En voiture! Pour explorer le chemin de fer de Terre-Neuve

Histoire du chemin de fer et des navires côtiers

Les Guerres mondiales

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Nouvelle infrastructure

En vertu du programme de prêt-bail instauré le 11 juin 1941, l'Angleterre, en retour de l'utilisation de 140 destroyers, a accordé aux États-Unis, même si ceux-ci étaient toujours officiellement neutres, la permission de construire des bases militaires à Terre-Neuve, aux Bermudes et dans les Antilles. Des bases militaires furent donc construites à St. John's, à Argentia et à Stephenville. Il était essentiel que ces bases aient accès à des voies de communication efficaces entre elles. Comme les routes à Terre-Neuve étaient au mieux traîtresses, le chemin de fer était la seule autre solution de rechange. Pour fournir un tel service, des équipes de cheminots et le matériel roulant travaillaient à la limite de leurs possibilités. Le nombre de voitures chargées à St. John's est passé de 150 à 228 par semaine. Le tonnage de fret a augmenté de 50 p. 100 entre 1938 et 1944. Le département de la Guerre du gouvernement américain a fourni des locomotives, des wagons, du matériel et des rails pour une valeur de plus de 2 millions de dollars à un taux d'intérêt de 2,5 %, payables sur une période de 15 ans. En 1942, on a ballasté et enraillé la ligne d'Argentia d'une distance de 20 milles, remplaçant les rails avec des rails de 70 livres. Un nouveau terminal a été construit à Argentia pour remplacer l'ancien qui se retrouvait à l'intérieur des limites de la nouvelle base navale des États-Unis.

Les Américains ont construit un réseau de câbles de communication et quelques circuits furent attribués au chemin de fer. C'était un ajout des plus appréciés du fait qu'avant la guerre, le chemin de fer dépendait d'un seul fil galvanisé qui passait entre des poteaux de bois d'un bout à l'autre de l'île; chaque hiver, il y avait des pannes provoquées par des fils qui cassaient sous le poids de la glace et de la neige sur ce fil.

L'importance stratégique du chemin de fer a pris son essor vers la fin des années 1930 au moment de la construction de l'aéroport de Terre-Neuve où se trouve actuellement Gander. Cette base stratégique, construite par les Canadiens, comptait entièrement sur le chemin de fer pour son approvisionnement. Le transport des troupes et des matériels de guerre sont devenus la première priorité du Newfoundland Railway. L'entreprise ferroviaire a fait un excellent boulot; elle a en effet transporté des millions de gallons d'essence à haut indice d'octane ainsi que du minerai de fer et du papier journal dans des quantités de beaucoup supérieures à celles qui étaient prévues au moment de la construction du chemin de fer. La circulation des trains a doublé mais le chemin de fer ne disposait pas des locomotives ou de l'équipement voulus pour faire face au boom. Les voitures à voyageurs étaient si sollicitées qu'elles étaient presque tout le temps en service. Les troupes étaient entassées sur les plateformes et dans les toilettes. Les wagons à marchandises étaient habituellement chargés de la moitié plus de marchandises que la capacité fixée. Avant la guerre, on transportait 60 barils d'essence par wagon; pendant la guerre, on en transportait le double par wagon.

Le principal problème rencontré durant les années de guerre, c'était l'approvisionnement en traverses de chemin de fer. Fabriquées localement avec du bois de sapin ou d'épinette non traité, il fallait, pour toute la ligne du chemin de fer, quelque deux millions de traverses. Compte tenu de leur durée de vie utile de six ou sept ans, il fallait en remplacer quelque 300 000 chaque année. En 1939, 280 000 traverses furent remplacées, alors que seulement 120 000 le furent en 1942. On trouvait des arbres en abondance à Terre-Neuve, mais la main-d'oeuvre se faisait rare étant donné qu'il y avait tellement de bons emplois sur les bases et les chantiers de construction. À la fin de la guerre, en 1945, le chemin de fer de Terre-Neuve avait besoin de 750 000 traverses de bois.

Équipage d'un navire américain en cale sèche à St. John's, vers 1943.
L'équipage d'un escorteur de convois en cale sèche pose avec la bannière étoilée à bord de leur navire, vers 1943. Archives provinciales, The Rooms.
Brochure commémorant l'effort de guerre des employés du chemin de fer.
Brochure commémorant l'effort de guerre des employés du chemin de fer qui aurait été rédigée par William B. Temple, journaliste à la retraite. Railway Coastal Museum.