Avant l'arrivée des loyalistes, quelque 5 000 personnes vivaient sur le territoire qui deviendra la colonie du Nouveau-Brunswick. Il s'agissait d'un mélange complexe de Wulstukwuik (Malécites) et de Mi'kmaqs, d'Acadiennes et d'Acadiens récemment déracinés et de colons de première génération, la plupart venant de la Nouvelle-Angleterre, de la Pennsylvanie, du Yorkshire, de l'Irlande et d'autres régions de la Grande-Bretagne.

En deux ans, soit de 1783 à 1785, le nombre de personnes quadruplé en raison de l'arrivée d'environ 15 000 loyalistes. La plupart d'entre eux sont débarqués à l'embouchure du fleuve Saint-Jean, plus nombreux que les quelque 400 civils et militaires qui y habitaient, et ont fondé la ville de Saint John. Vu que les Malécites et les Acadiens qui occupaient les régions de la vallée du bas Saint-Jean ne possédaient aucun titre de propriété reconnu pour les terres qu'ils habitaient, ils ont été obligés de partir ; les autochtones sont eventuellement all Pour en lire plus

Avant l'arrivée des loyalistes, quelque 5 000 personnes vivaient sur le territoire qui deviendra la colonie du Nouveau-Brunswick. Il s'agissait d'un mélange complexe de Wulstukwuik (Malécites) et de Mi'kmaqs, d'Acadiennes et d'Acadiens récemment déracinés et de colons de première génération, la plupart venant de la Nouvelle-Angleterre, de la Pennsylvanie, du Yorkshire, de l'Irlande et d'autres régions de la Grande-Bretagne.

En deux ans, soit de 1783 à 1785, le nombre de personnes quadruplé en raison de l'arrivée d'environ 15 000 loyalistes. La plupart d'entre eux sont débarqués à l'embouchure du fleuve Saint-Jean, plus nombreux que les quelque 400 civils et militaires qui y habitaient, et ont fondé la ville de Saint John. Vu que les Malécites et les Acadiens qui occupaient les régions de la vallée du bas Saint-Jean ne possédaient aucun titre de propriété reconnu pour les terres qu'ils habitaient, ils ont été obligés de partir ; les autochtones sont eventuellement allés dans les réserves d'Oromocto, de St. Mary's et de Kingsclear, et les Acadiens, au Madawaska où ils ont reçu enfin des titres de propriété.

Selon l'estimation de David Bell, environ 10 000 loyalistes sont arrivés à l'embouchure du fleuve Saint-Jean dans les bateaux partis de New York. La destination de la première flotte, qui a quitté New York le 19 octobre 1782 est arrrivé sur la rive nord de la baie de Fundy et les 400 passagers et plus ont passé l'hiver à Annapolis Royal avant d'atteindre le territoire encore non arpenté qu'ils espéraient habiter. Au cours du printemps et de l'été, les bateaux se sont directement dirigés vers le fleuve Saint-Jean - à la fin de mai avec environ 1 700 réfugiés et 450 militaires et en juin, avec 15 compagnies de milice parmi les 1 169 passagers. Près de 1 000 autres loyalistes sont arrivés en juillet, suivis de 800 de plus en août.

À la fin de l'été, sir Guy Carleton, commandant des troupes britanniques en Amérique du Nord, a accordé aux troupes provinciales la permission d'évacuer de New York. Plus de 3 000 personnes sont arrivés à la fin de septembre dans les bateaux qui emmenaient les militaires et leurs familles. La dernière flotte loyaliste à quitter New York est arrivée à l'embouchure du fleuve Saint-Jean le 17 octobre avec plus de 1 000 réfugiés et 231 militaires britanniques et allemands réguliers qui ont choisi de s'établir dans la colonie. D'autres loyalistes à part de ces groupes, ont aussi quitté New York pour se rendre au Nouveau-Brunswick.

Un nombre inconnu mais important de loyalistes ont abandonné la partie péninsulaire de la Nouvelle-Écosse pour se diriger vers le Nouveau-Brunswick. Au moins 1 000 loyalistes sont parties de Boston en 1776 avec l'armée de Gage. Bien que leur destination première ait été Halifax, certains d'entre sont venus au Nouveau-Brunswick après l'établissement de la nouvelle administration coloniale. Se sont joints à eux des émigrants de collectivités loyalistes telles que Shelburne, Digby et Annapolis où les perspectives semblaient moins prometteuses qu'à Saint John. Lorsque les Britanniques ont annoncé en 1784 que les bateaux des États-Unis n'auraient plus le droit au commerce impérial, quelques marchands se sont empressés d'élire domicile dans le territoire sous contrôle britannique.

La répartition des terres a été un processus extrêmement long et litigieux, surtout dans les collectivités de Parrtown et de Carleton. Les autorités ont donné priorité aux considérations d'ordre militaire et décidé de faire preuve de prudence en gardant ensemble les régiments au cas où il serait nécessaire de les appeler dans les temps à venir. Des « townships » ont ainsi été créés en amont du fleuve pour les militaires et le long du littoral de la baie de Fundy à St. George et St. Martins.

La vallée du fleuve Saint-Jean était le principal endroit où ss sont établis les loyalistes, mais pas le seul. Lorsque la frontière a enfin été déterminée, les loyalistes qui vivaient le long de la rivière Penobscot ont été obligés de déménager en territoire britannique. La « Penobscot Association » s'est installé à St. Andrews à l'embouchure de la Passamaquoddy, alors qu'un groupe de Quakers s'est établi tout près de Beaver Harbour. D'autres se sont installée autour du fort Cumberland, le long des rivières Miramichi et Petitcodiac, et sur la rive sud de la baie des Chaleurs.

Pendant que les loyalistes s'établissaient, les autorités britanniques ont ordonné la partition de la Nouvelle-Écosse le 18 juin 1784. La nouvelle colonie au nord de la baie de Fundy a été appelée Nouveau-Brunswick et ses institutions politiques reflétaient celles de la mère patrie. Le premier gouverneur de la colonie a été le colonel Thomas Carleton, frère de sir Guy devenu lord Dorchester et nommé gouverneur général de l'Amérique du Nord britannique.

Bon nombre des amis d'Edward Winslow ont réussi à obtenir des nominations au sein de la nouvelle administration coloniale. George Duncan Ludlow, ancien juge de la Cour suprême de New York, a été nommé juge en chef, Jonathan Bliss est devenu procureur général et Ward Chipman, son adjoint. Jonathan Odell qui, entre autres choses, avait travaillé à titre de traducteur pour sir Guy Carleton durant la guerre, est devenu secrétaire provincial, poste que convoitait Winslow. Obligé de se contenter d'une affectation non rémunérée au conseil du gouverneur, Winslow était néanmoins heureux que ses collègues réalisent son rêve de créer un gouvernement de « gentlemen ».

Carleton et son entourage ont proclamé la naissance de la nouvelle province à Parrtown le 21 novembre 1784. Attendant presque un an avant de déclencher des élections pour la première assemblée, le gouverneur et son conseil ont mis l'accent sur la mise en place des institutions juridiques, le traitement des demandes de concessions de terre, le règlement des frontières avec la Nouvelle-Écosse et la création de comtés et de paroisses qui allaient servir de cadre aux gouvernements locaux. Des considérations d'ordre militaire et peut-être climatique ont persuadé Carleton de fonder la capitale à Sainte-Anne, devenue Fredericton en l'honneur de Frederick Augustus, duc de York. Entre-temps, Parrtown et Carleton ont été unifiées et constituées en cité sous le nom de Saint John, la première de la colonie, et sa charte a été modelée sur celle de New York ; Gabriel Ludlow (frère du juge en chef) en a été maire et Ward Chipman, qui a rédigé les documents juridiques, son secrétaire.

Les élections des vingt-six membres de la première assemblée de la colonie ont eu lieu en novembre 1785. Étant donné que tous les hommes de race blanche avaient le droit de voter, que les électeurs indiquaient leur choix oralement plutôt que par scrutin et que les élections se tenaient souvent dans les tavernes, le processus favorisait la rivalité entre les hommes et donnait lieu à de nombreuses occasions d'intimidation. La course a été particulièrement vive à Saint John où l'élite d'Upper Cove, représentée par des hommes tels que Jonathan Bliss et Ward Chipman, s'est heurtée à l'opposition de Lower Cove menée par Tertullus Dickenson. En tant que beau-frère d'Elias Hardy, chef d'une faction populaire de la ville, Dickenson a mis l'accent sur le fait qu'il était peu souhaitable que des fonctionnaires tels que Bliss et Chipman siègent à l'assemblée élue et il a profité des griefs des loyalistes ordinaires qui n'avaient peu de prétentions au favoritisme du gouverneur.

La faction de Lower Cove a remporté les élections qui ont été accompagnées d'actes de violence que les troupes du fort Howe ont obligées de réprimer. Déterminé à éliminer toute opposition à son administration, Carleton a écarté suffisamment de votes de Lower Cove pour donner la victoire à l'élite d'Upper Cove. Toutefois, son principal adversaire, Elias Hardy, élu dans Northumberland, ainsi que plusieurs autres élus prêts à tenir tête à l'autorité, ont fait partie de la première assemblée du Nouveau-Brunswick, malgré les tactiques sévères du gouverneur. L'historien W. S. MacNutt signale que « la session de l'assemblée législative de janvier 1786 a marqué le début d'une robuste vie politique au Nouveau-Brunswick » [Traduction].

Les loyalistes ont apporté avec eux la gamme complète des idéologies politiques du 18e siècle, ce qui a élevé le niveau du débat politique et abaissé celui de la conduite politique en Amérique du Nord britannique. L'élite loyaliste a été incapable de freiner les tendances démocratiques répandues à l'époque des révolutions américaine et française, mais elle a ajouté du poids au côté conservateur de la sphère politique. Sur le plan juridique, les loyalistes tels que Ward Chipman et les jeunes avocats qu'il a formés ont eu une incidence énorme sur l'approche relativement conservatrice en matière de droit qui a pris racine dans la colonie.

La culture des loyalistes de classe moyenne tels que Winslow et Chipman a été d'autres répercussions sur le Nouveau-Brunswick. Ayant goûté aux agréments de la vie urbaine, ils avaient hâte de fonder des églises, des écoles et des journaux dans leur nouvelle patrie. En 1787, Charles Inglis, pasteur loyaliste de l'église Trinity à New York, a été consacré premier évêque de l'Église anglicane de la Nouvelle-Écosse, responsable de toutes les colonies de l'Amérique du Nord britannique. Premier évêque d'outre-mer de l'Empire britannique, Inglis a appuyé la fondation, en 1788, du King's College à Windsor en Nouvelle-Écosse, une institution réservée aux fils de l'élite anglicane. Au Nouveau-Brunswick, les loyalistes, parmi lesquels se trouvaient Edward Winslow, ont signé une pétition en 1786 qui insistait sur l'établissement d'une académie des arts et des sciences tout aussi exclusive et qui a reçu sa charte en tant que College of New Brunswick en 1800. Deux hebdomadaires, The Saint John Gazette (1783) et The Royal Gazette (1785), ont assuré à la nouvelle colonie un débat public très vif.

Malgré l'aide reçu de la part du gouvernement britannique, bon nombre de loyalistes du Nouveau-Brunswick ont eu du mal à s'enraciner. Certains étaient mal préparés à la vie de pionnier sur le plan psychologique et sont partis. C'était le cas surtout des militaires qui n'avaient pas de famille pour les aider à développer une économie domestique. D'autres, une fois partis, semblaient incapables de s'arrêter, convaincus qu'il y avait toujours une vie plus prometteuse ailleurs. Quelques-uns sont allés jusqu'au Québec et un plus grand nombre encore jusqu'à la nouvelle colonie loyaliste du Haut-Canada où les généreuses concessions de terre offertes par son premier lieutenant-gouverneur, le loyaliste John Graves Simcoe, ont attiré bon nombre de gens dans les années 1790. Un nombre inconnu est retourné aux États-Unis une fois tout danger écarté. L'exode était si démoralisant qu'Edward Winslow, sous le pseudonyme de Tammany, a exhorté ses compatriotes néo-brunswickois dans The Royal Gazette de juillet 1802 à ne pas renoncer volontairement « à la paix, au confort et au bonheur de leur famille » pour chercher de meilleures perspectives ailleurs  [Traduction].

La colonie est devenu peu à peu plus prospère, stimulée par les retombées économiques de plus de deux décennies de guerres appelées collectivement les guerres françaises et napoléoniennes. Lorsque la Grande-Bretagne a entamé la dernière manche contre son ancienne adversaire, la France, la demande de poisson, de produits alimentaires et de bois des colonies est monté en flèche. Les Navigation Acts et l'ensemble des règlements commerciaux qui donnaient aux produits coloniaux la préférence sur la concurrence étrangère ont donné de l'impulsion à la production. Entre 1805 et 1812, les exportations de bois de sapin et de pin du Nouveau-Brunswick, la « colonie forestière » dominante de la Grande-Bretagne, se sont multipliées par plus de vingt. Les entrepreneurs, dont plusieurs  établis à Greenock, ont apporté capitaux, main-d'oeuvre et technologie sur les côtes de la rivière Miramichi et du fleuve Saint-Jean. La construction navale a bientôt émergé en tant qu'à-côté du commerce du bois. En 1815, l'année du décès d'Edward Winslow, les industries forestières dominaient l'économie du Nouveau-Brunswick.

Les tentatives des États-Unis après 1803 de demeurer neutres et de commercer avec les deux camps se sont heurtées à l'insistance de la Grande-Bretagne pour à bien délimiter les droits des pays neutres, insistance qu'elle pouvait appuyer par sa force navale. Le président Thomas Jefferson a réagi en 1808 en décrétant un embargo commercial contre les Britanniques. La mesure a fait mal aux exportateurs américains et à dévasté l'effort de guerre britannique. La Grande-Bretagne a riposté en faisant de Halifax, Shelburne, Saint John et St. Andrews des « ports libres », manoeuvre brillante qui a nui à l'efficacité de l'embargo. Contrariés par les restrictions, les expéditeurs de la Nouvelle-Angleterre se sont mis à vendre leurs produits agricoles par l'intermédiaire des ports libres et à y acheter des produits des manufactures britanniques et des produits agricoles coloniaux. La politique a contribué non seulement à bien ravitailler l'armée et la marine britanniques, mais a fait des ports en question des centres commerciaux très actifs dans l'économie régionale en expansion.

Si le Nouveau-Brunswick a profité de la guerre commerciale entre la Grande-Bretagne et les États-Unis, la guerre officielle, soit la guerre de 1812, a apporté encore plus de retombées économiques. Grâce à l'effet tampon de la Nouvelle-Angleterre, où les dirigeants ont refusé de participer à la guerre, la région des Maritimes a évité l'invasion militaire et est devenue le centre d'un vigoureux commerce clandestin entre les deux belligérants. En juillet 1814, les loyalistes ont eu du mal à se retenir quand les troupes britanniques sous les ordres de sir John Sherbrooke ont occupé le territoire américain de Penobscot jusqu'à la frontière du Nouveau-Brunswick.

Au moment où les guerres françaises et napoléoniennes tiraient à leur pénible fin, la demande de produits de base a décliné et les prix ont chuté, mais les fondations de l'industrie du bois et de la construction navale du Nouveau-Brunswick étaient désormais jetées. La monnaie forte introduite dans la colonie pendant la guerre a aidé à établir l'une des premières grandes institutions financières de l'Amérique du Nord britannique, la Bank of New Brunswick, en 1820. Plus importants encore, quoique plus difficiles à évaluer avec précision, sont le rôle des guerres et le rôle de la croissance économique qui en ont découlé quant à la confirmation d'une vérité importante pour les loyalistes : même s'ils n'avaient pas choisi le côté vainqueur de la Révolution américaine, leur décision de s'installer au Nouveau-Brunswick n'avait pas été mauvaise.


© 2005, Portail du Canada atlantique. Tous droits réservés.

Objectifs d'apprentissage

Les apprenants seront en mesure de comprendre les facteurs qui ont influencé l’histoire des 25 premières années de la colonie du Nouveau-Brunswick.

Page d'accueil du Centre des enseignants | Trouvez des ressources d'apprentissage et des plans de leçons