Laliberté, témoin sensible de son époque

Au début du siècle, il s'avère difficile pour un artiste sculpteur de faire carrière au Québec. L'Europe, notamment Paris, se présente comme un passage obligé à quiconque souhaite acquérir quelque notoriété, si ce n'est quelque crédibilité.  Ses origines modestes ne permettent pas à Alfred Laliberté de s'offrir le luxe d'un séjour outremer. Ce sera grâce à son premier bienfaiteur, Napoléon-Charles Cormier, qu'il pourra poursuivre sa formation à Paris en 1902.  Notons également le soutient du premier ministre du Canada, Sir Wilfrid Laurier, et une importante souscription publique lancée par le journal La Presse.

Malgré cette aide, la situation de l'artiste demeure précaire.  Songeant à ces cinq années passées dans la ville lumière il écrit :

«Je passais alors des moments bien sombres. J'étais un pauvre diable (.) Je sortais de ma chambre tout juste pour faire une promenade dans la rue. J'allais au hasard, personne ne me connaissant ou me regardait. Alors je revenais dans ma chambre l'âme et le cour inondés de tristesse.  Je laissais trotter mon imagination, je voyais dans des hallucinations des groupes, de figures se tordant comme des diables en enfer. C'est alors que j'ai le plus entraîné mon imagination et c'est de là, je crois, que sont sortis des sujets allégoriques, philosophiques et littéraires que l'on m'a parfois reprochés. Cette façon de voir est pour moi une seconde nature.»

De retour au pays en 1907, l'avenir du sculpteur n'est pas assuré. Tel que l'indique Odette Legendre, « Au début du siècle, les sculpteurs, pour vivre, n'avaient guère le choix que d'espérer des commandes, soit de bustes d'hommes politiques ou de personnage en vue, soit de monuments »[1]. Ainsi, pour vivre un sculpteur a besoin des commandes de l'État.  Or, celles-ci tardent à venir et l'artiste s'inquiète : «Aurait-il en vain souffert de froid et de faim à Paris pour connaître le même sort à Montréal ? »[2].

C'est dans cette période d'incertitude qu'Alfred Laliberté crée Le Mendiant.  Peut-on y voir la projection de ses craintes ?


[1] Legendre, Odette, Laliberté, p.11

[2] Idem.


Catherine Fournier, Andrée Lemieux, Annie Godin-Barrette

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