Les enfants sont attirés par les couleurs, les bruits et les sons en général, mais par le son dun battement en particulier, auquel ils répondent en tapant des mains. Il ny a rien de plus plaisant que le rythme et les battements. Cest comme ça que tout a commencé. Je peux aussi ajouter mon désir dapprendre, mais les choses ont évolué si vite, surtout depuis que jai eu limpression de pouvoir exceller dans une activité.
Vu la culture andalouse de Chefchaouen, cétait vraiment formidable de regarder et découter les orchestres de Gnawa1 quand ils venaient à la ville. Une force mystérieuse nous poussait à les suivre. Nous sentions un lien spirituel avec eux et nous aimions leurs rythmes et leurs paroles qui nous étaient incompréhensibles. Je voulais pénétrer ce monde mystérieux et imiter ses rythmes et ses paroles. Cest à ce moment-là que mon expérience avec les instruments à percussion a commencé. Jai essayé déconomiser de largent pour acheter un tel instrument, mais jamais je naurais pensé que ce serait la darbouka.
Autrefois, la darbouka était faite de peau de poisson ou danimal et de terre cuite. Mais la peau refroidit rapidement et perd de sa qualité. Il fallait donc créer un instrument capable de suivre lévolution des instruments de musique. Alors, on a modifié la darbouka en la fabriquant en aluminium et en plastique et en lui mettant des vis pour améliorer sa sonorité et la rendre dune qualité égale à celle dautres instruments.
Le son ou le rythme des instruments à percussion a quelque chose denvoûtant. Javais lhabitude de me retirer dans ma chambre pour jouer de la darbouka, oubliant lagitation qui régnait dans les vieux quartiers de la ville.
Jétais absorbé par les rythmes, inconscient des sons très forts qui sortaient de ma chambre et se répandaient dans le voisinage. Cela devint une source dembarras pour ma famille et il fallut arrêter pour faire plaisir à ma mère.
Dernièrement, jai été hospitalisé pour quelques temps. Je recevais les soins et lattention de tout le monde, mais je ne pouvais mempêcher de me sentir perdu. La seule chose qui ma permis de me retrouver fut de taper sur ma poitrine pour créer des rythmes et me laisser emporter par eux. Je dois avouer que ma culture musicale a pris le pas sur ma culture spirituelle. Mon amour passionné de la musique et des rassemblements religieux ma fait organiser des réunions à caractère religieux auxquelles je participais en jouant de la darbouka.
Le but de la darbouka est de donner le rythme et la mesure. Comme la musique folklorique et andalouse sont fondées sur les deux, on sest servi de la darbouka pour remplir cette fonction.
Aucun instrument ne peut en remplacer un autre, car chaque instrument a sa propre fonction. Ainsi, le son du terr ne peut être reproduit par aucun autre instrument. Cela est vrai aussi pour les deux sons « dom » et « tek » qui sont produits de façon différente par la darbouka et le terr. Dans le cas de la darbouka, on fait résonner le son tek en tapant près du rebord du cercle, tandis que le sons dom est produit en tapant au milieu. Avec le terr, on produit le son dom en tapant sur nimporte quelle partie de linstrument alors quon crée le son tek en secouant ou en frappant les cymbalettes de chaque côté. Pour bien jouer le terr, il faut le tenir par lextrémité avec la main gauche tout en la frappant avec la main droite ; les mouvements de la main doivent être semi-circulaires pour pouvoir respecter ainsi le rythme. À linverse, il faut se servir de ses deux mains pour jouer de la darbouka, en la mettant sur les genoux à cause de son poids.
La darbouka exige de nombreuses techniques pour maintenir le rythme et la mesure et, surtout, le dom. Il doit y avoir un intervalle précis entre deux dom. Le son du dom est habituellement fort et clair, tandis que celui du terr, monotone, est utilisé pour combler le vide.
En comparant les instruments à percussion - en particulier,
la darbouka - avec les autres instruments de musique comme le
piano, la guitare ou même le violon, on remarque quil
ny a absolument aucune ressemblance entre ces deux groupes
aux niveaux de la forme, de lusage et du son. Par contre,
si on compare le terr avec la darbouka, on se rend compte quen
dépit de leur formes différentes, les deux ont un
point commun : ils sont censés maintenir le rythme.
La darbouka a connu une évolution spectaculaire depuis quon la mêle à dautres rythmes. Dun point de vue culturel et géographique, la darbouka est très répandue. On sen sert dans tout le Maroc pour donner le rythme et la mesure.
Il vaut aussi la peine de mentionner que la darbouka est jouée dune façon tout à fait unique, surtout si la cadence est suivie, sans recours au dom. Cette technique sappelle « lattraction ».