se trouve en leur présence. ...les Esquimaux, eux, ont des qualités morales et des vertus humaines … ils sont hospitaliers et intrépides. Ils se rappellent des bienfaits qu'ils reçoivent, ils ne sont pas jaloux et montrent de la considération les uns pour les autres."
- Père Petitot, 1870

Telles étaient les descriptions et les opinions d'un missionnaire catholique romain, le Père Petitot et d'un capitaine de baleinier américain, Hartson Bodfish, sur les Autochtones de la côte arctique.

La côte du Yukon et l'île Herschel faisaient partie des territoires traditionnels des Inuvialuit du Mackenzie, ou Tchiglit. Les Kigirktarugmiut, un sous-groupe du fleuve Mackenzie qui occupait cette région, vivaient dans le village de Kigirktayuk, à Pauline Cove, sur l'île Herschel.

Les Inuvialuit de Mackenzie descendaient des Thule, venus de l'Alaska à un moment donné, au cours des 1.000 dernières années. Ils apportèrent leurs compétences pour la chasse et leurs techniques hautement développées. La récolte saisonnière des aliments constituait le fondement de leur culture. Suivant le moment de l'année et les animaux pourchassées, une famille pouvait vivre de façon autonome ou en petits groupes organisés autour de la chasse et de la pêche. De grands groupes de 75 à 300 personnes se rassemblaient pour la chasse à la baleine, la pêche à la nasse, la chasse au caribou et la chasse aux phoques dans les glaces. Tous ceux qui participaient à la chasse se partageaient la nourriture.

Pendant l'hiver, qui durait du mois d'octobre au mois de mai, les Inuvialuit ne s'éloignaient guère de leur résidence d'hiver. Lorsque les réserves de nourriture se faisaient rares, ils partaient en excursion sur la glace marine pour chasser les phoques et pêcher; voyageant aussi à l'intérieur des terres pour chasser le caribou.

De la mi-juin à la mi-juillet, la glace se brisait pendant la courte saison estivale et les familles se dispersaient dans les camps de pêche autour du delta du Mackenzie et à l'embouchure des rivières sur la côte. Ils pêchaient le hareng, l'omble arctique, le corégon et l'inconnu. Ils partaient aussi plus loin en kayak pour chasser le caribou et le phoque que l'on trouvait en abondance au bord de l'eau.

Quand l'automne arrivait, fin juillet et en août, les Inuvialuit se rassemblaient dans des camps baleiniers pour chasser les bélugas et le gibier d'eau à plume, abondants à cette période de l'année. En septembre et au debut d'octobre, ils ajoutaient à leur menu la baleine arctique, ce qui les changeaient de leur régime poisson, phoque et caribou .

Il était vital de prendre la nourriture en été et en automne et de la conserver. Il y allait de la survie des Inuvialuit pendant l'hiver. On conservait le poisson de plusieurs manières. On le coupait et on le séchait sur le feu, on le faisait sécher sur des paniers ouverts jusqu'à ce qu'il faisande légèrement, puis on le rangeait et on le conservait dans des sacoches d'huile ou dans des trous creusés à même le pergélisol à une profondeur de 2 pieds. On y plaçait la viande que l'on couvrait avec des morceaux de bois et de la terre. On conservait habituellement de cette manière la viande des oiseaux et des animaux.

Les Inuvialuit étaient créatifs dans leur utilisation des matériaux trouvés à l'état naturel ou acquis lors de leurs échanges avec les tribus voisines, comme les Inuvialuit de l'Alaska et les Gwitch'in de l'intérieur du Yukon. Grâce à leurs contacts avec les Européens, ils pouvaient se procurer des métaux qu'ils incorporaient à leur collection d'outils. Nommons quelques exemples des outils ingénieux qu'ils fabriquaient à partir de tous ces matériaux : pointes de harpon détachables, harpons à pointe barbelée, tridents, harpons à plusieurs fourches, flèches pour la chasse, filets de pêche tressés à partir de tendons de caribou, et hameçons taillés dans des morceaux d'os ou de saponite.

Les Inuvialuit utilisaient des kayaks à coque de bois recouverte de peau et des pagaies à double pale, pour aller chasser la baleine, le phoque, le vison et la loutre. Ils se servaient d'un oumiak, grande embarcation à charpente de bois recouverte de peau de baleine qui pouvait transporter plus de monde, et des pagaies simples, comme moyen de transport et pour la chasse. En hiver, ils se servaient de traîneaux à patins en bois d'arbres ou en bois d'animaux, tirés par 5 ou 6 chiens, pour chasser le phoque sur la côte ou pour chasser à l'intérieur des terres.

Dans leur vie de tous les jours, les Inuvialuit utilisaient traditionnellement des petites boîtes, des coffrets à aiguilles, des peignes à cheveux, des lunettes de neige, des labrets, des attelages basculants, des boucles en os, des cornes en ivoire et en bois, des plateaux en bois pour servir la nourriture, et des louches en bois et en corne.

Le plus souvent, les Inuvialuit étaient dirigés par des leaders spirituels, ou chamans. Ils croyaient que les esprits habitaient tous les êtres, depuis les animaux jusqu'aux montagnes et aux orages. Les chamans avaient pour rôle de chasser d'un corps malade les esprits du mal, de faire revenir le beau temps, ou de donner des conseils sur le choix de lieux propices aux activités de subsistance. Les chamans agissaient comme intermédiaires entre les esprits et les gens. Leur savoir-faire était généreusement récompensé.

Les Inuvialuit croyaient en un grand esprit, dont ils voyaient l'incarnation dans le soleil. On célébrait le retour du soleil après le long hiver glacial avec des cérémonies et des danses.

Les Autochtones portaient des habits qui les protégeaient particulièrement bien du rude climat du Nord. Hommes et femmes portaient des vêtements semblables en peau d'animaux. Ils préféraient le caribou, car sa fourrure avait une capacité isolante que la fourrure d'autres animaux ne possédait pas. Les descriptions suivantes donnent une idée de l'habillement des Autochtones.

Les femmes portaient des pantalons et des chaussures en peau de caribou, généralement faits d'une seule pièce, avec des fentes sur les côtés pour faciliter la liberté des mouvements. Elles portaient aussi de larges capuches qui recouvraient leur épaisse chevelure.

Les hommes portaient des gilets de corps, des caleçons et des chaussettes en fourrure de rat musqué. Ils portaient ces sous-vêtements avec le côté fourrure au contact du corps et sur lesquels ils portaient des pantalons de caribou, fourrure tournée vers l'extérieur. Ils avaient des bottes en peau de caribou ou de phoque qui montaient jusqu'aux genoux et dont les semelles étaient en peau de bélouga. Lorsqu'il fallait préserver encore plus la chaleur, ils portaient, à l'intérieur de leurs bottes, des chaussettes en peau de lièvre.

Les hommes et les femmes portaient des parkas bordés d'une parure en fourrure de glouton. Les longs poils du glouton protégeaient le visage contre le vent mordant et, en général, ils gelaient moins facilement que d'autres fourrures animales. Les bords des parkas étaient ornés de broderies faites de rangées de fourrure de couleur claire et foncée, en alternance.

Ils portaient des mitaines en peau de morse, dure et résistante à l'eau. À l'intérieur, des mitaines ils mettaient des gants de caribou dont la fourrure était tournée vers l'extérieur pour renforcer la protection contre le froid.

Par temps de pluie, ils portaient des manteaux imperméables faits avec les intestins de phoques barbus, ou avec de la peau de poisson ou de phoque, que l'on coupait en longs rubans avant de les coudre ensemble.

Comme vêtements d'été, ils portaient surtout les vêtements qui leur servaient de sous-vêtements l'hiver, mais avec le coté du poil de la peau vers l'extérieur et non pas au contact du corps.

© Musée de la vieille église en rondins 2002
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Film Quick time : Inuvialuit jouant du tambour. Film de 16mm pris par l’évêque Stringer vers 1927.
(Glenbow Archives F 88)

VR Quicktime représentant un parka.
(Musée de la vieille église en rondins 1991.1.1)