Chris Russell, préparateur en chef et conservateur de l’Art Gallery of Greater Victoria, parle du défi d’entretenir la qualité originale d’une peinture lorsqu’un artiste a expérimenté des mediums et des techniques non traditionnels, comme l’a fait Emily Carr dans les années 1930.

Art Gallery of Greater Victoria
Chris Russell, preparatory en chef et conservateur, Art Gallery of Greater Victoria
20e siècle
Colombie-Britannique, CANADA
© 2007, Art Gallery of Greater Victoria. Tous droits réservés.


Transcription

Bonjour, je m’appelle Chris Russell. Je suis préparateur en chef et conservateur à l’Art Gallery of Greater Victoria et je suis responsable de l’entretien des œuvres d’art d’Emily dans la collection.

Lorsque les artistes travaillent de manière traditionnelle avec des médiums traditionnels, les conservateurs sont généralement contents parce tout va bien. C’est lorsqu’ils sortent des frontières et qu’ils expérimentent de nouveaux médiums et de nouvelles techniques que nous éprouvons parfois des difficultés. C’est ce qui est arrivé avec les œuvres d’art d’Emily Carr. Ses premières œuvres sont généralement des aquarelles avec du papier d’aquarelle traditionnel et des peintures de bonne qualité et elles se sont très bien conservées pendant presque cent ans.

La grande percée d’Emily est survenue dans les années 1930 lorsqu’elle a élaboré, ou inventé, une technique de peinture avec des huiles grandement diluées avec de l’essence pour donner l’effet d’aquarelle, mais avec des couleurs et des tons plus dramatiques. Même si cette technique l’a libérée du côté artistique, l’inconvénient est qu’elle utilisait du matériel de piètre qualité comme du papier bulle, du papier très mince qui jaunissait avec le temps. Ce papier qui était de couleur crème à l’origine avait des parties qui n’étaient pas peintes, car la couleur du papier aurait paru au travers la peinture. Malheureusement, ces parties ont bruni avec les années.

Avec une peinture comme celle-ci, qui est montée sur un carton très très lourd, mais très acide, le problème pour un conservateur est d’enlever le papier sans l’endommager. Le processus comprend une série de bains dans de l’eau distillée. Généralement, le premier bain libère le papier et le deuxième bain dissout la plupart de la colle qui y adhère encore. Puis, un autre bain enlève davantage de décoloration. Finalement, lorsque le papier semble le plus propre possible, on désacidifie le papier dans un bain pour lui donner un tampon alcalin. À cette étape, le papier a perdu sa couleur brun foncé et est jaune pâle, mais malheureusement, il n’aura jamais son apparence originale. La prochaine étape consiste à renforcer le papier. Maintenant, nous le faisons habituellement flotté sur un morceau de papier de mûrier, du mûrier japonais qui est neutre et très résistant aux déchirures.

Puis, bien entendu, il faut l’encadrer et l’enduire de vernis glacis. Nous le faisons en utilisant un verre opaque aux ultraviolets ou un plexiglas. Finalement, nous devons contrôler l’humidité de l’air où il est entreposé ou exhibé. Plus élevé est le niveau d’humidité, plus rapide sera la détérioration. Il y a toujours le problème de moisissure qui pourrait croître sur le papier, ce qui serait désastreux. Idéalement, si on pouvait conserver les œuvres d’art près du point de congélation, on les conserverait beaucoup plus longtemps, mais ce serait très difficile pour les visiteurs de les voir.


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