À partir du XVIe siècle, les sources écrites nous ont fourni des données importantes sur les traditions funéraires des anciens Mexicains, de même que sur leurs croyances à propos de la mort.

Les corps qu’ils enterraient appartenaient aux personnes qui avaient eu une mort sacrée. C’était le cas de ceux qui, élus par le dieu de la pluie, Tláloc, avaient péri à cause d’une maladie liée à l’eau (la goutte, la lèpre, le rhumatisme), ou encore noyés ou frappés par la foudre. Ils allaient jouir d’une vie comblée de plaisirs à Tlalocan, lieu de fertilité et d’abondance. Le Chichihualcuauhco était l’endroit sacré où se trouvait un arbre avec des fruits en forme de seins féminins pour nourrir les enfants morts avant d’être sevrés. On enterrait ces enfants en face du grenier de la maison.

Les guerriers morts au combat et les femmes qui avaient perdu la vie lors de leur premier accouchement étaient les serviteurs du Soleil. Chaque matin, les guerriers le recevaient et l’accompagnaient sur son trajet vers le zénith ; après quoi ils le confiaient aux femmes mortes pendant l’accouchement, qui l’accompagnaient à travers le ciel jusqu’à son coucher et son passage au monde d’en bas. Après quatre années d’une telle existence, ces êtres étaient transformés en colibris ou papillons.

Une autre forme de traitement des morts était la crémation, qu’on appliquait aux personnes décédées d’une maladie ou de mort naturelle sans avoir été élus par les dieux.

La crémation avait lieu quatre jours après le décès. Le mort commençait ensuite un voyage périlleux de quatre ans vers Mictlán, situé dans la neuvième couche sous la terre, au bout du monde souterrain. À la fin du voyage, il devait traverser une rivière à l’aide d’un chien, et il se présentait alors devant Mictlantecuhtli, seigneur des enfers. Selon certaines sources, ces âmes avaient la responsabilité d’accompagner le Soleil pendant son voyage nocturne à travers le monde souterrain.

À côté de tous les cadavres, on déposait des aliments et des boissons, des objets quotidiens et rituels, et un chien sacrifié. Les objets étaient offerts au mort par des membres de la famille pour l’aider à faire face aux risques auxquels il s’exposait après la mort corporelle. Les anciens Mexicains croyaient que toutes les choses qui nous entourent possédaient une essence, et que cette essence invisible était ce qui maintenait en vie le coeur du défunt.

Dans le calendrier des Mexica (les anciens habitants de Mexico, c’est-à-dire les Aztèques), il y avait deux mois dédiés aux célébrations des morts. Il y avait d’abord le neuvième mois, pour célébrer les enfants morts, puis le dixième mois, consacré aux morts adultes, grande célébration des morts, occasion du sacrifice de nombreux hommes dans une ambiance très solennelle. Ce n’était que pendant ces célébrations que les morts revenaient à la terre et récupéraient leurs nécessités vitales, et que par conséquent ils avaient besoin des provisions qu’on leur offrait.

L’introduction du catholicisme modifia le parcours de l’âme immortelle des défunts pour le diriger vers deux destinations possibles : le Ciel ou l’Enfer. De cette façon on arrivait à une appréciation différente de la mort, puisque l’aspect le plus important était la façon dont la personne avait vécu. La terreur de la mort et de l’Enfer étaient des éléments fondamentaux de la nouvelle religion qui imposa ces vestiges de la doctrine médiévale.

Si les ordres religieux présentèrent au Nouveau Monde l’horreur de mourir sans avoir mérité le Ciel, les soldats et les civils conservèrent la coutume de la danse, de la musique et des feux d’artifice dans les funérailles d’enfants qui, à leur avis, allaient directement au Ciel puisqu’ils étaient sans péché. Jusqu’à nos jours, on dit au revoir aux « petits anges » avec un sentiment de joie, tandis qu’on pleure la mort des adultes.

La fusion de traits culturels autochtones et espagnols a donné lieu à un nouveau culte et à des cérémonies mortuaires nouvelles, par lesquels l’Église commémore tous ceux qui se trouvaient sur le chemin du salut. De ce processus syncrétique sont nées les célébrations des morts telles qu’on les connaît aujourd’hui.
Réseau canadien d'information sur le patrimoine

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