Aucune description des champignons ne serait complète
sans mentionner les propriétés hallucingènes
ou enivrantes de beaucoup d'espèces. Les plus connus
de tous ces «champignons magiques» appartiennent
au genre Psilocybe. Ce sont les champignons rendus célèbres
dans les années 1960 par, entre autres, Timothy Leary,
professeur à l'Université Harvard.
Leary et ses étudiants ont expérimenté
les effets des champignons sacrés du Mexique et d'autres
substances hallucingènes provenant des champignons. Leurs
descriptions des senstions «mystiques» ont contribué
à l'usage de ces drogues par les hippies, surtout lorsqu'ils
ont découvert qu'ils pouvaient trouver ces champignons
magiques assez facilement.
Certains champignons du groupe Psilocybe produisent de
la psilocybine et de la psilocine qui provoquent des hallucinations.
Ces petits champignons bruns sont assez communs, mais ils sont
extrêmement difficiles à identifier. Puisque certains
d'entre eux sont vénéneux, il vaut mieux les éviter
complètement.
Les hippies avaient simplement redécouvert les propriétés
hallucingènes des champignons dont beaucoup de peuples
se servaient depuis des millénaires dans les cérémonies
religieuses et dans les guérisons. On sait, par exemple,
que l'amanite-tue-mouche (Amanita muscaria), un autre
champignon ayant des propriétés hallucingènes,
a été utilisée en Eurasie il y a 6 000
ans. Parmi ses matières actives, on trouve les acides
muscimole et iboténique. Il semble que les Amérindiens
connaissaient aussi les effets de l'amanite-tue-mouche. Certains
scientifiques croient que l'amanite-tue-mouche faisait partie
du soma, le breuvage d'immortalité enivrant qu'utilisaient
les Hindous comme offrande aux dieux.
L'amanite-tue-mouche était bien connue des membres de
la tribu Korjak à Kamchatka en Sibérie. Ils s'enivraient
en buvant une infusion faite de ce champignon. Cette boisson
était tellement forte qu'on pouvait recycler l'urine
des fêtards pour en obtenir un breuvage aussi puissant
que la potion originale ! Les rennes étaient attirés
par l'urine qui sentait l'amanite-tue-mouche. Bon nombre des
hommes intoxiqués, surpris lorsqu'ils se soulagaient,
ont été piétinés par des rennes
également ivres !
À la fois vénéneuse et hallucingène,
l'amanite-tue-mouche semble donner les sensations de grande
puissance et d'endurance, un fait qui peut expliquer la réputation
d'agressivité dont jouissaient autrefois les guerriers
scandinaves. Apparemment, ils avaient l'habitude de consommer
ce champignon avant de partir au combat.
Les civilisations mayas et pré-mayas de l'Amérique
centrale ont laissé de nombreuses sculptures connues
sous le nom de «pierres de champignon». Les anthropologues
croient que ces pierres témoignent du rôle important
que jouaient les champignons hallucingènes. Chez les
Aztèques, l'utilisation rituelle et récréative
des champignons hallucingènes remonte au 12e siècle.
Certains anthropologues attribuent les peintures préhistoriques
des grottes de Lascaux (France) à des visions hallucingènes.
On croit aussi que les champignons hallucingènes étaient
utilisés dans la Grèce antique. |