Au tournant du 20e siècle, la classe ouvrière canadienne-française constituait 80 p. 100 de la population de Hull. Les femmes de la classe ouvrière, elles, avaient trois possibilités de survie : elles pouvaient rentrer au couvent, elles pouvaient se marier ou elles pouvaient travailler en usine. Le travail des femmes en usine était essentiellement limité aux tâches qui nécessitaient de la dextérité et de la concentration, comme le travail offert dans les fabriques de textile ou d’allumettes. À Hull, au Québec, travailler dans une fabrique d’allumettes voulait dire travailler à la Compagnie d’allumettes E. B. Eddy.

Qui étaient les ouvriers dans les fabriques d’allumettes? La plupart d’entre eux étaient des femmes canadiennes-françaises. Elles étaient généralement jeunes et non mariées — certaines n’avaient même que 12 ou 13 ans —, et elles travaillaient à l’usine jusqu’au moment de se marier. D’autres étaient des veuves ou, comme Donalda Charron, des femmes célibataires. Elles travaillaient des semaines de 48 heures. Elles étaient parfois payées à la pièce (un certain montant pour chaque boîte d’allumettes produite, par exemple), mais à partir de 1921, la plupart d’entre elles gagnaient un salaire horaire de 0,15 $ à 0,37 $. (Comparons ce salaire à celui des briqueteurs spécialisés, qui gagnaient environ 0,80 $ l’heure.) Elles étaient nettement sous-payées, même en fonction des normes de l’époque.

Ces allumettières avaient pour tâche de tremper les allumettes dans du phosphore (c’est ce qui rendait les allumettes combustibles) ou de les mettre dans des boîtes. Ce travail était dangereux pour deux raisons. La première, c’est que l’inhalation des vapeurs de phosphore pouvait mener à une nécrose de la mâchoire, une maladie qui consiste en la décomposition puis la mort des os de la mâchoire. On appelait cela phossy jaw, et c’est l’une des raisons pour lesquelles divers pays ont commencé à interdire l’utilisation du phosphore blanc pour produire des allumettes dès les années 1870. Le Canada a interdit les allumettes au phosphore blanc en 1914.

Cependant, l’interdiction d’utiliser du phosphore blanc n’a pas résolu le deuxième danger, qui était celui des incendies. Les premières allumettes (allumettes sans frottoir) s’allumaient à la moindre friction. Si bien qu’il y avait parfois jusqu’à 20 petits incendies avec lesquels composer dans la même journée. Les femmes travaillaient souvent avec des seaux d’eau à proximité de sorte qu’elles pouvaient éteindre de petits feux avant qu’ils ne s’étendent. De nombreuses allumettières ont été blessées ou sont mortes à cause des incendies à la fabrique. Il était commun d’avoir des cicatrices aux mains ou au visage.

Même celles qui échappaient à la nécrose de la mâchoire et aux dangereux incendies avaient une vie difficile. En effet, les maladies étaient courantes et souvent mortelles. Les travailleurs pauvres vivaient de pain et de gras. La classe ouvrière était si mal payée qu’elle ne pouvait se permettre de luxe comme les fruits et les légumes. Cette mauvaise alimentation, combinée à de longues heures de travail et à des hivers froids, rendait la population susceptible d’attraper des maladies comme la rougeole, la grippe et la scarlatine. De mauvaises conditions d’hygiène menaient au choléra et à la typhoïde.
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