En 1947, Lord Beaverbrook m’a ouvert tout un monde inconnu en me disant : « Pourquoi n'iris-vous pas recueillir les chansons folkloriques du Nouveau-Brunswick? Je vous enverrai une bonne enregistreuse. »

À cette époque, j’avais une connaissance rudimentaire de ce genre de chanson. Je savais que des chercheurs en avaient recueilli des exemples dans les Appalaches, qu’il existait des sociétés de la chanson folklorique en Angleterre et que les pays d’Europe organisaient des festivals à l’occasion desquels des gens portant de jolis costumes chantaient les chansons de leurs ancêtres. Mais je ne savais pas que ces chansons, on les chantait partout autour de moi au Nouveau-Brunswick!

Alors j’ai répondu à Lord Beaverbrook: « Des chansons folkloriques? À ma connaissance, on n’en trouve pas ici, ou du moins, plus aujourd’hui. À moins que quelqu’un ne se rappelle Peter Emberley, que votre frère Traven avait l’habitude de chanter. »

« C'est un non-sens a-t-il rétorqué. Bien sûr qu’il reste des chansons folkloriques, et beaucoup, à part cela. Il suffit de les rassembler. Vous allez voir, vous allez beaucoup vous amuser. »

C’est bien le moins qu’on puisse dire! Je n’avais aucune idée du travail que je m’apprêtais à entreprendre.

Et je n’avais aucune idée que nous passerions à la radio, que les gens de la campagne feraient des milles à pied le dimanche après-midi pour entendre « nos propres chansons » et que les camps de bûcherons cesseraient leurs activités le mercredi après midi pour écouter notre émission.

Nos entretiens nous ont progressivement amenés à découvrir une partie de la culture folklorique qui nous était inconnue : les traditions et chansons folkloriques ayant survécu malgré les modes qui passent et l’éducation systématique.

Alors, qu’est-ce que la chanson folklorique? D’après la Library of Congress, il s’agit essentiellement de chansons que l’on chante de mémoire pour notre propre plaisir et celui de nos amis. Bon nombre des chansons de la Miramichi ont été composées par les habitants de la région puis transmises de bouche à oreille. Certains de nos chanteurs n’ont jamais lu les paroles ou la musique des chansons qu’ils chantent.

Nous avons trouvé une variété de très vieilles chansons (certaines datent de mille ans!) ainsi que des chansons plus nouvelles et même contemporaines écrites en suivant le modèle des chansons plus anciennes..

Nos ancêtres ont emporté ici de leur mère patrie certaines vieilles ballades qui sont toujours chantées dans la région. En plus de celles-ci, ils ont emporté des chansons de la rue, qui tiraient autrefois du registre contemporain et qui traitent d’événements locaux. Voilà le véritable prototype de nos « come-all-ye », qui portent ce nom parce qu’ils commencent normalement avec les paroles « come all ye jolly lumbermen/farmers/sailors, and listen unto me ».

Les chansons de la Miramichi sont normalement chantées sans accompagnement et par une seule personne. Pour les auditeurs dont l’oreille est formée pour entendre de la musique d’accompagnement et des harmonies modernes, ces chansons composées à partir d’une musique modale ou de gammes incomplètes peuvent sembler monotones, mais une fois qu’on a compris, on ne peut faire autre que remarquer leur charme et leur sincérité.

Louise Manny, Songs of Miramichi,  p. 15 à 19
Louise Manny
vers 1968
CANADA Nord du Nouveau-Brunswick, Nouveau-Brunswick, Nord du Nouveau-Brunswick, CANADA
© 1968, Brunswick Press. Tous droits réservés.

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