LE PÊCHEUR ET SA FEMME
Collection Joseph
Médard Carrière
Archives de folklore de l'Université Laval
Transcription Donald Deschênes et Marcel Bénéteau
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conte
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Une fois, c’était un homme pis une femme. Ils étaient assez pauvres qu’ils pouvaient pas acheter de maison ni en louer, parce qu’ils avaient pas d’argent. Ça fait qu’ils sont venus à bout, à force de ramasser des bouts de planche icitte et là, qu’ils ont fait une petite cabane sur le bord d’un fosset.
Une bonne journée, le bonhomme s’en va à la pêche. Il avait coutume qu’il allait pêcher tous les jours. La loi du gouvernement lui défendait de jeter ses seines à l’eau, ses filets, plus qu’une fois par jour. Ça faisait trois jours qu’il pêchait pis il avait rien aveindu. La quatrième journée, il aveind un poisson doré, la grosseur d’un moyen esturgeon. Bien content de sa pêche, il aveind son poisson doré pis il va pour le mettre sur son dos pour l’emporter. Le poisson lui dit :
« Emporte-moi pas ! Rejette-moi dans la mer. Ça sera plus chanceux. En m’emportant, tu en as seulement assez pour toi pis ta femme, que deux, trois repas. Si tu me jettes à l’eau, ça sera beaucoup plus chanceux pour toi. »
Ça fait que l’homme prend le poisson doré pis il le jette
dans la mer en disant :
« J’aime mieux me passer de manger pour deux, trois repas que
d’avoir encore plus de malchance que j’en ai. »

En arrivant, l’homme commence à conter à sa femme quoi c’est
qu’il lui était arrivé. Sa femme lui dit :
« Mais c’était un génie que t’as poigné. Si tu lui avais
demandé quelque chose, il te l’aurait accordé, elle dit. Retourne à la mer,
appelle le poisson doré pis demande-lui qu’il nous donne une belle petite maison
avec un beau petit jardin. »
L’homme revire pis il s’en va à la mer, bien content de quoi
ce que sa femme lui avait dit. En arrivant à la mer, il dit :
« Poisson doré de la mer, ma femme te demande une belle
petite maison avec un beau jardin. »
Tout d’un coup, le poisson se sort la tête de l’eau :
« Va-t’en chez vous, ta femme est sur le perron de ta maison
qui t’attend astheure. »
Comme de fait, en arrivant
chez eux, sa femme était sur le
perron qui l’attendait. Il était bien content de voir qu’il avait une belle
maison, pis sa femme aussi. Mais au bout de deux, trois jours, la femme était
pas encore satisfaite. Elle dit à son mari :
« Si on avait demandé un château, on l’aurait eu pareil. Tu
vas retourner à la mer, tu vas demander au poisson qu’il te donne un beau
château avec un grand jardin pis des animaux. »
L’homme il dit à sa femme :
« À force de demander, tu vas venir à être refusée. On
devrait être satisfait avec quoi ce qu’on a là.»
Elle dit :
« C’est un génie, il va te donner tout ce que tu voudras.
Ça fait que l’homme s’en va encore à la mer :
« Poisson doré de la mer, ma femme m’a envoyé te demander un
château avec un grand jardin pis des animaux avec. » Le poisson se sort la tête de l’eau pis il lui dit :
« Va-t’en chez vous, ta femme est sur le perron qui t’attend.
»
Ça fait qu’en arrivant
chez eux, il aperçoit sa femme sur le
perron d’un beau château, un beau jardin de fleurs en avant du château, un beau
jardin de toutes sortes de légumes en arrière du château pis toutes sortes de
beaux animaux domestiques dans la cour. Deux, trois jours se sont passés encore.
Elle dit à son mari :
« Pourquoi ce que j’y ai pas demandé d’être roi ? Tu vas
retourner à la mer dire au poisson que je veux être roi. »
Mais l’homme dit à sa femme :
« Tu sais bien que tu peux pas être roi ! »
Elle dit :
« Je te dis que je veux que tu retournes à la mer demander au
poisson que je devienne roi ! »
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Ça fait que l’homme part la tête bien basse, pensant que le
poisson lui refuserait. À ce coup-citte, quand il a arrivé à la mer, la mer
était pleine de courants. Il dit :
« Poisson doré de la mer, ma femme demande que tu la mettes
roi. »
Le poisson se sort la tête pis il lui dit :
« Va-t’en chez vous, ta femme
est assis sur ton trône qui t’attend. »
Comme de fait, en arrivant
chez
eux, il aperçoit sa femme assise sur un trône dans un beau palais. Tout le tour
du palais, c’était rien que des belles fleurs pis des beaux arbres. Ça fait que
l’homme dit à sa femme :
« Astheure que tu es le roi, on va être bien le restant de
nos jours. »
Mais après qu’ils ont été couchés, la femme a pas pu dormir
de la nuit, à force de jongler comment faire pour être plus haute qu’elle était.
Le lendemain, matin, elle dit à son mari :
« Tu vas lui dire que je veux être empereur. »
Ça fait que l’homme, sans rien dire parce que ça servait à
rien de parler, s’en va à la mer pis il dit encore :
« Poisson doré de la mer, ma femme demande qu’elle soit
empereur. »
Le poisson se sort la tête de l’eau pis il lui dit :
« Va-t’en chez vous, ta femme est empereur. »
Quand il a arrivé
chez eux, sa femme était dans un bien plus
haut palais, assise sur un trône bien plus élevé que l’autre était. Tout le
dedans du palais était en or pis en diamant, pis les planchers étaient de
cristal pis les murs de miroirs. L’homme, là, dit à sa femme:
« Astheure que t’es empereur, jamais je croirai, t’as plus
rien à demander. »
La femme lui dit :
« Je sais pas ! Je vois pas pourquoi ce je pourrais pas être
pape. Elle dit: Tandis que tu m’y fait penser, là, retourne au poisson pis
dis-lui que je veux être pape. »
Le vieux s’est
ostiné un peu avec elle, mais ça servait à
rien. Elle dit :
« Je suis empereur, j’ai le droit de te donner mes ordres.
Marche ! »
Mais à ce coup-ci, quand l’homme a arrivé à la mer, la mer
est devenue noire comme de l’encre. L’homme avait peur, mais il faullait bien
qu’il suivre les ordres de l’empereur. Il dit :
« Poisson doré de la mer, ma femme m’envoie te dire qu’elle
voudrait être pape. »
Le poisson se sort la tête pis il lui dit :
« Va-t’en chez vous, ta femme est pape. »
Ça fait, quand il a arrivé, il dit à sa femme :
« Astheure, il y a plus rien de plus haut que ça, t’es pape.
Qu’est-ce que tu veux de plus ? »
Le femme elle dit :
« Je sais pas. Suffit qu’il est tard, on verra ça demain. »
Le lendemain matin, l’homme se lève pis il dit à sa
femme :
« Faut que tu te lèves, tu sais que t’es pape. »
Elle se revire du bord du châssis pis elle regarde le soleil.
Elle dit :
« Je vois pas pourquoi ce que tu pourrais pas conduire la
lune pis le soleil. »
Elle dit :
« Tu vas aller dire au poisson
que je veux conduire la lune pis le soleil. »
De ce coup-là, l’homme, le vieux, faisait bien des hélas. Il
disait à sa femme que c’était impossible, qu’il était pour leur arriver malheur.
Elle dit :
« Je te dis que tu vas y aller ! Une fois que t’as affaire
avec un génie, il refuse jamais rien. »
Ça fait, que le vieux s’en va à la mer. En arrivant à la mer,
il s’élève un vent que les arbres en tombaient, pis la pluie, les éclairs, le
tonnerre. La mer était si rouge qu’elle paraissait tout en feu. Ça fait qu’il
lui demande avec peur :
« Poisson doré de la mer, ma femme veut que tu lui accordes
qu’elle conduise le soleil pis la lune. »
Le poisson se sort la tête de l’eau pis il dit :
« Va-t’en chez vous, tu trouveras ta femme dans la petite
cabane sur le bord du fosset. »
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