Les missionaires dans le Nord - Bishop Stringer - L'évêque qui mangea ses bottes

William Kirkby  |  Robert McDonald  |  William Bompas  |  J.W. Ellington  |  Isaac & Sadie Stringer

John W. Ellington
(1862- 1902)

Le Révérend Sim avait lancé un appel pour obtenir de l'aide au Yukon. M. T.F. Buxton répondit en promettant à la Church Missionary Society (CMS) un don annuel contre l'établissement d'une mission à Fortymile, près du confluent du fleuve Yukon et de la rivière Fortymile. La CMS nomma le Révérend J.W. Ellington, originaire d'Angleterre, pour lancer cette mission. L'expérience du Nord canadien de ce fils de missionnaires, jeune et naïf, se révéla brève et malheureuse.

Ellington partit en mars 1885 pour Rampart House où le Révérend Sim devait le former au travail de missionnaire qui l'attendait au Yukon. Le Révérend Sim décéda prématurément, mais la nouvelle de sa mort n'arriva à Londres qu'après le départ d'Ellington pour le Canada. La CMS décida de ne pas rappeler son jeune missionnaire.

Ellington fut retardé d'un an avant d'arriver dans le Nord canadien à cause de la rébellion de Riel. En août 1886, il atteignit Fort Simpson, dans les Territoires du Nord-Ouest, où il passa tout l'hiver à apprendre la langue Tukudh. Il avait fait une forte impression sur l'évêque Bompas par la rapidité avec laquelle il apprenait la langue, et par son niveau de compréhension des saintes écritures. Bompas, persuadé que ce jeune homme était fait pour le travail missionnaire, l'ordonna diacre.

Ellington passa son premier hiver avec George C. Wallis à Rampart House. Tous deux se partageaient les sermons à prononcer et s'entendaient bien pour la répartition régulière des autres tâches quotidiennes. Le 3 août 1887, Ellington quitta Rampart House pour se rendre dans la collectivité de Fortymile. Il décida d'ériger la mission Buxton sur une île non loin de la ville et organisa la construction du bâtiment avec beaucoup d'enthousiasme.

Tout allait bien pour Ellington. Les deux groupes autochtones de la région acceptaient bien son enseignement et la construction de la maison de la mission allait bientôt être terminée. Mais ce jeune missionnaire avait une expérience limitée qui ne lui permit pas de bien s'adapter à l'arrivée des chercheurs d'or, de plus en plus nombreux, qui s'installaient à Fortymile. Il n'avait aucun sens de l'humour et ne s'entendait pas avec les mineurs, toujours prompts à s'énerver. Il devint la cible facile de leurs plaisanteries. Un jour, on lui fit une plaisanterie de mauvais goût: Ellington célébrait des funérailles, pensant qu'il s'agissait d'une âme malheureuse, mais le cercueil ne contenait que des pierres ! Pour comble de malheur, il s'était endetté auprès des commerçants et ses relations avec les autochtones se détérioraient. Les autochtones disaient avoir du mal à comprendre ses sermons, mais ils lui en voulaient probablement parce qu'il les considérait souvent comme des paresseux.

M. J.E. McGrath, de Yukon River Boundary Survey, passa quelque temps à Fortymile. Il aurait dit qu'Ellington n'avait jamais rien connu du monde et que

"s'il était un homme pieux, plein de zèle et consciencieux, il était presque aussi mal équipé qu'un écolier de 12 ans pour vivre en solitaire dans une région éloignée."

La Church Missionary Society avait déconseillé à Bompas de laisser Ellington travailler seul, mais l'évêque avait trop besoin de personnel et ne suivit pas ce conseil. En juin 1889, Ellington, épuisé, commença à perdre la raison. La solitude l'accablait et un sentiment d'échec personnel l'entraîna dans la dépression. Il descendit la rivière avec l'intention de quitter le pays. Il s'arrêta à Nuklakayet, sur la rive du fleuve Yukon, pour parler au révérend Canham. Ce dernier le persuada de retourner à son poste. Malheureusement, son état empira de plus belle et on dût le ramener chez lui, en Angleterre, l'année suivante. À cette époque, la psychiatrie n'était pas une science très développée. La famille d'Ellington croyait que ses troubles étaient probablement dus à une forte insolation, tandis que le docteur de St. Michael, sur la côte arctique, affirma qu'il souffrait d'un "ramollissement du cerveau". On enferma Ellington dans un asile, en Angleterre, où il mourut en 1902.

© Musée de la vieille église en rondins 2002
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