LES ARTISTES

Alec Akiknak Banksland
Harry Egotak
Victor Ekootak
Julia Manoyok Ekpakohak
Mark Emerak
Agnes Nanogak Goose
Rex Kangoak Goose
William Kagyut
Helen Kalvak
Elsie Klengenberg
Patrick Akovak Klengenberg
Stanley Elonak Klengenberg
Peter Malgokak
Susie Malgokak
Roberta Memogana
Louie Nigiyok
Mabel Nigiyok
Mona Ohoveluk
Mary K. Okheena
Peter Palvik
Flossie Papidluk

Alec Banksland
Alec Aliknak Banksland
Photo : Arts & Culture of the North.

ALEC ALIKNAK BANKSLAND 1928-1998

Les préparatifs pour la pêche
Deux aigles

Alec Aliknak Banksland est né sur l’Île Baillie, près de Tuktoyaktuk. Il est le fils de Natkutsiak (Billy Banksland) et Topsy Ekiona. Sa soeur est l’artiste Agnes Nanogak Goose (1925-2001). Durant sa jeunesse, sa famille a migré entre l’Île Baillie et l’Île Banks. Ils ont déménagé dans la région d’Holman vers 1934. Ils faisaient partie des premières familles à s’y installer. Il épousa Elizabeth Putuitok, une femme de la région. Ils eurent huit enfants. Putuitok apprit l’anglais au cours des cinq années qu’elle passa à l’hôpital Charles Camsell à Edmonton, où elle était soignée pour sa tuberculose. Durant les années 50, ses talents de traductrice lui ont permis d’aider Aliknak à vendre ses sculptures aux visiteurs.

Les dessins d’Alec Aliknak sont des interprétations méticuleusement détailées de la vie traditionnelle, et ses dessins au feutre sont entièrement colorés à la manière d’un peintre. Il travaillait à la maison et ne s’intéressait pas aux aspects techniques de la gravure de reproduction.

D’après une entrevue avec la femme d’Aliknak, Elizabeth Banksland, faite par Darlene Coward Wight, à Holman, le 12 mai 2000.

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HARRY EGOTAK né en 1925

Deux hommes chassant un ours

Harry Egotak est né alors que sa famille vivait sur l’île Banks. Sa mère est l’artiste Flossie Papidluk (1904-1994), son père le premier mari de celle-ci, Akoakhion. Les plus anciens souvenirs d’Egotak sont de la région de l’Île Read alors que son père était toujours vivant. Ses parents voyageaient et campaient à différents endroits, se joignant à d’autres groupes durant une année ou deux pour ensuite repartir de leur côté. La femme d’ Egotak est originaire d’une petite île près de Berkeley Point. Ils se sont mariés en 1950, alors qu’ils vivaient près de l’inlet Minto. Ils déménagèrent à Berkeley Point en 1953 et plus tard à Holman, ayant entendu parler du village frontalier et des nombreux Inuit qui s’y installaient.

Egotak faisait partie de ce petit groupe de cinq artistes à faire des gravures au début des années 60. Il se souvient de l’esprit d’initative du groupe – comment ils se contentaient de ce qu’ils avaient en l’absence d’outils professionnels d’artistes graveurs. Ils commencèrent leurs expériences en gravure de reproduction dans un petit édifice derrière le magasin de la Co-op. Ils avaient remarqué que les peaux séchées des pochoirs en peau de phoque étaient plutôt rigides. Ils décidèrent donc d’enlever la fourrure et la graisse pour les assouplir. Ils découpèrent les images avec des lames de rasoir et utilisèrent des brosses à dents et des blaireaux pour appliquer l’encre. Les bouts des blaireaux, trop doux pour la technique du pochoir, étaient coupés pour en rendre les extrémités plus rigides.

La première gravure d’Egotak, Deux hommes chassant un ours, a été réalisée en mai 1962. On la voit avec son pochoir en peau de phoque. Les anciens graveurs s’habituèrent à l’utilisation de leurs pinceaux sur des petits bouts de papier. Quand ils ont débuté, il y avait peu de choix dans les couleurs d’encre — noir, bleu et blanc, et les images étaient imprimées en une seule couleur.

En 1964, le groupe commença à travailler avec de la pierre taillée. Ils utilisaient du calcaire venant de la carrière de l’inlet Minto.

Egotak a continué avec la Co-op, devenant son graveur d’art le plus productif, jusqu’à sa retraite en 1987. Au fil des années il a reproduit des dessins pour tous les artistes d’Holman : 172 gravures cataloguées et 17 non-cataloguées de 1964 à 1987, dont seulement trois furent des dessins de sa propre main.

D’après une entrevue avec Harry Egotak faite par Darlene Coward Wight, à Holman, le 9 mai 2000.

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VICTOR EKOOTAK 1916-1965

En travaillant les peaux
La pêche en rivière

Victor Ekootak était un membre fondateur de la Holman Co-operative et un des premiers artistes à réaliser des dessins et gravures au début des années 60. Il était connu pour ses talents de dessinateur et il a créé pour la mission catholique une série de dessins sur du linoléum dépeignant les événements de la crucifixion du Christ. Les séries sont toujours aux murs de la Chapelle-musée d’Holman. Les collections annuelles de 1965 et de 1966 comprennent douze gravures de Ekootak. Quatre de ses dessins furent imprimés quelques années plus tard. Sculpteur talentueux, il consacra ces talents à la gravure de la pierre en 1964. Sa mort soudaine, en 1965, fut un grand choc pour le Père Tardy et les autres pionniers de la gravure. Tardy écrira plus tard : « Avec la mort d’Ekootak, nous avons perdu le chef de nos artisans. » (Inuktitut, 1979)

Ekootak est né dans la région du Détroit du Prince Albert. Il épousa Nereonak qui devint très réputée pour ses tapisseries en peau de phoque. Ils passèrent beaucoup de leur temps dans la région de Read Island, au sud de la Péninsule Wollaston. Quand Ekootak se mit à travailler pour la Co-op en 1961, il faisait la navette entre Read Island et Holman. Quand le poste de Read Island fut relocalisé à Holman en 1962, la famille déménagea dans la communauté à bord du bateau de la Compagnie de la Baie d’Hudson.

Ekootak est le patriarche d’une famille d’artistes. Son beau-fils, Patrick Akovak Klengenberg (1944-1976), est un sculpteur, artiste et graveur d’art; sa fille, Elsie Klengenberg, est une des principales artistes au pochoir à Holman. Les petits-enfants d’Ekootak, Helen et Stanley Klengenberg (1964-1999), sont bien connus pour leurs gravures et dessins.

D’après une entrevue avec la fille d’Ekootak, Elsie Klengenberg, faite par Darlene Coward Wight, à Holman, le 9 mai 2000.

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Julia Ekpakohak
Julia Manoyok Ekpakohak
Photo : Darlene Coward Wight.
JULIA MANOYOK EKPAKOHAK née en 1968

Enfants s'amusant à la garderie
Grand frère tirant sa soeur sur sa bicyclette

Pendant son enfance, Julia Manoyok Ekpakohak apprend à dessiner en écoutant sa grand-mère, Helen Kalvak. l’une des artistes les plus connues de Holman. En soirée, sa grand-mère lui raconte des histoires et lui demande de faire des dessins sur papier. Julia se souvient que sa grand-mère l’avait toujours encouragée à développer ses compétences artistiques comme moyen de gagner sa vie. « Elle me disait que si je me retrouvais un jour sans emploi et que je ne pouvais pas trouver les moyens de soutenir ma famille, je pourrais toujours vivre de mes dessins ».

Ayant appris à dessiner à l’âge de huit ans, Julia se lance dans le domaine de la gravure en 1999. Elle apprend d’abord les techniques du pochoir, mais elle se concentre actuellement sur la gravure sans acide. Julia préfère la gravure à cause de sa ressemblance au dessin. En plus d’illustrer les histoires de son passé, les dessins et les gravures de Julia présentent souvent des images de la vie contemporaine à Holman, notamment des enfants qui s’amusent.

Julia enseigne actuellement le dessin à ses propres enfants et les encourage à poursuivre leurs efforts.

D’après une entrevue avec Julia Manoyok Ekpakohak faite par Darlene Coward Wight, à Holman, le 8 mai 2000.

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MARK EMERAK 1901-1983

Chasse hivernale et estivale (Ukiomilo Aoyamilo Angoniaktut)
Le chaman cherche une réponse (Kilayok)
Le grand tourbillon d’eau (Kalaniyaatok)
Jeux d’argent

Mark Emerak était déjà âgé quand il commença le dessin en 1966. Contrairement aux femmes qui avaient l’habitude de concevoir des patrons pour la confection des vêtements de peau, le fait de coucher ses idées sur papier était tout nouveau pour cet homme qui avait passé sa vie dans les terres, à chasser et à pêcher.

Des 900 dessins réalisés par Emerak de 1966 à 1983, 41 ont été traduits en pierre gravée, pochoir, ou lithographie. Emerak n’a jamais fait d’impression; son travail a été traduit en gravures par d’autres. La transformation de ses œuvres en gravures fut d’ailleurs réalisée pour le portefolio commémoratif de 1987 quatre ans après sa mort.

Emerak a vécu sa jeunesse dans la région de la Baie de Cambridge, sur la côte au sud-est de l’Île Victoria. Sa famille déménagea ensuite dans la région de l’inlet Minto, la chasse y étant meilleure. Après seulement une année de mariage, Emerak perdit son épouse pour un autre homme, lors d’une épreuve de force, ce qui était, dans une certaine mesure, commun parmi les Inuits du Cuivre. Plusieurs graveurs illustrent les concours et véritables batailles qui déterminaient à l'occasion les mariages (Dispute pour une femme). Un peu plus tard, Emerak épousa Udyok, avec qui il eut dix enfants. Quand Udyok tomba malade au début des années 50, la famille déménagea à Holman et ils restèrent avec leur peuple après sa mort.

L’imagerie de Emerak est un riche témoignage de sa vie sur la terre ferme. Même après l’installation de la famille à Holman, il a continué de chasser et de pêcher. Sa fille, Mary Uyaraktek, se rappelle que jusqu’en 1983, il restait seul à son campement près d’un lac pendant de longs mois. Les dessins d’Emerak représentent les changements de saisons et leurs influences sur le style de vie des nomades, et les habitudes traditionnelles de jeu et de travail. Les représentations des gens en groupes reflètent l’aspect communautaire de ce mode de vie. Le penchant d’Emerak pour les compositions denses rend plus intenses les nombreux rites et tabous qui régissent la vie inuit sur la terre ferme. Il était particulièrement intéressé par les activités chamaniques comme l’invocation. On le voit bien dans la gravure Chaman recherche une réponse (Kilayok).

D’après une entrevue avec la fille d’Emerak, Mary Uyaraktek, faite par Darlene Coward Wight, à Holman, en novembre 2000.

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Agnes Nanogak Goose
Agnes Nanogak Goose
Image vidéo : Alex Poruchnyk.
AGNES NANOGAK GOOSE 1925-2001

Dessin de grand format
Le jalon du Nord
Un vrai rêve (Hinnaktoktok)
Le garçon aveugle

La communauté de Holman fut particulièrement attristée par la perte, en mai 2001, de l’une de ses plus éminentes artistes, Agnes Nanogak Goose. Agnes Nanogak Goose a été l’une des artistes les plus connues à Holman. Elle y est un pilier dans le domaine de la gravure. Depuis 1967, moment où ses premières gravures ont été publiées, un total de 159 de ses dessins ont été traduits en gravures. Mieux connue des collectionneurs du Sud sous le nom inuit Nanogak, elle a aussi signé certaines de ses œuvres du nom de famille de son dernier mari Wallace Goose. Durant les années 60, son fils, Billy Goose, utilisait le sceau distinctif d’une oie pour marquer ses gravures et dessins pour la Co-op. Le fils de Billy Goose, Rex Goose, est un sculpteur et artiste graphique talentueux.

Les racines de Nanogak sont dans l’Arctique occidentale. Son père, Natkutsiak (Billy Banksland) venait de Nome, en Alaska et sa mère, Topsy Ekiona, a grandi dans la région du Delta du Mackenzie, près de Tuktoyaktuk. Son père travaillait comme pêcheur au harpon sur les baleiniers, et a navigué avec l’explorateur, Viljáhimir Stefánsson, alors que celui-ci tentait de découvrir le Passage du « Nord-Ouest » par l’ouest. Natkutsiak et Ekiona se sont mariés et ont voyagé de l’Île Baillie dans la région de Tuktoyaktuk à l’Île Banks où il y avait un poste de traite grâce auquel ils ont gagné leur vie en faisant du trappage et des échanges.

Nanogak et son frère, Alec Aliknak Banksland, sont nés sur l’Île Baillie. La famille s’installa à Sachs Harbour sur l’Île Banks, et en 1934, aménagea sur le site actuel d’Holman dans la Baie Queen. Nanogak avait alors dix ans. Aucune autre famille n’y vivait à ce moment-là. Tous les autres campaient à l’inlet Minto ou à Walker Bay. Nanogak se rappelle à quel point tout était différent, particulièrement le dialecte et l’habillement. C’était une bonne zone pour la chasse aux phoques et la famille y est demeurée. La mère et le père de Nanogak sont décédés respectivement en 1943 et en 1949. En 1947, elle épousa Wallace Goose qui venait des régions de Tuktoyaktuk et Kugluktuk (Coppermine).

Le père de Nanogak dessinait quand elle était jeune, stimulant ainsi l’intérêt pour les arts chez Nanogak et son frère, Aliknak. Intriguée par les dessins et gravures du début des années 60, Nanogak décida d’essayer le dessin. Le Père Tardy rit quand il vit ses premiers croquis en 1964. Il lui dit que quelque chose manquait et il l’encouragea à rapporter le dessin à la maison pour le terminer. Nanogak se rappelle qu’il ne voulait pas lui dire ce qui clochait. Un nouveau dessin d’un visage humain souriant fut réalisé et montré à Tardy. Cette fois-ci, il s’en déclara satisfait. Nanogak s’aperçut alors qu’elle avait oublié de dessiner les pupilles dans les yeux des visages précédents, comme s’ils avaient été aveugles. Tardy lui procura beaucoup de soutien, lui soulignant que ces descriptions fondées sur les histoires de sa jeunesse étaient riches et puissantes en expressions.

Les histoires et chansons pour les danses du tambour que Nanogak a apprises quand elle était enfant demeuraient ses thèmes préférés. Avec Jimmy et Nora Memorana, elle a enseigné ces chansons originaires du Delta du Mackenzie aux jeunes gens de la communauté. Encore aujourd’hui, jeunes et adultes exécutent ces chansons de « style Western » et dansent au tambour lors des bals bihebdomadaires qui ont lieu au centre communautaire.

Les plus anciens dessins de Nanogak ont été faits au crayon à mine, mais quand les feutres sont devenus disponibles vers 1970, elle a pris plaisir à réaliser des œuvres très colorées. Elle n’a d’abord utilisé la couleur que comme élément de guidage pour les graveurs avant d’en faire bien vite une partie intégrante de ses dessins.

Nanogak est consciente du fait que ses images ont la capacité de raconter des histoires, et ça la frustre lorsqu'en 2001, l'atelier cesse d'offrir des services de gravure en raison de difficultés financières. Atteinte d'un cancer du poumon vers la fin de l'an 2000, elle ressent le besoin urgent de continuer son œuvre, qui, selon elle « nous rappelle les histoires du passé ».

Une exposition des dessins d’Agnes Nanogak Goose sera présentée au Musée des beaux-arts de Winnipeg à compter du 5 décembre 2002. Cette exposition comprendra une vidéo ainsi qu’un catalogue illustré.

Agnes Nanogak Goose a été interviewée par la conservatrice Darlene Coward Wight en novembre 2000.

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REX KANGOAK GOOSE né en 1965

Le hissage des baleines

Rex Goose est bien connu en tant que sculpteur, mais il est aussi actif dans le domaine des arts graphiques à Holman depuis 1978. Il vient d’une famille d’artistes. Son père, Bill Goose (1943-1989) dessinait et faisait des gravures au début des années 60, et sa grand-mère est la célèbre artiste Agnes Nanogak Goose (1925-2001). Enfant, il raconte avoir été « subjugué » par tous ces gens créatifs autour de lui. Son ambition était de devenir un artiste lui aussi. Ses dessins font l’objet de reproductions pour les collections annuelles depuis 1982.

Goose se spécialise dans les sculptures miniatures. Il les réalise dans de l’ivoire, des ramures, de l’os de baleine, et plus récemment, dans de l’albâtre blanc, découvert à 100 kilomètres d’Holman en 1997. Deux expositions consacrées à ses sculptures ont eu lieu à la galerie « Northern Images » à Yellowknife en 1994 et en 1996.

D’après une entrevue avec Rex Kangoak Goose faite par Darlene Coward Wight, à Holman, en mai 2000.

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William Kagyut
William Kagyut
Photo : Darlene Coward Wight.
WILLIAM KAGYUT né en 1919*

L’ours et la chasseresse

William Kagyut a fait des gravures et des dessins au début des années 60. Son intérêt pour la sculpture est né au cours des dernières années de ses dix ans (de 1953 à 1963) d’hospitalisation à Edmonton. Une chanson de Kagyut, racontant sa maladie, est chantée et jouée régulièrement par le groupe de danse du tambour « Central-style » d’Holman. La chanson lui vint en rêve alors qu’il était à l’hôpital. Il a rêvé d’un ancien qui lui dit qu’il allait guérir s’il apprenait une chanson. L’ancien la lui chanta trois fois et lui dit que lorsqu’il se réveillerait, il devrait chanter cette chanson pour être guéri. La chanson débute ainsi : « Je suis tellement content! Je guéris enfin de ma maladie. J’ai été malade pendant bien des années. Je pourrai enfin rentrer à la maison. » Il se sentit beaucoup mieux après avoir chanté la chanson.1,2

Kagyut a utilisé ses talents de sculpteur à produire des pierres taillées pour la Co-op de 1964 à 1968. Il a aussi fait des dessins durant cette même période; quatre d’entre eux ont été utilisés pour créer des gravures pour la première collection en 1965. Les dessins de Kagyut ont été utilisés pour en faire des gravures jusqu’en 1987.

D’après une entrevue avec William Kagyut faite par Darlene Coward Wight, à Holman, en mai 2000.

* La date de naissance qui est sur le certificat de naissance de Kagyut est 1922, ce qui est faux.

1 Voir No. 25 dans Soapstone and Seed Beads : Arts and Crafts at the Charles Camsell Hospital, A Tuberculosis Sanatorium (Saponite et petites perles : Artisanat à l’Hôpital Charles Camsell, un sanatorium pour tuberculeux), par Annalisa R. Staples et Ruth L. McConnell, 42.
2 Chanson mise en lumière en novembre 2000, par Laura Inuktalik, coordinnatrice du groupe de danse Central-style.

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Helen Kalvak
Helen Kalvak
Photo : Bernadette Driscoll Engelstad.
HELEN KALVAK 1901-1984

Sans titre (Deux personnes dansant)
Tir des canards
Pêche sous-marine
Ne faites pas tant de bruit
Jeu dans la maison de neige

Sa participation remontant jusqu’en 1961, Helen Kalvak est l’une des membres fondateurs de la Holman Eskimo Co-operative. Elle dessinait jusqu’en 1978 quand la maladie de Parkinson l’a privée de l’utilisation de ses mains. Entre 1965 et 1985, des gravures ont été faites à partir de ses dessins en vue de la collection annuelle. Un portefolio commémoratif de six gravures a été publié en 1987.1 En tout, 176 gravures de Kalvak ont été publiées; pour ce qui est de la quantité d’œuvres publiées, elle devance tous les artistes d’Holman. En 1975, Kalvak s’est vue honorée par une admission à la RCA (Royal Canadian Academy of Arts/ L’Académie Royale Canadienne des Arts). En 1978, elle a été faite Membre de l’Ordre du Canada.

Kalvak est née à Tahiryuak Lake dans l'Île Victoria. Elle est la fille de Halukhit et d’Enataomik, respectivement son père et sa mère. La famille a vécu dans la région du Détroit du Prince Albert avant de cheminer au nord à destination de l’inlet Minto pour y passer un an ou deux avec des familles locales. En hiver, ils habitaient dans des igloos sur la glace marine et chassaient des phoques grâce aux trous d’aération. En été, ils chassaient des caribous et pêchaient dans des lacs et rivières.

Le père de Kalvak était un angakuq reconnu; il a enseigné à sa fille une bonne partie de la sagesse et des facultés particulières des angakuq. Elle a appris en quoi le angakuq a des pouvoirs sur les animaux et comment ceux-ci finissent par devenir ses auxiliaires. 2 Les dessins de Kalvak sont inspirés par les histoires que ses parents lui racontaient. Les références aux compétences particulières pour la transformation des angakuqs et aux aides animaux sont à relever. Même si sa fille Nilga ne la reconnaît pas en tant que chaman, on dit que Kalvak avait quand même des capacités de guérison et un savoir esotérique qu’elle utilisait pour aider autrui.

Kalvak s’est mariée avec Edward Manayok, un homme admiré de tous pour ses dons exceptionnels de chant et de danse du tambour. Les résidents plus âgés d’Holman se rappellent encore des spectacles impressionnants présentés par Helen et son mari; ils portaient des parkas de danse en peau cousus par elle.3 Beaucoup de ses dessins et gravures dépeignent des danseurs du tambour qui portent des parkas traditionnels et des bonnets de danse à huard.

Lorsque la famille habitait à Walker Bay, Edward Manayok est mort subitement en 1960, peut-être d’un anévrysme au cerveau. Peu de temps après sa mort, le talent artistique de Kalvak a été remarqué par le Père Tardy :

Je suivais alors des cours pratiques du langage des Esquimaux avec une superbe grand-mère, Helen Kalvak, et je collectionnais des histoires du passé. Des fois, en guise d’une explication, elle faisait un dessin. Un jour, je lui ai demandé de me faire un parka d’Esquimaux en peau de caribou; contrairement à la mode des Esquimaux, elle m’en a d’abord fait un dessin.4

Elsie Nilgak parle des premiers dessins de sa mère :

Lorsqu’ils essayaient de monter la Co-op, on a donné du papier à dessiner à ma mère pour qu’elle fasse des dessins. Elle dessinait lorsque nous étions à notre camp éloigné à Walker Bay [sur la côte au nord de l’inlet Minto]. Les dessins montraient la façon dont les gens s’habillaient et vivaient auparavant. Elle faisait des dessins aussi pour des tapisseries en peau de phoque. Il y avait environ cinq femmes, dont ma mère, qui cousaient des peaux de phoques pour la Co-op. Je me rappelle encore de ses premiers dessins et de ses patrons pour des kamiks, des parkas, des moufles et encore d’autres articles. Il y avait environ cinq femmes qui faisaient des vêtements et des tapis en peau de phoque. Je me rappelle d’être allée par bateau à Holman en été pour vendre ses dessins et d’y avoir acheté des fournitures artistiques pour les lui rapporter. C’était après la mort de mon père [en 1960].

Les dessins de Kalvak ont été utilisés pour des expériences avec des pochoirs en peau de phoque en 1962. La production de Kalvak entre 1962 et 1978 (environ 1800 dessins) est une contribution incommensurable à l’héritage culturel et artistique de son peuple. Ces dessins font partie des archives établies à Holman par le Père Tardy pour sauvegarder l’héritage artistique des artistes.

D’après une entrevue avec la fille de Kalvak, Elsie Nilgak, faite par Darlene Coward Wight, à Holman, le 11 mai 2000 (traduite en anglais par Mary K. Okheena).

1Holman Eskimo Co-operative, Catalogue commémoratif : Kalvak/Emerak de 1987.
2Les angakuqs des Inuits du Cuivre pouvaient être des hommes ou des femmes.
3 Beaucoup des chansons de Kalvak ont été enregistrées par Elsie Nilgak. Elles ont été utilisées en vue de l’instruction des jeunes de la communauté.
4 Tardy, Inuktitut, 70.

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Elsie Klengenberg
Elsie Klengenberg
Image vidéo : Alex Poruchnyk.
ELSIE KLENGENBERG née en 1946

Trois frères apprenant ensemble
Grand et petit

Elsie Klengenberg fut une des premières artistes à apprendre et à développer la méthode du pochoir qui a, encore de nos jours, une grande incidence à Holman.1 Elle fait partie d’une famille connue dans l’Arctique occidental pour des raisons historiques aussi bien qu’artistiques. Son père, Victor Ekootak (1916-1965), était un des artistes pionniers au début des années 60. Son mari, Patrick Akovak Klengenberg (1944-1976), est le fils de Jørgen Klengenberg et le petit-fils de Christian (Charlie) Klengenberg, un chasseur de baleine devenu trappeur.2 Deux des enfants d’Elsie, Helen et Stanley Klengenberg (1964-1999), sont aussi des artistes.

Elsie a grandi dans la région de Read Island mais déménagea à Holman en passant par Kugluktuk quand le poste de la Compagnie de la Baie d’Hudson fut relocalisé en 1962.3 Plusieurs autres familles de Read Island déménagèrent à Holman; alors que d’autres se rendirent à Kugluktuk.

Elsie s’intéressa aux activités artistiques de son père et de son mari. C’est le Père Tardy qui l’encouragea à dessiner. Il achetait ses dessins au coût de 50 cents ou d’un dollar. S’il en refusait un, elle revenait à la maison, en effaçait toutes les lignes de crayon et faisait un autre dessin à vendre. En 1980, elle a commencé à travailler à l’atelier de gravure et se fit aider par Mary K. Okheena dans son apprentissage de la technique du pochoir. Mabel Nigiyok commença l’année suivante et les trois créatrices travaillèrent en étroite collaboration à développer la méthode sophistiquée du pochoir en mylar transparent pour créer des couches de couleurs et une tonalité dans leur œuvre.

Klengenberg s’installa à Inuvik en 1995 afin de suivre un cours d’art au Collège Aurora. Elle y resta un an. En automne 1997, elle participa à l’Atelier panarctique des Femmes durant deux semaines à l’École d’Arts d’Ottawa et fut une des trois artistes féminines inuit invitées de l’émission « Adrienne Clarkson Présente. »4 Elle a assisté, en compagnie de son partenaire, Joseph Haluksit, à une formation en joaillerie au campus Cambridge Bay du Collège Arctique de 1998 à 2000. Klengenberg anime des ateliers sur la technique du pochoir. En 1999, elle a fait une démonstration de ses talents au Musée des beaux-arts de Winnipeg, alors que l’exposition Elsie Klengenberg : Légende de Uvajuq s’y tenait. Elsie continue de créer ses gravures aux teintes délicates qui charment les visiteurs de la communauté.

D’après une entrevue avec Elsie Klengenberg faite par Darlene Coward Wight, à Holman, le 9 mai 2000.

1 L’usage du nom du père ou du mari comme nom de famille a été adopté par les Inuit d’Holman au milieu des années 60. Elsie utilisa son nom personnel, Anaginak, sur ses premières œuvres graphiques
2 Les exploits de Charlie Klengenberg sont immortalisés dans une autobiographie colorée, Klengenberg de l’Arctique Klengenberg de l'Arctique.
3 Elsie alla à Kugluktuk pour l’accouchement de son premier enfant, Robert, et ensuite elle suivit les autres vers Holman.
4 «  Le travail des femmes, » Adrienne Clarkson Présente. CBC, 1997 : 60 minutes, diffusé dans tout le pays le 12 novembre 1997.

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PATRICK AKOVAK KLENGENBERG 1944-1976

La course de caribous
Dispute d’une dépouille de phoque

Patrick Akovak a reproduit plusieurs de ses propres dessins de 1966 jusqu’à sa mort prématurée en 1976 alors qu’il n’avait que 32 ans. Ses dessins sont demeurés une source de gravures pour la Co-op jusqu’en 1987. Plusieurs de ses dessins dépeignent les légendes qu’il a entendues durant son enfance.

Akovak est né à Rymer Point au nord de Kugluktuk. Ses parents ont plus tard déménagé à Read Island où il a rencontré son épouse, l’artiste Elsie Klengenberg. Ils ont pris le bateau de la Compagnie de la Baie d’Hudson et sont venus s’installer à Holman en même temps que Bill Joss en 1962. C’est grâce aux encouragements du Père Tardy qu’Akovak a commencé à sculpter. Dans le catalogue de gravures de 1968, Tardy décrit Akovak comme étant « principalement un sculpteur, mais dernièrement il a commencé à dessiner et ses esquisses décrivent des modèles bien définis et font toujours preuve de beaucoup d’originalité. »

Akovak est le père de Helen et de Stanley Klengenberg et le frère de Mona Ohoveluk.

D’après une entrevue avec l’épouse d’Akovak, Elsie Klengenberg, faite par Darlene Coward Wight, à Holman, le 9 mai 2000.

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STANLEY ELONAK KLENGENBERG 1964-1999

Transi et affamé
Dessin de Transi et affamé

Stanley Klengenberg représente la troisième génération d’une famille artistique. Il fut le petit-fils de Victor Ekootak (1916-1965) et le fils d’Elsie et Patrick Akovak Klengenberg. Dès le milieu des années 80, on le considérait comme l’un des artistes les plus prometteurs à Holman. En 1985, il a remporté un concours pour la commission d’une affiche pour les Affaires indiennes et du Nord.1 Son suicide en 1999 est venu tragiquement mettre fin à ses jours. Sa passion pour l’art est évidente dans l’extrait suivant de son autobiographie. Ce passage date de l’époque de la commission pour l’affiche :

En hiver, mes parents dessinaient; je me mettais à leurs côtés et je voyais des images du passé surgir devant mes yeux. En cette saison, j’aurais été à l’école où le dessin a toujours été ma matière préférée… Lorsque j’avais environ 10 ans, j’ai apporté un de mes dessins à l’atelier pour la première fois. Je me souviens que j’étais à la fois plein d’attente et d’appréhension. Dans l’attente parce que j’allais reçevoir de l’argent, et dans l’appréhension parce qu’ils pouvaient rire de mon dessin… Au lycée à Yellowknife, j’ai dû suivre des cours obligatoires, mais j’avais toujours des cours d’art. Mme Fulton m’a appris le modelé, la perspective et d’autres choses dans ce genre.2

En 1982, un de ses dessins a été imprimé pour la collection annuelle pour la première fois. Quatre ans plus tard, sept de ses gravures avaient déjà été exposées. Puisque Klengenberg confiait l’impression de ses images aux autres, il est important de voir son œuvre dans sa forme originale, à savoir le dessin au graphite. Le dessin de sa gravure la plus connue, Transi et affamé, a été préparée au pochoir par sa mère Elsie.3

L’envie nostalgique de Klengenberg de retrouver un mode de vie plus ancien et plus simple est explicite dans ses écrits autobiographiques de 1985 :

La période la plus heureuse de ma vie dont je me souviens, c’était quand j’avais 6 et 7 ans. À cette époque, dans les années 60, la vie était plus simple qu’elle ne l’est aujourd’hui dans les années 80… Même avec mon introduction à l’anglais et à la société du Sud, je choisirais encore maintenant l’époque où, rien que pour nourrir leurs familles, les hommes devaient prendre leurs attelages de chiens et partir à la chasse pendant plusieurs journées… Les difficultés de ces temps-là unissaient les gens en une communauté… Pendant mon enfance, mon père gagnait sa vie par la chasse. En hiver, il piégeait des renards, et au printemps et en été, il chassait des phoques… Puis on a habité à Holman, où la vie n’était pas toujours facile et mon père faisait des petits boulots en ville. Par moments, il était charpentier; à d’autres, il travaillait à l’atelier. Ma mère et mon père étaient tous les deux des artistes habiles. La découpe de la pierre et la sculpture étaient les activités préférées de mon père.4

La mort de son père en 1976 a eu un effet considérable sur lui : « Le suicide de mon père en 1976 me laisse seul et vide encore à ce jour. Pour moi, c’est lui l’inspiration de mon travail. »5

Sa mère, Elsie Klengenberg, a témoigné des capacités artistiques de son fils lors d’une entrevue en 2000. 6 Lorsqu’elle dessinait à la maison, Stanley se mettait souvent à côté d’elle pour dessiner aussi. Il était capable de traduire ses idées sur le papier plus rapidement que sa mère. Avec ses mouvements rapides, il lui faisait penser à un oiseau de la neige.

Les dessins de l’artiste trouvaient leur inspiration dans la vie de ses ancêtres, et dans le respect qu’il avait pour leur lutte constante pour la survie.

1 Cette affiche accompagnait Sanaugasi Takujaksat, une exposition de sculpture qui a fait le tour de 13 communautés inuit en 1985. Elle fut organisée par Darlene Coward Wight pour Canadian Arctic Producers.
2 Autobiographie inédite.
3Cette gravure fut attribuée à tort à Mary K. Okheena dans le catalogue des gravures de 1986.
4 Autobiographie inédite.
5 L’artiste fut cité par Annalisa R. Seagrave dans « Regenerations, » 7.
6 Entrevue avec Darelene Coward Wight, à Holman en mai 2000.

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Peter Malgogak
Peter Malgokak
Image vidéo :
Alex Poruchnyk.
PETER MALGOKAK né en 1954

Jeunes taureaux joueurs

Peter Malgokak est né dans la région de Berkeley Point, dans le campement tout à fait au nord du côté ouest de l’Île Victoria. Il est le fils de Malgokak et d’Alikamik. Son frère, Joseph Kitekudlak, est aussi sculpteur. La famille a déménagé à Holman quand son père est tombé malade en 1966.

Peter Malgokak travaillait pour la Co-op durant son adolescence et débuta la sculpture en 1975. De 1977 à 1992, il a utilisé ses dons de sculpteur pour graver la pierre dont il tirait des gravures. À cause d’une blessure au dos qu’il s’était faite alors qu’il travaillait sur un chantier en 1992, il a été contraint d’abandonner la reproduction à partir de pierre gravée. Plusieurs dessins de Malgokak ont été publiés au cours des années. Il a maintenant repris le dessin et participe au développement social de la communauté.

D’après une entrevue avec Peter Malgokak faite par Darlene Coward Wight, à Holman, le 18 novembre 2000.

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Susie Malgogak
Susie Malgokak
Image vidéo : Alex Poruchnyk.
SUSIE MALGOKAK née en 1955

Deux amis à la pêche
L’heure du repas

Susie Malgokak a grandi dans la région de l’inlet Minto. À l’âge de six ans, Malgokak, sa soeur et sa cousine ont été transportées par avion à Inuvik et mises au pensionnat. Elle est revenue au campement de sa famille une année plus tard, après avoir appris l’anglais. En 1965, la famille accepta de déménager dans la communauté et les enfants ont pu étudier à l’école l’année suivante.

Au cours de la dernière décennie, Malgokak est devenue une spécialiste du pochoir. Elle a imprimé un dessin de son mari, Peter Malgokak, pour la collection de 1989, Le renard affamé. En 1992, elle s’est mise à imprimer ses propres dessins. Depuis ses débuts à l’atelier, elle a créé 32 gravures qui ont été publiées. Sa sœur, Mabel Nigiyok et son frère, Peter Palvik ont aussi grandement contribué aux collections annuelles au cours de la dernière décennie. Depuis deux ans elle est la gérante de l’atelier.

D’après une entrevue avec Susie Malgokak faite par Darlene Coward Wight, à Holman, le 18 novembre 2000.

Entrevue avec Susie Malgokak

ENTREVUE AVEC SUSIE MALGOKAK

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Roberta Memogana

Roberta Memogana
Photo : Darlene Coward Wight.

ROBERTA MEMOGANA née en 1971

Les outils du Nord

Roberta Memogana est une novice dans l’apprentissage de l’art du dessin et de la gravure à Holman.1 Elle a observé son père, Jimmy Memorana, dessiner quand elle était enfant. Il lui donnait parfois des petits bouts de papier pour qu’elle dessine. Elle a fait ses vrais débuts dans le dessin en 1981 et a commencé à travailler à l’atelier en tant que graveur au milieu des années 90. Encouragée par sa soeur, Mary K. Okheena, Roberta s’est initiée au procédé du pochoir. En 1997, elle a imprimé une de ses propres esquisses, La vie de l’igloo, et un dessin de son père, Traquant un phoque. Elle a imprimé depuis trois autres de ses esquisses.

Memogana a participé à des ateliers d’arts à Inuvik et à Ottawa et continue de développer ses talents.

D’après une entrevue avec Roberta Memogana faite par Darlene Coward Wight, à Holman, le 8 mai 2000.

1 Le nom « Memorana » a été mal orthographié, à savoir « Memogana », sur le certificat de naissance de Roberta. Elle et ses enfants continuent à utiliser cette orthographe « officielle  ».

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Louie Nigiyok
Louie Nigiyok
Image vidéo :
Alex Poruchnyk.
LOUIE NIGIYOK né en 1960

Dans l’exposition, les œuvres imprimées par Nigiyok sont :

Enfants s'amusant à la garderie
Grand frère tirant sa soeur sur sa bicyclette
Deux aigles
Sur la piste des ours
Ayaqaktun
Le grand tourbillon d’eau (Kalaniyaatok)

Louie Nigiyok a débuté son travail de graveur d’art pour la Co-op en 1981, en même temps que sa mère, Mabel Nigiyok. Il est encore aujourd’hui l’un des plus importants interprètes d’esquisses faites par d’autres artistes. Au début des années 80, il apprit la technique de la pierre gravée de ses professeurs Harry Egotak et John Rose. Plus tard, il travailla avec les pochoirs quand ceux-ci devinrent populaires. Elsie Klengenberg, Mary K. Okheena et Mabel Nigiyok réalisaient déjà des pochoirs au début des années 80, et elles avaient besoin d’aide pour la production d’un tirage de 50 exemplaires. Nigiyok donna un coup de main en encrant les gravures et, après son apprentissage de la coupe des en mylar, il s’est lancé seul dans toutes les phases du procédé. Depuis 1981, Nigiyok a reproduit 96 dessins en gravures pour les collections annuelles.

D’après une entrevue avec Louie Nigiyok faite par Darlene Coward Wight, à Holman, le 21 novembre 2000.

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Mabel Nigiyok
Mabel Nigiyok
Image vidéo : Alex Poruchnyk.
MABEL NIGIYOK née en 1938

Très étonnant
Ce n’est pas dur
Esprits arctique
Le jeu mortel

Mabel Nigiyok commença à apprendre l’impression au pochoir dans l’atelier des gravures à Holman en 1981, et son travail a été publié l’année suivante. Depuis cette époque, elle fait partie des artistes et imprimeurs les plus productifs. Il existe 63 gravures faites à partir de ses dessins. Elle a également réalisé l’impression de plus de 39 dessins, dont une bonne partie à partir des siens.

Nigiyok est née dans la région de Cook River. Sa famille faisait des voyages annuels entre la côte de l’inlet Minto en hiver et les lacs et les rivières intérieurs en été. Sa famille ne s’installa à Holman qu’après la construction de l’école en 1966. Alors qu’elle vivait encore sur le continent, elle commença à coudre des tapis en peau de phoque pour la Co-op.

Dans son Introduction au catalogue des gravures de 1994, Nigiyok décrit ses débuts artistiques :

J’ai commencé à travailler à l’atelier des gravures en 1981… je travaillais avec Elsie Klengenberg. Nous n’avions aucune formation, nous apprenions en regardant les autres travailler, et nous les aidions à finir celles de leurs œuvres qui devaient être terminées. À cette époque, il n’y avait pas de modelé sur les gravures. Avec Elsie, nous discutions de comment mettre du modelé. C’était la première fois que le style des gravures changait. Lorsque j’ai commencé à travailler, je faisais des dessins semblables à ceux des autres. Puis j’ai commencé à dessiner seule. Je dessinais ce que mes parents avaient vécu il y a très longtemps

Le changement formel majeur de la production d’Holman au début des années 80 fut le résultat de la décision des artistes d’abandonner la technique de la pierre taillée utilisée pour faire des gravures. Des inquiétudes environnementales à propos de la poussière rendait l’alternative de la gravure par pochoir plus attrayante et plus compatible avec les contraintes existantes. La collection 1980/81 comprenait onze reproductions au pochoir. Ce chiffre avait atteint 17 en 1986. La technique simple du pochoir du début des années 80 a été raffinée dès le milieu des années 80, ce qui a permis des gradations subtiles des teintes claires aux teintes sombres. Ceci créa l’illusion de trois dimensions à l’intérieur de l’espace narratif des gravures. Cette illusion, vue dans les œuvres de Mabel Nigiyok, Elsie Klengenberg, Mary K. Okheena et Susie Malgokak, est devenue le sceau du style Holman.

Lors d’une entrevue filmée en novembre 2000, Nigiyok a expliqué qu’elle avait été inspirée par ce que ses parents et ses grand-parents lui racontaient. Comme Agnes Nanogak Goose, Nigiyok a une capacité énorme à se rappeler et se représenter ces histoires avec beaucoup de détails. Le jeu mortel, sa gravure de 1989, en est un bel exemple. D’autres œuvres sont inspirées de sa jeunesse sur le continent.

Extraits d’entrevues avec Mabel Nigiyok faites par Darlene Coward Wight, à Holman, le 9 mai 2000 (traduction anglaise de Mary K. Okheena) et en novembre 2000 (traduction anglaise de Susie Malgokak).

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MONA OHOVELUK 1935-1992

Ayaqaktun
Géant vorace

Ohoveluk est la petite-fille de Christian (Charlie) Klengenberg.1 Elle a grandi à Rymer Point, au sud de Read Island. Mère de sept enfants, elle créait ses dessins durant la nuit tandis que ses enfants dormaient.2

Les dessins de Mona Ohoveluk ont été une source d’inspiration pour les graveurs d’art d’Holman dès 1968 et ce jusqu’en 1991. La plupart des 47 gravures faites à partir de ses dessins ont été reproduites par d’autres graveurs, quoiqu’elle ait elle-même gravé 17 œuvres au cours des années. Okheena se souvient qu’Ohoveluk l’encourageait à utiliser son imagination. Plusieurs de ses œuvres sont animées et les sujets semblent se mouvoir dans une activité frénétique.

D’après une entrevue avec Mary K. Okheena faite par Darlene Coward Wight, à Holman, en mai 2000.

1Voir inscription biographique pour Elsie Klengenberg.
2Du catalogue de gravures de 1968 de la Holman Eskimo Co-operative.

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Mary K Okheena
Mary K. Okheena
Photo : Darlene Coward Wight.
MARY K. OKHEENA née en 1957

Les approvisionnements arrivent enfin
Sur la piste des ours
Mes ancêtres étaient ici
Un chaman danse aux aurores boréales

Mary K. Okheena travaille à la Co-op d’Holman depuis 1977.1 Elle est la plus ancienne de tous les artistes et imprimeurs encore actifs. À ce jour, 74 gravures ont été faites à partir de ses dessins. Elle s’est occupée de l’impression de 36 de ces gravures. Elle a également été responsable de l’impression de 31 dessins supplémentaires, oeuvres d’autres artistes.

Okheena est née en 1957 à l’ancien emplacement du village à King’s Bay. Ses parents sont Jimmy et Nora Memorana. Originaire de la région de Tuktoyaktuk, son père a perdu ses parents lors d’une épidémie de grippe, alors qu’il était encore enfant. Il a été adopté par son oncle Billy Banksland, qui est le père d’Agnes Nanogak Goose. Nora Memorana, originaire de la région de l’inlet Minto, est également devenue orpheline suite à une épidémie de grippe et a également été adoptée par un oncle. Tous les deux sont des danceurs du tambour réputés. Jimmy et Nora Memorana ont communiqué leur savoir à des générations plus jeunes.

Okheena a appris l’anglais à l’hôpital Charles Camsell à Edmonton quand elle y a passé deux ans et demi pour faire soigner sa tuberculose alors qu’elle était enfant. Ayant observé le travail de son père, Jimmy Memorana, un des membres fondateurs de la Co-op d’Holman, et de sa tante, Agnes Nanogak Goose, Mary s’intéresse depuis toujours au dessin. Après qu’elle a effectué quelques ébauches et un grand patron de broderie pour l’église, le Père Tardy l’a invitée à participer à l’imprimerie au pochoir à l’atelier des gravures.

J’apprenais des choses des autres artistes aussi. On était comme une famille. Il y avait Elsie Klengenberg, Mona Ohoveluk, Harry [Egotak], Mabel Nigiyok, Peter Palvik. Nous parlions de chacun des dessins, de leurs significations, que ce soit pour l’artiste ou pour l’imprimeur. Chacun avait sa propre technique d’impression; j’ai appris la mienne en observant.2

Entre 1977 et 1982, à savoir lors de la petite enfance de ses deux enfants aînés, Mary a travaillé à l’atelier des gravures de façon intermittente. Elle reprit ses activités artistiques avec plus de concentration soutenue en 1982. En 1986, elle traduit trois de ses dessins en gravures. Okheena s’est souvent inspirée des expressions des visages des enfants et du défi de représenter celles-ci ainsi que d’autres sujets humains. Elle n’interprète pas les contes traditionnels qu’elle entendait quand elle était petite et remarque qu’elle n’entendait jamais la fin des histoires qu’on lui racontait au lit le soir parce qu’elle s’endormait toujours avant leurs fins. Okheena a développé sa propre forme de narration. Ses scènes avec des personnes sont pleines d’humour et de mouvement, dépassant par moments les limites du papier, comme c’est le cas dans Un chaman danse aux aurores boréales . Plusieurs œuvres, comme Mes ancêtres étaient ici, utilisent comme thème central des images chargées d’importance culturelle. Avec la gravure sur bois, Sur la piste des ours, Okheena révèle ses talents de création. Le jeu réciproque adroit entre l’espace positif et négatif est intégré dans celui de la ligne et de la forme.

D’après une entrevue avec Mary K. Okheena faite par Darlene Coward Wight, à Holman, le 11 mai 2000.

1L’année de sa naissance a toujours été erronée; Okheena n’est pas née en 1955. Aussi utilise-t-elle maintenant l’initiale K. (de son nom inuit Kapbak) pour se distinguer de ses homonymes d’Holman.
2 D’après une entrevue avec Mary K. Okheena, le 11 mai 2000.

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Peter Palvik
Peter Palvik
Image vidéo : Alex Poruchnyk.
PETER PALVIK né en 1960

Igloo recouvert en peau
Loups et caribous
Le trek d’automne à la glace marine
Aya-ya (Chanson et danse)
Ulukhaktok « Les falaises de Holman »

Peter Palvik a grandi dans la région de l’inlet Minto. Sa famille a déménagé à Holman au milieu des années 60 quand il était assez âgé pour aller à l’école. Son père, Albert Palvik, travaillait à la Co-op et dans la communauté. En 1978, Peter a commencé à recevoir de la formation en lithographie du gérant de la boutique d’artisanat John Rose. Plus tard, il a travaillé avec le conseiller en art, David Umholtz, à l’occasion de ses visites. De 1980 à 2000, il a reproduit 61 dessins faits par d’autres artistes. En 1989, il a commencé à reproduire ses propres dessins. À ce jour, il en a déjà créé 33. Maintenant il est le spécialiste de la lithographie à l’atelier d’Holman, imprimant principalement ses propres œuvres.

Les dessins de Palvik fournissent une multitude de détails, reflet de son admiration évidente tant pour le souci du style que pour celui des thèmes d’Alec Banksland et de Stanley Klengenberg. La lithographie, grâce à sa translation immédiate des traits de l’artiste, a permis à Palvik d’atteindre un haut degré de précision dans son propre travail. Il apprécie particulièrement illustrer les animaux dans leurs milieux naturels.

D’après une entrevue avec Peter Palvik faite par Darlene Coward Wight, le 10 mai 2000.

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Flossie Papidluk
Flossie Papidluk
Photo reproduite avec la gracieuse permission de Margaret Kanayuk.
FLOSSIE PAPIDLUK *1904-1994

Dispute pour une femme

Papidluk est née dans la région du Détroit du Prince Albert, près de Read Island. Son premier mari, Akoakhion, le père de Harry Egotak, est mort jeune. Son second mari, Harry Niakoalok, le père de Margaret Kanayuk et de Joseph Haluksit, est mort à Holman suite à une maladie en 1959/1960. La famille demeura à Holman et Papidluk ne revint pas à la vie traditionnelle du campement, subvenant plutôt à ses propres besoins grâce à la diversité de ses activités dans le domaine de l’artisanat.

Papidluk fit ses premières esquisses quand Barry Coomber visita la communauté en tant que conseiller en arts en 1964. Elle continua de dessiner occasionnellement au cours des années. Les oiseaux sont ses sujets préférés. Elle laissa aux autres artistes graveurs de la Co-op le soin de reproduire ses œuvres. De 1966 à 1984, onze de ses œuvres ont été traduites en gravures pour les collections annuelles. D’après sa fille, Margaret Kanayuk, Papidluk s’intéressait beaucoup plus à la couture qu’au dessin. Kanayuk se rappelle sa mère cousant continuellement, produisant un flot incessant de moufles, kamiks, petites tapisseries et animaux en peluche faits de peaux de phoque.

D’après une entrevue avec la fille de Flossie Papidluk, Margaret Kanayuk, faite par Darlene Coward Wight, à Holman, le 11 mai 2000.

* La date de naissance de Papidluk n’est pas 1916 comme on le mentionne dans le catalogue de gravures de 1968.

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© The Winnipeg Art Gallery, 2002. Tous droits réservés.


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