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La darbouka
par Mohamed Ali

la darbouka
fiche technique
Darbouka
Terre cuite ou de métal, peau de chèvre, de raie ou plastique en nylon
Lo : 42 cm
D (haut) : 27 cm
D (milieu) : 21 cm
D (bas) : 19 cm
Centre d'études et de recherches andalouses
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Les enfants sont attirés par les couleurs, les bruits et les sons en général, mais par le son d’un battement en particulier, auquel ils répondent en tapant des mains. Il n’y a rien de plus plaisant que le rythme et les battements. C’est comme ça que tout a commencé. Je peux aussi ajouter mon désir d’apprendre, mais les choses ont évolué si vite, surtout depuis que j’ai eu l’impression de pouvoir exceller dans une activité.

Vu la culture andalouse de Chefchaouen, c’était vraiment formidable de regarder et d’écouter les orchestres de Gnawa1 quand ils venaient à la ville. Une force mystérieuse nous poussait à les suivre. Nous sentions un lien spirituel avec eux et nous aimions leurs rythmes et leurs paroles qui nous étaient incompréhensibles. Je voulais pénétrer ce monde mystérieux et imiter ses rythmes et ses paroles. C’est à ce moment-là que mon expérience avec les instruments à percussion a commencé. J’ai essayé d’économiser de l’argent pour acheter un tel instrument, mais jamais je n’aurais pensé que ce serait la darbouka.

Autrefois, la darbouka était faite de peau de poisson ou d’animal et de terre cuite. Mais la peau refroidit rapidement et perd de sa qualité. Il fallait donc créer un instrument capable de suivre l’évolution des instruments de musique. Alors, on a modifié la darbouka en la fabriquant en aluminium et en plastique et en lui mettant des vis pour améliorer sa sonorité et la rendre d’une qualité égale à celle d’autres instruments.

Le son ou le rythme des instruments à percussion a quelque chose d’envoûtant. J’avais l’habitude de me retirer dans ma chambre pour jouer de la darbouka, oubliant l’agitation qui régnait dans les vieux quartiers de la ville. J’étais absorbé par les rythmes, inconscient des sons très forts qui sortaient de ma chambre et se répandaient dans le voisinage. Cela devint une source d’embarras pour ma famille et il fallut arrêter pour faire plaisir à ma mère.

Dernièrement, j’ai été hospitalisé pour quelques temps. Je recevais les soins et l’attention de tout le monde, mais je ne pouvais m’empêcher de me sentir perdu. La seule chose qui m’a permis de me retrouver fut de taper sur ma poitrine pour créer des rythmes et me laisser emporter par eux. Je dois avouer que ma culture musicale a pris le pas sur ma culture spirituelle. Mon amour passionné de la musique et des rassemblements religieux m’a fait organiser des réunions à caractère religieux auxquelles je participais en jouant de la darbouka.

Le but de la darbouka est de donner le rythme et la mesure. Comme la musique folklorique et andalouse sont fondées sur les deux, on s’est servi de la darbouka pour remplir cette fonction.

Aucun instrument ne peut en remplacer un autre, car chaque instrument a sa propre fonction. Ainsi, le son du terr ne peut être reproduit par aucun autre instrument. Cela est vrai aussi pour les deux sons « dom » et « tek » qui sont produits de façon différente par la darbouka et le terr. Dans le cas de la darbouka, on fait résonner le son tek en tapant près du rebord du cercle, tandis que le sons dom est produit en tapant au milieu. Avec le terr, on produit le son dom en tapant sur n’importe quelle partie de l’instrument alors qu’on crée le son tek en secouant ou en frappant les cymbalettes de chaque côté. Pour bien jouer le terr, il faut le tenir par l’extrémité avec la main gauche tout en la frappant avec la main droite ; les mouvements de la main doivent être semi-circulaires pour pouvoir respecter ainsi le rythme. À l’inverse, il faut se servir de ses deux mains pour jouer de la darbouka, en la mettant sur les genoux à cause de son poids.

La darbouka exige de nombreuses techniques pour maintenir le rythme et la mesure et, surtout, le dom. Il doit y avoir un intervalle précis entre deux dom. Le son du dom est habituellement fort et clair, tandis que celui du terr, monotone, est utilisé pour combler le vide.

En comparant les instruments à percussion - en particulier, la darbouka - avec les autres instruments de musique comme le piano, la guitare ou même le violon, on remarque qu’il n’y a absolument aucune ressemblance entre ces deux groupes aux niveaux de la forme, de l’usage et du son. Par contre, si on compare le terr avec la darbouka, on se rend compte qu’en dépit de leur formes différentes, les deux ont un point commun : ils sont censés maintenir le rythme.

La darbouka a connu une évolution spectaculaire depuis qu’on la mêle à d’autres rythmes. D’un point de vue culturel et géographique, la darbouka est très répandue. On s’en sert dans tout le Maroc pour donner le rythme et la mesure. Il vaut aussi la peine de mentionner que la darbouka est jouée d’une façon tout à fait unique, surtout si la cadence est suivie, sans recours au dom. Cette technique s’appelle « l’attraction ».


1 Gens de la communauté noire de Djenné.

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