L'incroyable périple - Bishop Stringer - L'évêque qui mangea ses bottes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 1892, Isaac Stringer répond à l'appel de l'évêque Reeve, qui demande des missionnaires pour aller travailler auprès des autochtones de la région du delta du Mackenzie. À cette époque, le voyage entre Toronto et Fort McPherson, qui sera la destination de Stringer pour sa première affectation dans l'Arctique, représente une entreprise périlleuse de 2 mois nécessitant l'utilisation de nombreux moyens de transports.

1er jour: 16 mai, 1892
Le périple d'Isaac Stringer dans le Nord commence le 16 mai 1892. Accompagné de William Day Reeve, l'évêque du diocèse du fleuve Mackenzie et de Thomas Jabez Marsh, un missionnaire laïque, Isaac Stringer monte à bord d'un train du Canadien Pacifique (CP) à Toronto, en Ontario, pour effectuer la première partie de son voyage.

3e jour: 18 mai, 1892
Le train du CP traverse les prairies en direction de Calgary, en Alberta.

6e jour: 21 mai, 1892
En moins d'une semaine, Stringer et ses compagnons arrivent à Calgary.

8e jour: 23 mai, 1892
Les missionnaires changent de train, pour emprunter la toute nouvelle ligne qui quitte Calgary vers le nord, jusqu'à Edmonton.

10e jour: 25 mai, 1892
Edmonton est à cette époque le terminus de la ligne. À partir de ce point, 2 000 kilomètres de pistes sinueuses et de cours d'eau tortueux attendent les voyageurs. Avant de quitter Edmonton, Stringer achète l'équivalent d'une année de provisions de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Il envoie aussi des télégrammes à ses parents et amis, car les communications seront dorénavant limitées.

12e jour: 27 mai, 1892
Le 27 mai, les missionnaires quittent Edmonton en direction d'Athabasca Landing, 96 miles plus au nord. Ils voyagent à bord de chariots lourdement chargés de provisions, et alternent continuellement entre marcher et rester assis dans les chariots. Comme ces chariots constituaient un moyen de transport plutôt précaire et bringuebalant, les missionnaires préféraient nettement la marche.

16e jour: 31 mai, 1892
Quatre jours après avoir quitté Edmonton, le groupe parvient à Athabasca Landing, le principal centre de distribution de la Compagnie de la Baie d'Hudson pour les fournitures destinées aux postes du Nord. À partir de ce point, tous les cours d'eau s'écoulent vers le nord.

17e jour: 1 juin, 1892
Le 1er juin, les missionnaires montent à bord du vapeur Athabasca pour un voyage de 165 miles sur la rivière Athabasca jusqu'à Grand Rapids. Avec huit barges remplies de marchandises en remorque, l'Athabasca lève l'ancre tôt le lendemain matin. Neuf miles plus tard, un fort orage oblige le capitaine à accoster. La pluie est parfois si forte que le toit du navire commençe à fuir. Certains passagers se retrouvent couchés dans des mares d'eau. Stringer note : "…M. Livoch dormit sur la table de la salle à manger car, selon lui, c'était le seul endroit sec à bord…"

Après 10 jours, la tempête finit par se calmer et l'Athabasca reprend sa route.

20e jour : 4 juin, 1892
L'Athabasca arrive à Grand Rapids le 4 juin. Bien nommée, Grand Rapids est située sur une longue île qui divise la rivière en deux bras aux flots rugissants. Quarante-cinq bateliers sont nécessaires pour transférer le chargement sur des barges et piloter les embarcations jusqu'à la pointe de l'île. Le chargement est ensuite transféré jusqu'à l'autre extrémité de l'île grâce à un tramway rudimentaire construit par la Compagnie de la Baie d'Hudson.

30e jour: 14 juin, 1892
Le 14 juin, les voyageurs quittent Grand Rapids à destination de Fort MacMurray, 90 miles en aval sur la rivière Athabasca. Sept barges et un équipage de six rameurs accompagnent les missionnaires et leur tonne de provisions jusqu'à Fort MacMurray.

31e jour: 15 juin, 1892
Le lendemain, les missionnaires atteignent la Cascade, où la rivière fait une chute de 6 pieds. Pour réussir à franchir cet obstacle, il faut transférer à terre une partie du chargement. Malgré ces précautions, trois des embarcations sont endommagées et doivent être réparées, ce qui retarde l'expédition de 36 heures.

32e jour: 16 juin, 1892
Très tard dans la journée du 16 juin, les missionnaires atteignent Fort MacMurray. Là, ils montent à bord du vapeur Grahame en direction de Smith's Landing.

35e jour: 19 juin, 1892
Le 19 juin, le Grahame est pris dans une tempête à l'embouchure de la rivière Athabasca. Même si Chipewyan n'est qu'à deux heures de distance, les vagues sont trop grosses pour permettre la traversée du lac Athabasca.

38e jour: 22 juin, 1892
Après trois jours d'attente, la tempête se calme et le Grahame atteint enfin Fort Chipewyan à 23 h 00 dans la soirée du 22 juin.

39e jour: 23 juin, 1892
Maintenant en retard sur son horaire, le Grahame fait une escale rapide à Fort Chipewyan, puis poursuit sa route sur la rivière des Esclaves jusqu'à Smith's Landing, pour être de nouveau retardé en s'échouant sur un banc de sable. Les missionnaires finissent par atteindre Smith's Landing à midi, le 23 juin, où ils disent temporairement adieu au confort relatif du voyage par voie maritime.

39e jour: 23 juin, 1892
En raison des rapides sur la rivière des Esclaves, les missionnaires doivent effectuer un portage sur une distance de 18 miles. Avant de quitter en direction de Fort Smith, leurs biens sont chargés sur 7 chariots à boeufs. Ils voyagent ensuite de nuit, car la température y est plus agréable. Ce parcours de huit heures est toutefois rendu pénible par des routes défoncées et des millions de moustiques voraces.

40e jour: 24 juin, 1892
Le 24 juin à 1 h 00 du matin le groupe atteint Fort Smith, sur la rivière des Esclaves. Les missionnaires sont alors forcés d'attendre 10 jours l'arrivée du vapeur Wrigley, en provenance de Fort Simpson sur le fleuve Mackenzie. Stringer se souvient que "On ne peut savoir quand il [le Wrigley] arrivera car il est pris dans les glaces à l'autre extrémité du Grand lac des Esclaves."

Comme s'ils n'en avaient pas assez d'attendre l'arrivée du Wrigley's, Stringer décrit en ces termes les tourments infligés par les moustiques :

"Je ne peux décrire à quel point ils sont voraces… ils sont des milliers autour de nous…sur mes mains et mon visage, je peux compter de dix à quinze piqûres au pouce carré… Lorsque nous nous aventurons jusqu'aux marécages, nous avons presque l'impression d'être accompagnés par un orchestre."

49e jour: 3 juillet, 1892
Le dimanche 3 juillet, les missionnaires montent à bord du Wrigley pour entreprendre la dernière portion de 1 300 miles de leur expédition. Ils devront toutefois faire plusieurs escales avant d'atteindre Fort McPherson, leur destination sur la rivière Peel.

52e jour: 6 juillet, 1892
À partir de Fort Resolution, le Wrigley traverse la section inférieure du Grand lac des Esclaves à destination de Fort Providence, sur le fleuve Mackenzie.

55e jour: 9 juillet, 1892
Le Wrigley arrive à Fort Simpson le 9 juillet. Même s'il n'y fait qu'un court séjour, Stringer est impressionné par la petite communauté :

"C'est la métropole du Nord. C'est une véritable ville, même si on n'y compte pas beaucoup d'habitants… La vie ici a un je ne sais quoi impossible à décrire. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, les gens de l'endroit ne vivent pas dans la désolation et la misère. Ils ont tout ce dont ils ont besoin en cette période de l'année, et la mode et les ragots sont aussi présents ici que dans des agglomérations de plus grande envergure."

56e jour: 10 juillet, 1892
Le Wrigley poursuit sa route sur le fleuve Mackenzie tout en faisant de brèves escales à des petits postes comme Fort Wrigley pour l'embarquement ou le débarquement de passagers et de marchandises. Le vapeur progresse à environ 13 miles à l'heure. Stringer a ceci à dire sur le Wrigley : "…même si c'était un petit bateau non destiné à accueillir des passagers, il était très bien construit."

57e jour: 11 juillet, 1892
Le Wrigley arrive le 11 juillet à Fort Norman, situé au confluent du fleuve Mackenzie et de la rivière Great Bear.

58e jour: 12 juillet, 1892
Le voyage jusqu'à Fort Good Hope se poursuit sans incident. Le Wrigley y accoste le lendemain, soit le 12 juillet.

59e jour: 13 juillet, 1892
Le Wrigley franchit le cercle polaire arctique le 13 juillet. À une journée de sa destination finale, Fort McPherson, Stringer écrit :
"Je suis peiné que ce voyage tire à sa fin car je l'ai bien apprécié, mais je suis quand même heureux de me mettre à l'ouvrage."

60e jour: 14 juillet, 1892
Soixante jours après avoir quitté Toronto, Isaac Stringer arrive enfin à Fort McPherson le 14 juillet 1892. Avant même d'avoir eu le temps de défaire ses valises et d'étudier sa nouvelle situation, Stringer apprend qu'il doit écrire immédiatement à sa famille s'il veut que le courrier parvienne avant Noël, car le Wrigley lève l'ancre dans 48 heures. Il écrit : "…le dernier lien entre moi et la maison", alors qu'il regarde le Wrigley s'éloigner.

Ainsi commença la carrière de missionnaire d'Isaac Stringer. Au cours des trois années suivantes, Fort McPherson lui servit de base à partir de laquelle il parcourut les villages autochtones de la côte arctique. En 1896, après un court congé en Ontario, il revint dans le Nord, cette fois à destination de l'île Herschel et accompagné de son amour d'enfance et nouvelle épouse, Sadie.

© Musée de la vieille église en rondins 2002
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