En voiture! Pour explorer le chemin de fer de Terre-Neuve

Histoire du chemin de fer et des navires côtiers

Les accidents et le temps

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Les trains L'imprévisibilité de la neige: tout à fait prévisible

En 1960, le parcours entre Port aux Basques et St. John's devait prendre vingt et une heure demie. Mais, même si l'on faisait très attention aux horaires, il y avait toujours des délais et des événements imprévus. Peu d'endroits sur la Terre ont des vents aussi violents que ceux d'une région près de Cape Ray sur la côte ouest. Terriblement proche de la côte, la voie ferrée devait essuyer le choc complet des éléments océaniques et des vents soufflant jusqu'à 150 milles à l'heure. Des wagons de marchandises chargés à bloc pouvaient être projetés de la voie ferrée comme des boîtes d'allumettes s'ils n'étaient pas fixés à l'aide d'ancres de navire.

Les conditions d'enneigement, surtout sur la butte Gaff Topsail, dépassaient souvent la force des hommes et des machines. La plupart des hivers, la butte Gaff Topsail était bloquée la moitié du temps et, en 1899, elle resta bloquée durant tout l'hiver. Les locomotives légères et les chasse-neige en bois avaient peu de chance d'ouvrir les immenses bancs de neige. Pour traverser l'île, il fallait souvent deux semaines ou plus. Le premier chasse-neige rotatif fut introduit en 1904 par Robert Gillespie Reid, le constructeur du Newfoundland Railway. Deux autres chasse-neige seront construits dans les années subséquentes. Il fallait deux locomotives pour pousser un chasse-neige de cette taille. De plus, il fallait une équipe nombreuse en raison des tenders d'eau et de charbon ainsi que des voitures-dortoirs et des voitures-cuisines. Dotée d'une énorme roue de dix pieds, le chasse-neige dégageait la voie ferrée. Il projetait la neige jusqu'à 100 pieds de la voie ferrée, mais l'opération était lente et coûteuse.

Eugene Bartlett écrivit dans son livre Least Known America (1925): [Traduction] L'été, les trains traversent l'île en deux jours et ils sont habituellement en retard, même si l'on a prévu beaucoup de temps. L'été, les trains peuvent accuser un retard d'une demi-journée ou d'une journée entière et, l'hiver, il semblerait qu'il s'agit de semaines de retard au lieu de journées de retard.

En février 1912, le ministre méthodiste de Lewisporte essaya d'aller à St. John's, à 255 milles plus loin avec une femme malade et des enfants. Quelques centaines de verges seulement séparaient le presbytère de la gare. Bravant la poudrerie, ils ont fini par y arriver sur un traîneau tiré par des boeufs. Dans une maison près de la gare, ils attendirent pendant deux semaines l'arrivée d'un train. Un train arriva finalement grâce à cinq locomotives, deux chasse-neige rotatifs et une centaine de pelleteurs. Mais, il fallut deux autres semaines pour que le train parcourt les 255 milles et arrive à St. John's. Un wagon de boeuf fourni par la compagnie ferroviaire empêcha les passagers de mourir de faim.

Train se frayant un chemin dans une tranchée de neige profonde sur la butte Gaff Topsail, vers 1905.
Reid a introduit le premier chasse-neige rotatif pour effectuer le déneigement. Cette image montre une tranchée percée dans la neige sur la butte Gaff Topsail et faisant près de 5 mètres de haut, vers 1905. Railway Coastal Museum.
Le chasse-neige rotatif et deux membres d'équipage en pleine action.
Le chasse-neige rotatif représentait une amélioration importante, mais il fallait deux locomotives pour le pousser, de même que des wagons supplémentaires pour l'eau et le charbon, ainsi que des voitures-cuisines, des wagons-dortoirs et de la main-d'oeuvre additionnels. Le travail se faisait donc lentement et il était coûteux. Collection A.R. Penney.
Photo d'une train bloqué dans la neige à la butte Gaff Topsail.
La section la plus élevée du chemin de fer se trouvait sur la butte Gaff Topsail, entre Millertown et Kitty's Brook. À cet endroit, les conditions météorologiques ont souvent pertubé la circulation ferroviaire. Il n'était pas rare que des trains restent bloqués pendant des jours et des jours avant d'être dégagés par des chasse-neige. Clayton Cook.
Train équipé d'un chasse-neige rotatif.
Chasse-neige rotatif à Humbermouth. Collection A.R. Penney.