LES ARTS VISUELS

HISTORIQUE DE LA GRAVURE À HOLMAN

Le ulu embossé

Le ulu embossé fait office d’estampille pour la Holman depuis bon nombre d’années.
Image vidéo : Alex Poruchnyk, 2000.

L’estampille en forme de ulu

Au départ, l’estampille en forme de ulu était utilisée uniquement sur les gravures sur pierre. Le ulu était sculpté dans la pierre et encré. © Holman Eskimo Co-operative.

Atelier, Holman

Atelier, Holman.
Photo : Darlene Coward Wight, 2000.

Brunissage d’une gravure sur pierre

Brunissage d’une gravure sur pierre, Holman. Photo : Bernadette Driscoll Engelstad, 1981.

Deux hommes chassant un ours

Harry Egotak, né en 1925
Deux hommes chassant un ours, 1962
Collection : Holman Eskimo Co-operative

Pochoir original en peau de phoque utilisé pour imprimer Deux hommes chassant un ours

Harry Egotak, né en 1925
Pochoir original en peau de phoque utilisé pour imprimer Deux hommes chassant un ours
Collection : Holman Eskimo Co-operative

Dessin de Transi et affamé

Dessin original de Transi et affamé, 1985?, Stanley Elonak Klengenberg (1964-1999)

Transi et affamé

Stanley Elonak Klengenberg
(1964-1999)
Transi et affamé 1986

LES PRINCIPES DE LA GRAVURE

La gravure est un procédé consistant à transférer une création encrée d'une surface à une autre. La gravure d'art, ou originale, a été produite à partir d'une surface (généralement un bloc ou une plaque) créée par l'artiste. On dit du nombre total de gravures produites à partir d'un même bloc ou d'une même plaque que ce sont des gravures à tirage limité, c'est-à-dire que la plaque ou le bloc ne seront plus utilisés à des fins de reproduction. Chaque gravure est signée et numérotée par l'artiste (p. ex. 2/50 précise qu'il s'agit de la deuxième gravure produite sur 50). Contrairement à la gravure d'art, la reproduction est un procédé de photocopie d'images effectué au moyen d’une presse. Les reproductions ne sont pas considérées comme des originales même si elles sont signées et numérotées par l'artiste. Les artistes de Holman produisent annuellement en moyenne de 24 à 30 gravures dont le tirage est limité entre 35 et 50 exemplaires. Les épreuves d'artiste et les épreuves d'atelier n’en font cependant pas partie. Les gravures de la Holman portent l’estampille de la communauté, soit un ulu portant le nom Holman.

 

LES DÉBUTS DE LA GRAVURE À HOLMAN

La gravure de reproduction permet à la communauté de revivre le passé, de conserver son mode de vie traditionnel et de raconter des histoires d’ordre collectif ou individuel. À Holman, la gravure est venue répondre aux besoins croissants en matière de développement économique, et elle a permise aux membres de la communauté de recourir aux arts visuels plutôt qu’à la création de contes. Le père Henri Tardy, prêtre responsable de la mission catholique à Holman de 1949 au début des années 1980, s’est inspiré de la réussite des commerces d’œuvres d’art et d’artisanat d’autres communautés de l’Arctique. Il s’est joint à un groupe d’artistes pour créer la Holman Eskimo Co-operative en 1961. Quatre ans plus tard, la collection Holman a reçu les éloges du Conseil canadien des arts esquimaux.

 

LE CONSEIL CANADIEN DES ARTS ESQUIMAUX (CCAE) ET LE SYSTÈME COOPÉRATIF

Le Conseil canadien des arts esquimaux agissait à titre de conseil consultatif en œuvres d’art indépendant, évaluant le côté esthétique plutôt que la valeur commerciale des gravures inuit des diverses communautés nordiques. La coopérative recourait à un jury pour déterminer quels dessins serviraient à produire les gravures qui formeraient les collections annuelles. Les communautés devaient présenter leurs collections au Conseil pour approbation avant que les Canadian Arctic Producers (CAP) puissent procéder au tirage et à la commercialisation du produit. Depuis la dissolution du Conseil canadien des arts esquimaux en 1989, les coopératives remettent leurs collections annuelles directement aux Canadian Arctic Producers qui distribuent leurs reproductions aux dépositaires canadiens et américains. Les gravures sont également vendues à des collectionneurs d’aussi loin que le Japon, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Les CAP reçoivent une commission pour avoir fait office de fonction commerciale mais la plus grande part des recettes revient aux artistes et à la communauté. Les artistes sont payés au dessin alors que les graveurs sont payés à la gravure. Cependant, certains artistes ont commencé à vendre leurs œuvres individuellement.

 

L’ÉVOLUTION DE LA GRAVURE DE REPRODUCTION À HOLMAN

Au fil du temps, les gravures de la Holman ont été rapidement caractérisées par des silhouettes épurées et une utilisation limitée de la couleur. Le pochoir et la lithographie ont fait leur apparition dans l’atelier en 1976, moment ou John Rose est engagé pour diriger l’atelier. Le procédé de gravure sur pierre devient de moins en moins populaire auprès des artistes en raison des risques de la poussière de pierre pour la santé. Les graveurs de Holman regrettent la disparition de l’intéressante technique de la gravure sur pierre au profit de la gravure sur bois. Malheureusement, un certain nombre de gravures sur bois représentent un personnage fantaisiste qui n’est pas populaire auprès des collectionneurs du sud du pays, et l’utilisation de ce type de gravure commence peu après à décroître.

Depuis 1986, les principales techniques utilisées sont le marquage au pochoir et la lithographie. Ces deux techniques permettent des descriptions détaillées et naturalistes qui constituent maintenant le principal intérêt des artistes de Holman.

Plus tard, les artistes commencèrent à utiliser du papier ciré. Mary K.Okheena décrit ce procédé :

Pour préparer notre papier à pochoir, nous chauffions une plaque de cuivre au four jusqu’à ce qu’elle soit suffisamment chaude pour faire fondre de la paraffine. Nous versions alors celle-ci de façon égale sur la plaque de cuivre. Ensuite, nous mettions une feuille de papier à dessiner par-dessus et attendions que la paraffine adhère bien au papier. Nous devions l’enlever et l’accrocher pour que cela sèche. Pendant que la plaque était encore chaude, nous y remettions une nouvelle couche de paraffine, puis une autre feuille de papier. Nous attendions, l’enlevions et l’accrochions pour qu’elle sèche. Nous devions ensuite laver la plaque avec de l’eau savonneuse, la sécher et recommencer tout le procédé, jusqu’à ce que nous ayons suffisamment de papier paraffiné pour réaliser le nombre de gravures voulues. Ce papier nous servait de papier à pochoir.

La méthode du pochoir est devenue une technique de précision effectuée au moyen du mylar (film de polyester), une technique qu’Elsie Klengenberg, entre autres, a développé pour créer des effets spectaculaires. La popularité croissante du pochoir a transformé la nature des gravures de Holman et permet aux artistes de créer des progressions de luminances dans leurs oeuvres. Les formes semblent tridimensionnelles et les couleurs sont mélangées pour créer une variété étonnante de nuances personnelles. La lithographie permet la création d’œuvres aussi détaillées que le dessin. De plus, les artistes ont récemment fait des expériences de gravures sans acide.

 

DU DESSIN À LA GRAVURE

Avant d’avoir une gravure, on doit créer un dessin original. Il arrive parfois que la personne qui dessine l’image ne soit pas celle qui en fait une gravure. Bon nombre d’artistes s’en tiennent uniquement au dessin et ne participent pas au processus de gravure d’impression. D’autres artistes, comme Louie Nigiyok, sont très intéressés par ce processus et font exclusivement de la gravure pour d’autres artistes. L’exemple de Stanley Klengenberg Transi et affamé montre avec quelle fidélité l’image peut être rendue.

Mary K. Okheena se rappelle qu’il était difficile de créer des gravures au pochoir à partir de dessins au trait de crayon. Ses descriptions du procédé montrent bien les relations de travail intimes qui existent entre l’artiste et le graveur :

Il m’arrivait de me décourager lorsque je coloriais d’une façon et que j’allais consulter l’artiste qui trouvait simplement à me dire que cela n’allait pas. Il fallait donc tout recommencer. J’aimais mieux laisser les artistes calquer leur dessin (sur une autre feuille) et leur demander de l’apporter chez eux pour le colorier au moyen de feutres. Ils n’avaient ensuite qu’à me le rendre. C’était plus facile que d’avoir à tout recommencer lorsqu’ils me disaient que cela ne leur plaisait pas.

L’habileté des artistes de Holman à changer, modifier et adapter a permis la poursuite d’une production vivante pendant plus de quarante ans. Les artistes de Holman sont maintenant bien connus pour leur style graphique unique : une progression de luminances tendres et une représentation de la profondeur donnant lieu à des descriptions détaillées et naturalistes.

 

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© The Winnipeg Art Gallery, 2002. Tous droits réservés.


 

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