LES LOUPS-GAROUS
Les loups-garous ont pendant longtemps gardé une place dans l'imaginaire
des francophones du Détroit, comme le montre les attestations suivantes,
recueillies d'un bout à l'autre du territoire. Notez que le "loup-garou" n'est
pas nécessairement un loup:
Madame Diana Matthews (née Trépanier), de Ruscom, raconte la légende suivante :
Un homme était bien méchant. Tout le monde savait qu'il était pas un bon homme.
Il avait le pouvoir de se revirer en loup-garou quand il voulait. Et puis cette
fois-là, il s'était reviré en loup. Et puis... un homme était en carriole, s'en
allait chez-eux, de la Belle-Rivière à Saint-Joachim. Puis il était bien fatigué,
puis il était tard, sa femme était probablement inquiète, ça fait qu'il dit au
cheval: Get up... get up!" Soudainement, un loup lui saute sur le dos - lui puis
sa petite fille. Et puis le grand-père l'a frappé avec le bout du fouet. Et puis
il l'a fait saigner. Et puis immédiatement, ça a reviré en homme. Puis l'homme
dit: "Déclare-moi jamais, Joseph... parce que tu vas voir quoi ce qui va
t'arriver..."

Monsieur Normand Drouillard, de Rivière-aux-Canards, raconte une histoire
semblable :
La famille s'en allait en traîneau, sur la neige, avec leurs chevaux.
Puis il y avait un gros cochon qui les suivait, puis il se lamentait. Puis il
mettait ses pattes de devant sur le traîneau, puis il était assez pesant que le
joual pouvait pas le traîner. Toujours que le bonhomme se choque puis il prend
son fouet à buggy puis il se revire puis il donne un coup sur le nez du cochon
pour le faire ôter ses pattes. Il s'est mis à saigner. Puis là, je m'en souviens
plus si c'était un homme ou une femme... mais je sais qu'il avait été délivré de
sa tâche à cause qu'il avait saigné. Puis c'était un voisin, puis ils avaient
été bien surpris... ça, c'était une pénitence...
De l'autre côté de la rivière Détroit nous vient le récit suivant, recueilli
par Dennis M. Au, raconté en 1976 par Ed Labadie :
Les gens étaient troublés. Ils entendaient cogner à la porte, ils répondaient et
à chaque fois il n’y avait qu’un chien policier qui attendait là. Et cela
arrivait de temps en temps pendant des semaines et des mois. Ils ont commencé à
en discuter avec leurs voisins. Un homme leur dit:
— Écoutez. Avez-vous une trousse de clés pour les bâtiments, les remises, la
maison ? La prochaine fois que vous entendez cogner à la porte and que vous
l’ouvrez et que le chien policier est là, prenez les clefs puis sacrez-lui un
coup dans la face. Soyez certain de le faire saigner. Puis il dit, vous serez
surpris par ce que vous verrez. Ce sera quelqu’un que vous connaissez ou un de
vos voisins, certain.
Et voilà qu’ils ont fait ça, et une personne qu’ils avaient connue est apparue.
[Au, Dennis, et Joanna Brode, (1987) «The Lingering Shadow of New France: The
French-Canadian Community of Monroe County, Michigan», Michigan Folklife Reader,
Kurt C. Dewhurst et Yvonne Lockwood, ed., East Lansing, Michigan, Michigan State
University Press, p.337]

Enfin, voici un dernier récit, raconté par un habitant à Rivière-aux-Canards
:
C'était Pépé, je crois bien, qui disait ça... Il disait qu'il allait dans la
grange, le matin. Il y avait tout le temps un cheval - il y avait une stalle de
vide - puis il y avait tout le temps un cheval blanc dans cette stalle-là. Il le
prenait, puis il le menait... il l'emmenait à la porte puis il le sortait puis
le cheval s'en allait. Deux, trois matins de fil, de même. Le troisième matin,
il dit:
- Ce matin icitte, il dit, je t'ai envoyé trois fois, tu vas t'en aller cette
fois icitte!
Prend la fourche, lui plante la fourche au derrière pour qu'il sorte pour s'en
aller. Il a reviré droit devant lui! [Il s'est transformé en homme.] Puis il dit:
- Si jamais tu répètes ça à quelqu'un d'autre, il dit, tu vas l'avoir... Tu vas
être pareil comme moi.
C'était un homme qu'il connaissait.
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