gravure sur bois

Les émigrants effectuaient la descente du Rhin dans de petits bateaux.

Artiste : Johann Heinrich Heitz
Illustration de Briefe aus Amerika von einem Basler Landmann, Basle 1806. Tiré de : Germans to America, 300 years of Immigration 1683-1983, sous la dir. de Günter Moltmann ed., Institute for Foreign Cultural Relations, Stuttgart, 1982.
vers 1805
gravure sur bois
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D’abord, cela m’avait terriblement emballé ! Hourra ! un voyage en bateau ! Papa avait payé un paysan pour qu’il nous amène en charrette à un endroit de la rivière où nous devions rencontrer deux autres familles qui partaient elles aussi pour la Nouvelle-Écosse. Nous étions ensuite tous montés à bord d’un bateau et, quand sacs et cartons eussent été entassés sur le pont, celui-ci avait levé l’ancre et la rivière nous avait emportés. Pendant un moment, j’avais pris plaisir à regarder défiler les pâtés de maisons avec leurs églises et les vignes accrochées aux flancs des collines, mais il n’y avait pas d’espace pour gambader sur le bateau et cela avait rapidement eu raison de mon enthousiasme !

Nous étions arrivés ensuite à une plus grande rivière, en fait un fleuve : le Rhin ! Des villes spacieuses entourées de murs s’étaient mises à défiler sous nos yeux et des bateaux, des tas de bateaux circulaient dans tous les sens. Autant de gens au même endroit! Comment était-ce possible ? Sur des coteaux avoisinants, on apercevait maintenant des châteaux. Le bateau était rempli de bagages et de gens et on ne pouvait rien faire Pour en lire plus
D’abord, cela m’avait terriblement emballé ! Hourra ! un voyage en bateau ! Papa avait payé un paysan pour qu’il nous amène en charrette à un endroit de la rivière où nous devions rencontrer deux autres familles qui partaient elles aussi pour la Nouvelle-Écosse. Nous étions ensuite tous montés à bord d’un bateau et, quand sacs et cartons eussent été entassés sur le pont, celui-ci avait levé l’ancre et la rivière nous avait emportés. Pendant un moment, j’avais pris plaisir à regarder défiler les pâtés de maisons avec leurs églises et les vignes accrochées aux flancs des collines, mais il n’y avait pas d’espace pour gambader sur le bateau et cela avait rapidement eu raison de mon enthousiasme !

Nous étions arrivés ensuite à une plus grande rivière, en fait un fleuve : le Rhin ! Des villes spacieuses entourées de murs s’étaient mises à défiler sous nos yeux et des bateaux, des tas de bateaux circulaient dans tous les sens. Autant de gens au même endroit! Comment était-ce possible ? Sur des coteaux avoisinants, on apercevait maintenant des châteaux. Le bateau était rempli de bagages et de gens et on ne pouvait rien faire d’autre que dormir et manger, si bien que je m’ennuyai rapidement de ma maison et me mis à pleurer. Lorsque nous traversions des frontières, le bateau s’arrêtait et papa devait montrer nos papiers et donner de l’argent, faute de quoi on nous aurait obligés à descendre. Aussi chaque nouveau péage qui l’obligeait à prélever sur notre pécule familial déjà bien maigre le rendit-il un peu plus soucieux.

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Auswanderer auf dem Rhein

On utilisait également le Rhin pour le transport quotidien.

Artiste : d'après une peinture de H. Leutemann
Auswanderer auf alter Zeitungsgrafik, par Sigfried Stölting, Worpsweder Verlag.
19e siècle
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Auswanderer auf dem Rhein

La descente du Rhin prenait environ deux semaines.

Artiste : d'après une peinture de H. Leutemann
Auswanderer auf alter Zeitungsgrafik, par Sigfried Stölting, Worpsweder Verlag.
19e siècle
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À un moment du voyage j’ai eu très peur. Un haut escarpement rocheux se dressait devant nous et l’eau ne cessait de tourbillonner. Sa mine renfrognée attestant le danger, le capitaine criait des ordres que l’écho relayait avec fracas. J’avais peur parce que l’un des bateliers m’avait dit qu’une femme très belle était assise au sommet de la falaise et que, brossant inlassablement ses longs cheveux, elle chantait d’une voix si envoûtante que les mariniers en oubliaient la manœuvre ! C’était donc de sa faute si tant de bateaux avaient sombré dans les parages ! J’ai finalement compris pourquoi cet endroit était si funeste. Là où se dressait l’imposante falaise, le Rhin se rétrécissait avant de changer brusquement de cap. Et comme si cela ne suffisait pas, des roches à fleur d’eau y rendaient la manœuvre extrêmement hasardeuse. Pas surprenant donc que « la Lorelei » ait causé tant de naufrages !
À un moment du voyage j’ai eu très peur. Un haut escarpement rocheux se dressait devant nous et l’eau ne cessait de tourbillonner. Sa mine renfrognée attestant le danger, le capitaine criait des ordres que l’écho relayait avec fracas. J’avais peur parce que l’un des bateliers m’avait dit qu’une femme très belle était assise au sommet de la falaise et que, brossant inlassablement ses longs cheveux, elle chantait d’une voix si envoûtante que les mariniers en oubliaient la manœuvre ! C’était donc de sa faute si tant de bateaux avaient sombré dans les parages ! J’ai finalement compris pourquoi cet endroit était si funeste. Là où se dressait l’imposante falaise, le Rhin se rétrécissait avant de changer brusquement de cap. Et comme si cela ne suffisait pas, des roches à fleur d’eau y rendaient la manœuvre extrêmement hasardeuse. Pas surprenant donc que « la Lorelei » ait causé tant de naufrages !

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gravure

Rétrécissement et brusque virage du Rhin à Lorelei. Des crans rocheux ajoutent aux dangers du passage; gravure de 1859.

Artiste : L. Schückling
Der Rhein, de L. Schückling. Brüssel, Leipzig, Gent: Carl Muquardt. Tiré de : Die illustrierten Rhein-Beschreibungen von Michael Schmitt; Köln: Weimar; Wien: Böhlau; 1996.
vers 1859
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Nous avons croisé sur notre route des villages, des châteaux, puis des villes aux multiples clochers, jusqu’au jour où un homme élégamment vêtu est monté à bord. C’était M. Dick. Il s’occupait, m’a dit mon père, de notre « émigration ». Je sais aujourd’hui qu’il parlait anglais, mais, à cette époque, cette langue n’avait aucun sens pour moi. Beaucoup de paroles avaient été échangées avant que le bateau ne se remette en route. Le pays était très plat et planté ici et là de nombreux moulins à vent. Nous étions arrivés en Hollande et nous devions rapidement être à Rotterdam.

Après des semaines de relative solitude et de total désœuvrement, nous apercevions tout à coup une multitude de gens et un bruit incessant parvenait à nos oreilles. On nous a poussés dans un hangar où nous avons dû attendre en file pendant des heures. Notre tour étant venu, papa a répondu aux questions d’un homme qui était assis à une table et qui voulait savoir d’où nous venions et comment nous nous appelions. Il lui a ensuite dit que ma sœur avait quatre ans même si, en fait, elle en avait cinq. Non sans mal, je suis parvenu à retenir Pour en lire plus
Nous avons croisé sur notre route des villages, des châteaux, puis des villes aux multiples clochers, jusqu’au jour où un homme élégamment vêtu est monté à bord. C’était M. Dick. Il s’occupait, m’a dit mon père, de notre « émigration ». Je sais aujourd’hui qu’il parlait anglais, mais, à cette époque, cette langue n’avait aucun sens pour moi. Beaucoup de paroles avaient été échangées avant que le bateau ne se remette en route. Le pays était très plat et planté ici et là de nombreux moulins à vent. Nous étions arrivés en Hollande et nous devions rapidement être à Rotterdam.

Après des semaines de relative solitude et de total désœuvrement, nous apercevions tout à coup une multitude de gens et un bruit incessant parvenait à nos oreilles. On nous a poussés dans un hangar où nous avons dû attendre en file pendant des heures. Notre tour étant venu, papa a répondu aux questions d’un homme qui était assis à une table et qui voulait savoir d’où nous venions et comment nous nous appelions. Il lui a ensuite dit que ma sœur avait quatre ans même si, en fait, elle en avait cinq. Non sans mal, je suis parvenu à retenir ma langue comprenant que, ainsi, papa n’aurait pas à payer son passage. Quant à moi, je serais inscrit comme « demi-passager ». Mon père a écrit ensuite son nom sur le papier et j’étais fier car l’homme avant lui avait seulement pu tracer un « X » avec la plume.

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Peinture

Les rives du Rhin avec leurs falaises et leurs châteaux ont inspiré de nombreux artistes.

Artiste : J. I. v. Gerning
A picturesque tour along the Rhine, par J. I. v. Gerning. Londres, 1820. Tiré de : Die illustrierten Rhein-Beschreibungen von Michael Schmitt, Köln: Weimar; Wien: Böhlau, 1996.
vers 1819
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Après quoi nous sommes montés à bord du grand bateau à voiles avec lequel nous devions traverser l’océan. Je voulais explorer, mais maman m’a dit de rester près d’elle. Un homme nous a fait descendre par une échelle dans un réduit vaste et sombre où des gens et des bagages se trouvaient pêle-mêle sur des plates-formes de bois. Papa en a trouvé une inoccupée pour nous au milieu du bateau. Il y eut beaucoup d’agitation et de bruit, puis le bateau se mit en mouvement. Papa conversait d’un ton animé avec d’autres hommes. Maman priait.

Le lendemain, on nous a permis d’aller sur le pont. La terre semblait déjà lointaine. Maman a fait de la soupe avec un peu d’orge qu’on lui avait donné. On nous donna également un peu d’eau en nous disant que nous devions l’économiser car la provision limitée d’eau qui se trouvait à bord du bateau devait suffire jusqu’à ce que nous soyons à Halifax.

Après quelques jours de navigation, nous avons fait escale en Angleterre. D’autres jours se sont encore écoulés avant que les officiers britanniques aient inspecté le navire de fond en comble et nous aien Pour en lire plus
Après quoi nous sommes montés à bord du grand bateau à voiles avec lequel nous devions traverser l’océan. Je voulais explorer, mais maman m’a dit de rester près d’elle. Un homme nous a fait descendre par une échelle dans un réduit vaste et sombre où des gens et des bagages se trouvaient pêle-mêle sur des plates-formes de bois. Papa en a trouvé une inoccupée pour nous au milieu du bateau. Il y eut beaucoup d’agitation et de bruit, puis le bateau se mit en mouvement. Papa conversait d’un ton animé avec d’autres hommes. Maman priait.

Le lendemain, on nous a permis d’aller sur le pont. La terre semblait déjà lointaine. Maman a fait de la soupe avec un peu d’orge qu’on lui avait donné. On nous donna également un peu d’eau en nous disant que nous devions l’économiser car la provision limitée d’eau qui se trouvait à bord du bateau devait suffire jusqu’à ce que nous soyons à Halifax.

Après quelques jours de navigation, nous avons fait escale en Angleterre. D’autres jours se sont encore écoulés avant que les officiers britanniques aient inspecté le navire de fond en comble et nous aient donné l’autorisation de partir. Alors, nous nous sommes retrouvés de nouveau au large et lorsque, deux jours plus tard, je suis revenu sur le pont, plus aucune terre n’était en vue.

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« Arrivée du navire <i>Gale</i> à Halifax »-1752

Légende : Le Gale était l'un des navires que John Dick avait chargé de transporter les colons allemands en Nouvelle-Écosse.

Artiste : J. Franklin Wright
Canso-Chesapeake Heritage Publishing
vers 1989
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Puis, pendant de longs jours et de longues semaines, plus rien à faire! La plupart du temps, nous devions rester dans l’entrepont où la pénombre et un air vicié régnaient en permanence. Le pire, c’était les tempêtes car alors le navire roulait bord sur bord et nous devions nous cramponner à notre lit pour ne pas tomber et, si possible, ne pas vomir ! Puis je suis tombé réellement malade et tout est devenu embrouillé dans mon esprit. C’était un terrible cauchemar. Un matin, lorsque j’ai ouvert de nouveau les yeux, j’ai vu le sourire de ma mère, mais j’ai vu aussi qu’elle avait pleuré ! C’est alors que j’ai appris que cette fièvre qui voulait bien me rendre à la vie avait, pendant mon délire, terrassé ma sœur et que son pauvre petit corps inerte avait été jeté dans les flots. D’autres enfants étaient morts aussi, ainsi que quelques adultes.

Quelques jours plus tard, j’ai commencé à me sentir un peu mieux et j’ai pu enfin avaler un peu de nourriture, mais je n’avais guère envie de jouer. Des mois avaient passé lorsque, un jour, une voix cria que la terre était en vue et que mon père m’amena Pour en lire plus
Puis, pendant de longs jours et de longues semaines, plus rien à faire! La plupart du temps, nous devions rester dans l’entrepont où la pénombre et un air vicié régnaient en permanence. Le pire, c’était les tempêtes car alors le navire roulait bord sur bord et nous devions nous cramponner à notre lit pour ne pas tomber et, si possible, ne pas vomir ! Puis je suis tombé réellement malade et tout est devenu embrouillé dans mon esprit. C’était un terrible cauchemar. Un matin, lorsque j’ai ouvert de nouveau les yeux, j’ai vu le sourire de ma mère, mais j’ai vu aussi qu’elle avait pleuré ! C’est alors que j’ai appris que cette fièvre qui voulait bien me rendre à la vie avait, pendant mon délire, terrassé ma sœur et que son pauvre petit corps inerte avait été jeté dans les flots. D’autres enfants étaient morts aussi, ainsi que quelques adultes.

Quelques jours plus tard, j’ai commencé à me sentir un peu mieux et j’ai pu enfin avaler un peu de nourriture, mais je n’avais guère envie de jouer. Des mois avaient passé lorsque, un jour, une voix cria que la terre était en vue et que mon père m’amena voir sur le pont. Le lendemain, nous entrions dans le port et, à ma grande surprise, de jolies maisonnettes en bois semblaient faire une haie d’honneur de chaque côté de la baie comme pour saluer notre arrivée ! Comme j’avais hâte de fouler enfin de nouveau le plancher des vaches, mais nous avons dû rester encore de nombreux jours sur le bateau. Certains des passagers étaient malades ou mourants et les gens de Halifax avaient peur qu’on leur apporte la maladie. Lorsque, sans grand enthousiasme, on nous a enfin autorisé à débarquer, mes parents, je le sais, n’ont pu s’empêcher de penser que ma petite sœur serait encore en vie si nous étions restés chez nous.

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Auswandererbegräbnis auf See

Inhumation d'un immigrant en mer.

Artiste : Theodor Hosemann
Auf dem Weg nach Amerika, Band 1, par Rolf Böttcher, Forderverein Deutsches Auswanderermuseum, Bremerhaven.
vers 1855
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Objectifs d'apprentissage

L’apprenant va :
  • décrire certaines des expériences vécues lors du voyage des émigrants allemands venus au Canada en 1752;
  • se sensibiliser aux émotions vécues par les émigrants allemands venus au Canada entre 1750 et 1752;
  • reconnaître la capacité de l’art à raconter des événements historiques.

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