Pendant les milliers d’années qui précèdent l’arrivée des Européens, les peuples autochtones du Canada se servent de perles et d’autres ornements réalisés à partir de matières naturelles pour embellir leurs corps, leurs vêtements et leurs accessoires. Graines et griffes, dents, coquillages et os sont enfilés en colliers ou cousus sur des vêtements de peaux. Les femmes utilisent également des piquants de porc-épic, du poil d’orignal, des plumes, des fourrures et des pigments pour réaliser des motifs sur les vêtements. Pourtant, ce travail n’est pas purement décoratif. Les recherches archéologiques et les traditions orales suggèrent que ces matières premières sont investies d’un sens très précis et que ceux qui les portent les considèrent comme des substances et des motifs chargés d’un pouvoir tant symbolique que réel.

Il est peu surprenant de voir figurer les perles de verre parmi les cargaisons des premiers Européens à s’engager dans le golfe du Saint-Laurent, à la fin du XVe siècle. La découverte et l’exploration de l’Afrique par les Européens, au milieu du XVe siècle, donne une impulsion formidable à la fabrication des perles à Venise. Presque tous les marchands, pêcheurs et explorateurs transportent avec eux des perles, qui deviendront rapidement des articles essentiels au commerce avec les peuples non européens. Reçues en cadeau ou échangées contre des fourrures ou d’autres objets de valeur, les perles de verre – à l’instar des outils en métal et du tissu – s’incorporent rapidement à la culture Kanien’kehá:ka. Les perles sont alors cousues sur les vêtements et les accessoires, portées en colliers et en boucles d’oreilles ou encore fixées aux outils et aux talismans.

Pendant la période initiale de la traite des fourrures, les échanges entre Européens et peuples autochtones sont souvent équitables. Fourrures et produits européens, telles les perles de verre, sont acheminés le long des routes commerciales amérindiennes traditionnelles. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’effet de ce commerce, alors florissant, se fait sentir chez tous les peuples autochtones de l’Amérique du Nord. Le commerce des fourrures devient le vecteur de la propagation des épidémies et le mobile de l’augmentation des luttes armées. De nombreux groupes autochtones sont anéantis et disparaissent de la carte ; d’autres sont décimés, démantelés ou expulsés de leurs terres ancestrales.

Au début du XIXe siècle, les rescapés de ce bouleversement se fusionnent et forment de nouvelles sociétés. Les vêtements et accessoires perlés produits par les Kanien’kehá:ka à cette époque témoignent avec force du ressort des cultures et des croyances traditionnelles et confirment l’émergence d’une nouvelle façon d’envisager l’avenir. Les motifs perlés complexes et leurs couleurs vives attirent énormément l’attention des non-autochtones, qui trouvent aux objets ainsi décorés un attrait exotique et romantique.

Au cours de cette même période, les Euro-Canadiens et les touristes étrangers se mettent à visiter réserves et lieux populaires de loisirs le long du Saint-Laurent et aux chutes du Niagara. Ils y achètent toute une panoplie d’objets perlés en guise de souvenirs. Les autochtones ne sont pas longs à tirer profit de la popularité grandissante que connaissent leurs motifs perlés et, entre 1880 et 1920, ils fabriquent et mettent en vente un nombre toujours plus important d’objets artisanaux. Les talents de perlage et de couture traditionnels des femmes se révèlent être une source essentielle de revenus dans cette nouvelle économie fondée sur le comptant. Avide de répondre aux attentes des non-autochtones, les œuvres perlées confectionnées à cette période évoluent et revêtent des formes non traditionnelles (pelotes à épingles, cadres à photo) qui traduisent la fusion du motif traditionnel et de la forme nouvelle.
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Le Musée McCord d'histoire canadienne

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