John Garrett (1865-1937), de New Glasgow, en Nouvelle-Écosse, commence à imprimer et à vendre ses premiers « patrons » de tapis au crochet en 1892. Ces motifs, imprimés sur de la toile de jute, forment le support de carpettes ou de tapis crochetés.

De nos jours, en Nouvelle-Écosse, beaucoup d'artisans utilisent encore le terme local « carpette », alors qu'ailleurs les gens privilégient le mot « tapis ». Si Garrett, lui, employait ce dernier mot dans la plupart des cas, probablement en fonction de sa clientèle américaine, il offrait également des « paillassons » ou employait les deux termes simultanément, c'est-à-dire « des carpettes et des tapis crochetés ».

John Garrett commence par travailler dans l'entreprise de meubles et de rembourrage de son père. Il préfère toutefois mettre à profit ses talents artistiques pour concevoir des motifs de tapis. Son petit commerce, qui occupe d'abord deux pièces de sa maison, se transforme bientôt en une grande manufacture qui comptera des clients au Canada, puis aux États-Unis et en Grande-Bretagne, et aussi loin qu'en Afrique du Sud, en Nouvelle-Zélande et à Ha Pour en lire plus
John Garrett (1865-1937), de New Glasgow, en Nouvelle-Écosse, commence à imprimer et à vendre ses premiers « patrons » de tapis au crochet en 1892. Ces motifs, imprimés sur de la toile de jute, forment le support de carpettes ou de tapis crochetés.

De nos jours, en Nouvelle-Écosse, beaucoup d'artisans utilisent encore le terme local « carpette », alors qu'ailleurs les gens privilégient le mot « tapis ». Si Garrett, lui, employait ce dernier mot dans la plupart des cas, probablement en fonction de sa clientèle américaine, il offrait également des « paillassons » ou employait les deux termes simultanément, c'est-à-dire « des carpettes et des tapis crochetés ».

John Garrett commence par travailler dans l'entreprise de meubles et de rembourrage de son père. Il préfère toutefois mettre à profit ses talents artistiques pour concevoir des motifs de tapis. Son petit commerce, qui occupe d'abord deux pièces de sa maison, se transforme bientôt en une grande manufacture qui comptera des clients au Canada, puis aux États-Unis et en Grande-Bretagne, et aussi loin qu'en Afrique du Sud, en Nouvelle-Zélande et à Hawaï.

En 1892, à sa première année de fonctionnement, l'entreprise de Garrett - celui-ci avait déjà obtenu un brevet canadien pour son processus d'impression de patrons sur jute - vend quelque 1800 exemplaires et en écoule 6000 la troisième année. Une production économique et efficace s'impose alors. Aussi Garrett élabore-t-il sa propre méthode d'impression qu'il veut simple.

À mesure que s'améliore la production, qu'augmentent les résultats et que croît la demande, Garrett commence à vendre par correspondance les tapis ornés de ses propres motifs, puis, plus tard, utilisera des catalogues qu'il concevra lui-même. Dès 1900, il annonce ses produits dans différentes publications agricoles. C'est cependant le populaire Family Herald & Weekly Star, publié à Montréal, qui s'avère le meilleur moyen de promotion des patrons. L'entreprise connaît une telle croissance qu'elle utilise environ 200 000 mètres de jute par année au début de la Première Guerre mondiale.
Les activités commerciales de l'entreprise Garrett comprennent, entre autres, la vente de fils de laine, de crochets, d'attaches, de cadres et de plusieurs versions d'une machine à crocheter. Garrett met à l'essai différents modèles et améliorations de sa machine. L'un d'eux s'appelle tout simplement la « machine à crocheter Garrett » (annoncé en 1920); un autre, la « Petite merveille ». Finalement, en 1926, il fait breveter la machine à crocheter Bluenose au Canada, aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Elle acquiert une popularité instantanée : environ 12 000 appareils sont vendus la première année. Conçue pour le filé, elle peut aussi utiliser de minces lanières de chiffons. Trois des enfants de Garrett occupent des postes au sein de l'entreprise. Frank (1892-1958) et Cecil (1902-1954) travaillent à l'usine principale de New Glasgow. Arthur (1888-1954) gère la filiale de Malden, au Massachusetts. Cette filiale a ouvert ses portes en 1929, mais l'entreprise Garrett exploitait déjà divers points de vente dans la région de Boston depuis 1902 environ. Katherine, l'épouse d'Arthur, poursuit les activités de la filiale après le décès de son mari et Cameron, le fils de Frank, reprendra les activités de l'installation de New Glasgow après le décès de son père, en 1958.

La popularité des patrons de tapis commence à décliner durant les années 1960 et 1970, puis s'évanouit. Le stock restant est vendu dans la décennie suivante. En 1985, Ed MacArthur, qui y a occupé le poste de gérant, achète l'entreprise. Il vend par la suite les pochoirs à tapis à un acheteur qui souhaite en tirer des impressions et les vendre.

© Société du Musée canadien des civilisations

Photo couleur d'un affiche publicitaire de Garrett

Affiche publicitaire d’un détaillant de produits Garrett.

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Photo couleur d'un patron de tapis corcheté

Un des premiers patrons de tapis crocheté de John Garrett

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Photo couleur d'un crocheter et son emballage

Machine à crocheter de Garrett, brevetée en 1926, et son emballage

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En octobre 1927, alors que l'entreprise est en plein essor, Cecil Garrett raconte, dans une causerie, les débuts de son père dans l'industrie du crochet. Selon lui, l'aventure commence en 1879, quand John Garrett découvre des patrons de tapis sur jute dans la vitrine d'un magasin de Halifax en se rendant à son travail : « Le propriétaire de ce magasin avait fait une cession. Le stock avait été acheté par une entreprise de commissaires-priseurs, Shand, Ferguson & Clay […]. Ils craignaient de ne pouvoir écouler les patrons de tapis et les avaient donc soldés. Résultat : ce sont les premiers articles à se vendre. Monsieur Ferguson, un artiste amateur, conçoit alors quelques patrons … qui se vendent bien. Plus tard, Ferguson déménage à New Glasgow et ouvre un commerce à côté du magasin de meubles de mon grand-père. […] Il a continué à faire des patrons de carpettes et de tapis pour son commerce de détail et expédiait le stock excédentaire à Halifax. Tous les patrons étaient fabriqués à l'aide de pochoirs. »

« Un jour, monsieur Ferguson demande à mon père, âgé de dix-huit ans à l'époque, de lui procurer quelques patrons lors d'un vo Pour en lire plus
En octobre 1927, alors que l'entreprise est en plein essor, Cecil Garrett raconte, dans une causerie, les débuts de son père dans l'industrie du crochet. Selon lui, l'aventure commence en 1879, quand John Garrett découvre des patrons de tapis sur jute dans la vitrine d'un magasin de Halifax en se rendant à son travail : « Le propriétaire de ce magasin avait fait une cession. Le stock avait été acheté par une entreprise de commissaires-priseurs, Shand, Ferguson & Clay […]. Ils craignaient de ne pouvoir écouler les patrons de tapis et les avaient donc soldés. Résultat : ce sont les premiers articles à se vendre. Monsieur Ferguson, un artiste amateur, conçoit alors quelques patrons … qui se vendent bien. Plus tard, Ferguson déménage à New Glasgow et ouvre un commerce à côté du magasin de meubles de mon grand-père. […] Il a continué à faire des patrons de carpettes et de tapis pour son commerce de détail et expédiait le stock excédentaire à Halifax. Tous les patrons étaient fabriqués à l'aide de pochoirs. »

« Un jour, monsieur Ferguson demande à mon père, âgé de dix-huit ans à l'époque, de lui procurer quelques patrons lors d'un voyage à Boston afin d'inspirer ses créations. Pendant le voyage de retour par bateau, mon père décide d'imprimer ces patrons. À son arrivée à la maison, il taille une volute dans du tilleul à l'aide d'une scie à chantourner, l'encre et l'habille d'un morceau de jute et fait tourner le tout en utilisant un rouleau de métal en guise de poids. L'opération est un succès et, depuis, nous n'avons cessé de fabriquer des patrons de tapis ! »

« Le nombre de patrons vendus durant la première saison n'est que de 150 douzaines (1800 patrons). Pendant la deuxième saison, les ventes se chiffrent à 350 douzaines (4200 patrons). Lors de la troisième saison, les ventes représentent 508 douzaines (6096 patrons). La saison dernière, les ventes ont atteint 1100 douzaines (132 000 patrons). Depuis trois ans, nos commandes de toile de jute sont d'environ 150 000 mètres par année.

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En plus de 80 ans, l'entreprise a imprimé des patrons sur jute qui offraient des centaines de motifs, dont beaucoup sont l'œuvre de John Garrett et de son fils Frank, qui avait reçu une formation d'artiste commercial. On peut retracer ces motifs dans les livrets de patrons et les catalogues qui sont souvent publiés annuellement. Une annonce insérée dans le Family Herald & Weekly Star du 28 février 1900 vante « la soixantaine de motifs de tapis crochetés » offerts dans six tailles. En 1925, la firme offre « plus d'une centaine de motifs ». Certains s'inspirent de tapis anciens, tandis que d'autres sont des adaptations de patrons achetés à Boston. Quelques-uns ont été identifiés comme étant des variantes des motifs d'Edward Frost, bien connus en Nouvelle-Angleterre. Toutefois, la plupart sont créés par Frank Garrett et son père.

Peu après 1900, Eaton commence à vendre les patrons de Garrett à travers le Canada. La Compagnie de la Baie d'Hudson, Simpson et d'autres magasins lui emboîtent le pas. De 1920 à 1940, Eaton demeurera le principal acheteur de patrons de tapis de l'entreprise Garrett. Pendant la saison hivernale 1926-1927, le magasin v Pour en lire plus
En plus de 80 ans, l'entreprise a imprimé des patrons sur jute qui offraient des centaines de motifs, dont beaucoup sont l'œuvre de John Garrett et de son fils Frank, qui avait reçu une formation d'artiste commercial. On peut retracer ces motifs dans les livrets de patrons et les catalogues qui sont souvent publiés annuellement. Une annonce insérée dans le Family Herald & Weekly Star du 28 février 1900 vante « la soixantaine de motifs de tapis crochetés » offerts dans six tailles. En 1925, la firme offre « plus d'une centaine de motifs ». Certains s'inspirent de tapis anciens, tandis que d'autres sont des adaptations de patrons achetés à Boston. Quelques-uns ont été identifiés comme étant des variantes des motifs d'Edward Frost, bien connus en Nouvelle-Angleterre. Toutefois, la plupart sont créés par Frank Garrett et son père.

Peu après 1900, Eaton commence à vendre les patrons de Garrett à travers le Canada. La Compagnie de la Baie d'Hudson, Simpson et d'autres magasins lui emboîtent le pas. De 1920 à 1940, Eaton demeurera le principal acheteur de patrons de tapis de l'entreprise Garrett. Pendant la saison hivernale 1926-1927, le magasin vend plus de 900 douzaines (10 800 patrons) de deux motifs seulement.

Les patrons sont imprimés sur du jute, puis colorés à la main afin de suggérer un agencement de couleurs et d'améliorer l'aspect terne de l'encre sur la toile. Voici ce qu'on pouvait lire sur un feuillet de Garrett, en 1921 :

« Nos patrons de tapis sont imprimés sur une solide toile de jute spécialement conçue et fabriquée à cette fin. Les fleurs et les feuilles sont en couleurs naturelles, les feuilles d'érable présentent leurs couleurs automnales et les volutes sont généralement d'un brun clair ou foncé. Ne vous sentez pas obligées d'utiliser ces couleurs. Tenez uniquement compte de vos goûts et des chiffons à votre disposition. »

Outre la conception et l'impression de patrons à crocheter, la manufacture exploite une imprimerie pendant quelque temps (elle est vendue en 1923), où elle produit ses propres patrons et catalogues. Voici comment l'entreprise était décrite en 1916 : « Il s'agit de la seule usine canadienne de conception de patrons sur jute pour la fabrication de tapis à la maison. […] Ses produits sont vendus partout dans le Dominion et à Terre-Neuve. Monsieur Garrett exploite aussi l'imprimerie de New Glasgow et dessine beaucoup de bannières et d'affiches artistiques. » (Nova Scotia's Industrial Centre: New Glasgow, Stellarton, Westville, Trenton)

Pour faire fructifier leurs affaires, les membres de la famille Garrett entreprennent bien d'autres projets. Ainsi John Garrett annonce-t-il, en 1901, la vente de patrons pour dentelles ( Battenburg ) et broderies. Dans les années 1970 et 1980, son petit-fils Cameron Garrett vend des meubles d'occasion et des antiquités. Cette diversification compense la baisse des ventes, surtout pendant les deux guerres mondiales, périodes où il est difficile de se procurer du jute tissé en Écosse selon les spécifications de John Garrett. Dans les années 1960, le marché des patrons s'amenuise et l'intérêt pour les machines à crocheter s'avère presque inexistant.

Les annonces et les catalogues de Garrett constituent une bonne illustration de la croissance et du déclin de l'entreprise, depuis le petit commerce dynamique jusqu'à l'imposante société internationale de vente par correspondance.

L'assortiment changeant des patrons comprend de nombreux motifs de fleurs et de volutes, l'introduction périodique de nouveaux patrons et la reprise de motifs des décennies précédentes.

Garrett publie son dernier catalogue en 1974 : l'ouvrage servira pendant plusieurs années et on se contentera de n'y apporter que quelques modifications manuscrites. De fait, en 1971, un seul modèle nouveau avait été ajouté au catalogue depuis 1964, ce qui démontre le peu d'intérêt pour le produit et la diminution des ventes.

Dans les foyers et les collections muséales du Canada et des États-Unis, on trouve sans doute beaucoup de carpettes et de tapis fabriqués entre 1890 et les années 1960 qu'on ne reconnaît pas comme des tapis de « patrons » commerciaux; peu sont attribués à des concepteurs ou à des imprimeurs de patrons. Il est bien possible qu'ils aient été crochetés sur des patrons Bluenose, distribués par la poste et produits par les trois générations de l'entreprise familiale de John Garrett.

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Page d'un catalogue de patrons

Patrons offerts en français par Garrett

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Photo couleur de patron des trois ours

74,0 cm sur 113,5 cm. Selon Cameron Garrett, « les trois ours et la goélette Bluenose furent [les] deux meilleurs vendeurs » de l'entreprise. (Canadian Living, 5 septembre 1987) Ils avaient été annoncés pour la première fois dans le catalogue de 1932 et étaient demeurés populaires au Canada et aux États-Unis.

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Photo noir et blan de l'usine de John Garrett

Photo tirée de l'essai Nova Scotia's Industrial Centre: New Glasgow, Stellarton, Westville, Trenton (1916, 101 pages).

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Photo couleur de patron de la goélette Bluenose

Patron de la goélette Bluenose de Garrett, imprimé sur toile de jute

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Objectifs d'apprentissage

L’apprenant va :
  • observer et énumérer les caractéristiques du mode de vie au début du 20e siècle;
  • comparer l’évolution de la société canadienne et québécoise durant quelques décennies;
  • expliquer les ressemblances et les différences entre la société d’autrefois et celle d’aujourd’hui;
  • discuter des événements marquants de l’époque (crise économique, Guerres mondiales, syndicalisation, mouvement féministe) et de l’impact qu’ils ont eu sur la société canadienne et québécoise.

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