Le Crieur de la Dungarvon par Michael Whelan - le poète de Renous

Le Crieur de la Dungarvon
par Michael Whelan – le poète de Renous

Bien loin au fond des bois
Là où les arbres toujours verts
Contrastent avec les hêtres et les bouleaux gris,
Là où la neige s’étend blanche et épaisse
et les oiseaux chanteurs semblent dormir
puisqu’on n'entend plus leur chant mélodieux.
Là où l’élan terrible et majestueux,
aux pattes tout à la fois larges et souples,
Se déplace à pas rapides et puissants.
Là où le caribou et le chevreuil
nagent dans les eaux cristallines des ruisseaux,
Et où la Dungarvon terrible et profonde court doucement.
Là où est l’antre de l’ours noir,
Bien au-delà de l’habitat de l’homme,
Et où le rat musqué, le vison et la martre s’ébrouent.
Là où l’écureuil libre et léger
Saute allègrement d’arbre en arbre,
et le joli petit lapin blanc dort et rêve.
Là où les sons du labeur résonnent
bien au-delà des étendues gelées,
et de tout ce qu’on trouve dans les bois.
Là où les scies et les haches coupent et abattent,
Et les bûcherons chantent à plein poumon,
Et où la Dungarvon noire et profonde coule lentement.
Dans un camp de bûcherons un jour,
Alors que les travailleurs étaient au loin
Et que le cuisinier et le patron étaient seuls,
Une triste tragédie survint.
La mort gagna un autre combat
Et le jeune cuisinier glissa rapidement dans l’inconnu.
De ce temps depuis longtemps révolu,
Nous vient cette histoire infortune,
Le triste et solennel sujet de ma chanson,
Ce jeune homme qui s’affaissa et mourut,
Encore jeune et fier de sa condition d’homme,
Là où la Dungarvon noire et profonde coule lentement.
Quand les travailleurs revinrent ce soir-là,
Un spectacle funèbre les attendait,
Le jeune cuisinier gisait, silencieux, froid et sans vie,
La mort enchevêtrée dans ses boucles de cheveux,
Se lisait sur son jeune et beau visage,
son sac à dos glissé sous la tête lui servait d’oreiller.
De la ceinture qui lui entourait la taille
Tout son argent lui avait été dérobé,
Et les hommes se mirent à soupçonner quelque chose de terrible.
Était-ce un meurtre froid et prémédité,
qui terrassa le juste jeune homme
Là où la Dungarvon noire et profonde court doucement?
Lorsqu’ils demandèrent au chef du camp pourquoi
Il n’avait alerté personne,
Il se retourna afin de se dissimuler le visage.
« Eh bien, le jeune est tombé si malade,
Et a trépassé si rapidement,
Que je n’ai pas eu le temps de réfléchir », fut sa seule réponse.
Tous avaient la larme à l’oeil,
Tous avaient le coeur brisé,
Et tous avaient un étrange sentiment,
Lorsqu’ils se découvrirent la tête
Pour les funérailles qu’ils lui avaient préparées,
Là où la Dungarvon terrible et profonde court doucement.
Drue tombait la neige,
Et avec tant de rage soufflait le vent,
Que sous quatre pieds de neige la terre fût ensevelie.
Ainsi, le jour de l’enterrement,
Au cimetière lointain,
Il fut impossible d’enterrer le corps.
On érigea donc une tombe, dans la forêt,
Pour y déposer le cuisinier.
Les oiseaux et les bûcherons se turent,
Au moment où les derniers adieux
Furent présentés au jeune défunt solitaire,
Là où la Dungarvon noire et profonde coule lentement.
Lorsque les travailleurs revinrent le soir
Toujours en deuil de leur camarade,
Les ombres de la nuit tombaient derrière la colline.
Pendant cette longue et épouvantable nuit
Tout le camp fut pris de frayeur,
Que de cris et de hurlements lugubres se firent entendre.
Tous les visages devinrent blancs de peur.
«Nous devons quitter ce lieu maudit,
Le camp est désormais habité par les démons,
D’ici le lever du jour
Nous partirons très loin
D’où la noire Dungarvon court doucement.»
À partir de ce jour, ainsi va la légende,
On entendit des sons macabres,
Tout autour de l’endroit où fut érigée la tombe,
Des cris firent palpiter les coeurs,
Des hurlements paralysèrent les plus hardis,
Et terrorisèrent le plus brave des braves.
Jusqu’au jour où, près de la tombe,
L’envoyé de Dieu leva la main,
Et pria pour que ces clameurs ne se prolongent
Pour que ces cris terribles cessent,
Et pour que la paix enfin la région connaisse
Là où la Dungarvon noire et profonde coule lentement.
Depuis ce jour, les clameurs se sont tues
Et la région est soulagée
Des cris, des lamentations et des hurlements d’outre-tombe.
Dans les environs du ruisseau du crieur
Il n’y a plus rien de diabolique,
Et autour de la tombe du crieur, règne le silence le plus pur.
Que cette histoire soit vraie ou fausse,
Je vous l’ai racontée,
Telle que je l’ai entendue toute ma vie.
Je n’ai qu’un souhait : que la querelle prenne fin,
Afin que nous puissions vivre en paix
Là où la Dungarvon noire et profonde coule lentement.



- Louise Manny, Songs of Miramichi, p. 78 à 81
Michael Whelan
Louise Manny
19e siècle
CANADA Nord du Nouveau-Brunswick, Nouveau-Brunswick, Nord du Nouveau-Brunswick, CANADA
© 1968, Brunswick Press. Tous droits réservés.

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