Cabane de trappeur au Musée des bûcherons du centre du Nouveau-Brunswick

La cabane de trappeur a été construite originalement vers la fin du 19e siècle près d'un lac du centre du Nouveau-Brunswick. On l'a défaite, déménagée et reconstruite au Musée des bûcherons du centre du Nouveau-Brunswick à Boiestown vers la fin du 20e siècle.

Musée des bûcherons du centre du Nouveau-Brunswick
19e siècle
CANADA Nord du Nouveau-Brunswick, Nouveau-Brunswick, Nord du Nouveau-Brunswick, CANADA
© 2007, Musee des bucherons du centre du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.


Wilmot Macdonald interprète la chanson Peter Emberley qui a été composée par John Calhoun.

PETER EMBERLEY

1. Mon nom est Peter Emberley comme vous le savez,
Je viens des rives de l’Île-du-Prince-Édouard, près de l’océan,
En mille huit cent quatre-vingts sous la splendeur des fleurs
J’ai quitté mon pays natal pour aller gagner ma vie.

2. Je suis arrivé au Nouveau-Brunswick, un pays à défricher,
J’ai été engagé pour travailler dans le bois, c’était ma destinée,
J’ai été engagé pour travailler dans le bois pour abattre des épinettes,
Je chargeais deux traîneaux lorsque je reçus une blessure mortelle.

3. Désormais, il y a des vagues aussi hautes que les montagnes,
Il y a des balles qui sifflent sur les champs de bataille,
Il y a la mort silencieuse qui se glisse dans les chantiers
Et c’est pour moi que le glas de la mort a sonné.

4. Je fais mes adieux à l’Île-du-Prince-Édouard, mon jardin maritime,
Plus jamais je n’emprunterai ses rives fleuries pour humer la brise de l’été,
Plus jamais je ne verrai ces navires galants qui passent
Pavillon flottant au vent bien haut sur la voile.

5. Je fais mes adieux à mon père, c’est lui qui m’a mené ici.
J’estime qu’il a été très cruel, qu’il m’a traité trop sévèrement.
Il ne faut pas envoyer un garçon travailler, ni le garder à ne rien faire
Trop souvent cela l’amènera à quitter bien trop jeune son foyer.

6. Je fais mes adieux à ma meilleure amie, ma chère mère,
Elle a élevé un garçon qui est tombé aussitôt séparé d’elle.
Loin d’elle la pensée, alors qu’elle me berçait
Des contrées que je visiterais ou de la mort que serait la mienne.

7. Je fais mes adieux à ma jeune amie, ma fidèle amie de l’Île,
Je lui souhaite longue vie sur cette île où j’ai vu le jour,
Mais le temps s’écoulera aussi vite qu’avant que je ne m’éteigne,
C’est que l’homme est mortel, un pantin d’argile.

8. Désormais, il y a un monde par-delà de la tombe dont je m’approche,
Car l’homme n’est pas que mortel… la mort peut toujours venir,
Le brouillard de la mort m’enveloppe… je n’existe plus ici-bas,
Mon esprit prend son dernier envol, je dois à jamais quitter ce monde.

9. Mais j’espère que mon Père du ciel bénira ma sépulture,
C’est près de la ville de Boiestown que mes os poudroyants reposent,
Et que j’attends l’appel de mon Sauveur, le jour du jugement dernier.

- Helen Creighton, Folksongs from Southern New Brunswick, p. 231et 232.



John Calhoun
Wilmot Macdonald
vers 1959
Nouveau-Brunswick, CANADA
© 1962, Folkways Records & Service. Tous droits réservés.


Interprètes de chansons folkloriques au Monument Peter Emberley en 1963

Sam Jagoe, A. Calhoun et Stanley Macdonald devant le Monument Peter Emberley à Boiestown durant le Festival de la chanson folklorique de Miramichi, le 13 août 1963.

Inconnu
Musée du Nouveau-Brunswick, Saint John
vers 1963
Nouveau-Brunswick, CANADA
1989.108.495
© 2007, Musee du Nouveau-Brunswick, Saint John, NB. Tous droits réservés.


Aucune chanson de bûcherons n’est aussi populaire dans les Maritimes que celle-ci. Elle raconte l’histoire d’un jeune homme, connu sous les noms de Emberley, Amberley, Hembley et Rambelay, qui est mort dans la fleur de l’âge. Né à l’Île-du-Prince-Édouard en 1863, il a quitté son malheureux foyer pour aller bûcher au Nouveau-Brunswick. À l’âge de 18 ou de 19 ans, il a été écrasé par un arbre.

Le jour de son enterrement à Boiestown au Nouveau-Brunswick, la poudrerie rendait les routes impraticables et un laïc a dû présider au service funéraire. C’est ainsi qu’il a été enterré sans service religieux. Sa tombe a été marquée d’une croix en bois où a été inscrite l'annee 1881 et, pendant des années, c’est un résident de Boiestown, un dénommé Henry McCarthy, qui l’a entretenue.

L’incident serait probablement tombé dans l’oubli si John Calhoun n&rsqu Pour en lire plus

Aucune chanson de bûcherons n’est aussi populaire dans les Maritimes que celle-ci. Elle raconte l’histoire d’un jeune homme, connu sous les noms de Emberley, Amberley, Hembley et Rambelay, qui est mort dans la fleur de l’âge. Né à l’Île-du-Prince-Édouard en 1863, il a quitté son malheureux foyer pour aller bûcher au Nouveau-Brunswick. À l’âge de 18 ou de 19 ans, il a été écrasé par un arbre.

Le jour de son enterrement à Boiestown au Nouveau-Brunswick, la poudrerie rendait les routes impraticables et un laïc a dû présider au service funéraire. C’est ainsi qu’il a été enterré sans service religieux. Sa tombe a été marquée d’une croix en bois où a été inscrite l'annee 1881 et, pendant des années, c’est un résident de Boiestown, un dénommé Henry McCarthy, qui l’a entretenue.

L’incident serait probablement tombé dans l’oubli si John Calhoun n’avait composé une chanson qui a réussi si bien à immortaliser la vie du jeune homme, qu’en 1963 le frère et la sœur de Henry McCarthy lui ont faitun monument en marbre. La même année, le curé a chanté une messe et béni la tombe. Mme Manny déposé une couronne à côté du monument d’Emberley à la mémoire de John Calhoun qui est, à ses yeux, un grand poète folklorique. Edward Ives (Université du Maine), qui avait par le passé jeté une poignée de terre rouge de l’Île-du-Prince-Édouard sur la tombe, est venu pour l’occasion de même que Ken Homer qui, pendant dix ans, a été le maître de cérémonie du festival de Miramichi. Alan Mills, un chanteur folklorique de Montréal, a aussi assisté au service.

 Aucun festival ne se termine sans l’interprétation de la chanson et Kelsey Jones s’en est inspiré pour composer une symphonie. 





-Helen Creighton, Folksongs from Southern New Brunswick (Chansons folkloriques du Sud du Nouveau-Brunswick), p. 232 et 233
Centre canadien d’études sur la culture traditionnelle
Musée canadien des civilisations, 1971

© 1971, Musée canadien des civilisations. Tous droits réservés.

Le Crieur de la Dungarvon
par Michael Whelan – le poète de Renous

Bien loin au fond des bois
Là où les arbres toujours verts
Contrastent avec les hêtres et les bouleaux gris,
Là où la neige s’étend blanche et épaisse
et les oiseaux chanteurs semblent dormir
puisqu’on n'entend plus leur chant mélodieux.
Là où l’élan terrible et majestueux,
aux pattes tout à la fois larges et souples,
Se déplace à pas rapides et puissants.
Là où le caribou et le chevreuil
nagent dans les eaux cristallines des ruisseaux,
Et où la Dungarvon terrible et profonde court doucement.
Là où est l’antre de l’ours noir,
Bien au-delà de l’habitat de l’homme,
Et où le rat musqué, le vison et la martre s’ébrouent.
Là où l’écureuil libre et léger
Saute allègrement d’arbre en arbre,
et le joli petit lapin blanc do Pour en lire plus

Le Crieur de la Dungarvon
par Michael Whelan – le poète de Renous

Bien loin au fond des bois
Là où les arbres toujours verts
Contrastent avec les hêtres et les bouleaux gris,
Là où la neige s’étend blanche et épaisse
et les oiseaux chanteurs semblent dormir
puisqu’on n'entend plus leur chant mélodieux.
Là où l’élan terrible et majestueux,
aux pattes tout à la fois larges et souples,
Se déplace à pas rapides et puissants.
Là où le caribou et le chevreuil
nagent dans les eaux cristallines des ruisseaux,
Et où la Dungarvon terrible et profonde court doucement.
Là où est l’antre de l’ours noir,
Bien au-delà de l’habitat de l’homme,
Et où le rat musqué, le vison et la martre s’ébrouent.
Là où l’écureuil libre et léger
Saute allègrement d’arbre en arbre,
et le joli petit lapin blanc dort et rêve.
Là où les sons du labeur résonnent
bien au-delà des étendues gelées,
et de tout ce qu’on trouve dans les bois.
Là où les scies et les haches coupent et abattent,
Et les bûcherons chantent à plein poumon,
Et où la Dungarvon noire et profonde coule lentement.
Dans un camp de bûcherons un jour,
Alors que les travailleurs étaient au loin
Et que le cuisinier et le patron étaient seuls,
Une triste tragédie survint.
La mort gagna un autre combat
Et le jeune cuisinier glissa rapidement dans l’inconnu.
De ce temps depuis longtemps révolu,
Nous vient cette histoire infortune,
Le triste et solennel sujet de ma chanson,
Ce jeune homme qui s’affaissa et mourut,
Encore jeune et fier de sa condition d’homme,
Là où la Dungarvon noire et profonde coule lentement.
Quand les travailleurs revinrent ce soir-là,
Un spectacle funèbre les attendait,
Le jeune cuisinier gisait, silencieux, froid et sans vie,
La mort enchevêtrée dans ses boucles de cheveux,
Se lisait sur son jeune et beau visage,
son sac à dos glissé sous la tête lui servait d’oreiller.
De la ceinture qui lui entourait la taille
Tout son argent lui avait été dérobé,
Et les hommes se mirent à soupçonner quelque chose de terrible.
Était-ce un meurtre froid et prémédité,
qui terrassa le juste jeune homme
Là où la Dungarvon noire et profonde court doucement?
Lorsqu’ils demandèrent au chef du camp pourquoi
Il n’avait alerté personne,
Il se retourna afin de se dissimuler le visage.
« Eh bien, le jeune est tombé si malade,
Et a trépassé si rapidement,
Que je n’ai pas eu le temps de réfléchir », fut sa seule réponse.
Tous avaient la larme à l’oeil,
Tous avaient le coeur brisé,
Et tous avaient un étrange sentiment,
Lorsqu’ils se découvrirent la tête
Pour les funérailles qu’ils lui avaient préparées,
Là où la Dungarvon terrible et profonde court doucement.
Drue tombait la neige,
Et avec tant de rage soufflait le vent,
Que sous quatre pieds de neige la terre fût ensevelie.
Ainsi, le jour de l’enterrement,
Au cimetière lointain,
Il fut impossible d’enterrer le corps.
On érigea donc une tombe, dans la forêt,
Pour y déposer le cuisinier.
Les oiseaux et les bûcherons se turent,
Au moment où les derniers adieux
Furent présentés au jeune défunt solitaire,
Là où la Dungarvon noire et profonde coule lentement.
Lorsque les travailleurs revinrent le soir
Toujours en deuil de leur camarade,
Les ombres de la nuit tombaient derrière la colline.
Pendant cette longue et épouvantable nuit
Tout le camp fut pris de frayeur,
Que de cris et de hurlements lugubres se firent entendre.
Tous les visages devinrent blancs de peur.
«Nous devons quitter ce lieu maudit,
Le camp est désormais habité par les démons,
D’ici le lever du jour
Nous partirons très loin
D’où la noire Dungarvon court doucement.»
À partir de ce jour, ainsi va la légende,
On entendit des sons macabres,
Tout autour de l’endroit où fut érigée la tombe,
Des cris firent palpiter les coeurs,
Des hurlements paralysèrent les plus hardis,
Et terrorisèrent le plus brave des braves.
Jusqu’au jour où, près de la tombe,
L’envoyé de Dieu leva la main,
Et pria pour que ces clameurs ne se prolongent
Pour que ces cris terribles cessent,
Et pour que la paix enfin la région connaisse
Là où la Dungarvon noire et profonde coule lentement.
Depuis ce jour, les clameurs se sont tues
Et la région est soulagée
Des cris, des lamentations et des hurlements d’outre-tombe.
Dans les environs du ruisseau du crieur
Il n’y a plus rien de diabolique,
Et autour de la tombe du crieur, règne le silence le plus pur.
Que cette histoire soit vraie ou fausse,
Je vous l’ai racontée,
Telle que je l’ai entendue toute ma vie.
Je n’ai qu’un souhait : que la querelle prenne fin,
Afin que nous puissions vivre en paix
Là où la Dungarvon noire et profonde coule lentement.


- Louise Manny, Songs of Miramichi, p. 78 à 81
© 1968, Brunswick Press. Tous droits réservés.

Renseignements sur le poète Michael Whelan réunis par Louise Manny dans Songs of Miramichi.

Michael Whelan est né à Renous en 1858 et il est décédé à Chatham en 1937. C'était un homme doué et cultivé qui a « fait l’école » pendant quelques années après quoi, il a été teneur de livres pour une entreprise de sciage. Sa vraie vocation, toutefois, était d’écrire des poèmes, particulièrement de la poésie faisant l’éloge de sa terre natale et des gens qui l’ont habitée. De nombreux vers de sa plume ont été publiés dans les journaux locaux et, plus tard dans sa vie, il a ajouté à ses revenus en vendant des tirés à part sous forme de brochure. Son titre de« poète de Renous » était bien mérité.

Cette chanson qui parle de la rivière Dungarvon et de son fantôme hurleur a été écrite par Michael Whelan, le « poète de Re Pour en lire plus
Renseignements sur le poète Michael Whelan réunis par Louise Manny dans Songs of Miramichi.

Michael Whelan est né à Renous en 1858 et il est décédé à Chatham en 1937. C'était un homme doué et cultivé qui a « fait l’école » pendant quelques années après quoi, il a été teneur de livres pour une entreprise de sciage. Sa vraie vocation, toutefois, était d’écrire des poèmes, particulièrement de la poésie faisant l’éloge de sa terre natale et des gens qui l’ont habitée. De nombreux vers de sa plume ont été publiés dans les journaux locaux et, plus tard dans sa vie, il a ajouté à ses revenus en vendant des tirés à part sous forme de brochure. Son titre de« poète de Renous » était bien mérité.

Cette chanson qui parle de la rivière Dungarvon et de son fantôme hurleur a été écrite par Michael Whelan, le « poète de Renous », pour être chantée sur l’air de Where the Silvery Colorado Sweeps Along. Nicholas Underhill, de Nor’West Bridge, l’a interprétée au Festival de la chanson folklorique de Miramichi de 1961.

La légende du Dungarvon Whooper est fermement implantée dans le folklore de Miramichi. Il s’agit probablement du seul fantôme dans l’histoire ayant eu un train qui portait son nom.

Il existe au moins trois versions de l’histoire, dont celle-ci racontée par Michael Whelan. Il est possible que les horribles cris aient été entendus souvent dans les bois avant le meurtre prétendu du cuisinier et qu'il s’agissait de ceux d’une hulotte ou, peut-être, d’une panthère. Toutefois, l’histoire d’un meurtre fournissait une explication plus satisfaisante, et d’autres bribes du folklore sont venues s’accoler à la légende comme de la limaille attirée par un aimant. Parmi les caractéristiques qu’on lui attribue actuellement, il y aurait des fleurs à floraison continue sur la tombe, un esprit qui se lève en hurlant lorsque la tombe est dérangée, une apparition de type feu follet, tantôt, c’est un son qui charme ceux qui l’entendent et les incite à entrer dans les bois, où ils se perdent, et tantôt, c’est une odeur de bacon frit qui les attire ou un spectre hurleur qui s’approche de plus en plus près de la malheureuse personne qui répond à l’appel des cris. Enfin, dans cette dernière version, le cri perçant est entendu comme s’il se produisait directement au-dessus de la personne qui répond, en plein air, et la personne est trop terrifiée pour y répondre de nouveau.

Quoi qu'il en soit, l’abbé Edward Murdoch, prêtre de la paroisse catholique romaine à Renous a pris la question suffisamment au sérieux pour se rendre à Dungarvon et lire les formules d’exorcisme. On raconte que depuis cette cérémonie, l’esprit malin qui était responsable des horribles bruits ne s’est plus fait entendre. Malgré tout, des gens disent encore qu'ils entendent parfois le Whooper et qu'ils ont peur de visiter la tombe de Whooper Spring.

La rivière Dungarvon est une branche de la rivière Renous à laquelle elle se joint un peu plus haut que Quarryville. Selon une tradition locale (citée par Ganong), pendant une drave, le train de bois est resté accroché en bas de l’embouchure de la rivière et les draveurs se sont mis à danser et à taper du pied avec leurs lourdes bottes en attendant que le bois se remette à flotter. Pendant qu'ils dansaient, un Irlandais corpulent aurait crié « Allez les gars, faisons trembler Dungarvon ». Certains draveurs venaient peut-être de Dungarvon en Irlande. En tout cas, le nom est resté à la rivière. On dit que les « tournants » de la Dungarvon ressemblent aux méandres sinueux de la rivière Irish.

Le train de la compagnie de chemin de fer Canadian Eastern qui circulait entre Fredericton et Newcastle, auquel on avait donné le nom de Whooper, a fait son dernier trajet en 1936.

Il semble qu’un poème de Michael ait été publié pour la première fois dans un journal local, en janvier 1912.

Louise Manny, Songs of Miramichi, p. 81
© 1968, Brunswick Press. Tous droits réservés.

Renseignements sur Michael Whelan réunis par W. D. Hamilton dans Michael Whelan: Folk Poet of Renous River, Collection de poèmes sélectionnés et publiés par Michael O. Nowlan, New Ireland Press, 1990.

Dans une lettre de Lord Beaverbrook à Whelan (n.d.) : 

« Je me souviens très bien de vos poèmes publiés dans l’Union Advocate [Newcastle-Miramichi] quand j’étais jeune, et j’admirais beaucoup votre travail. »  (p. 132)

Dans une lettre de l’Hon. R.B. Bennett, seul premier ministre originaire du Nouveau Brunswick (n.d.) : 

« J’ai lu vos poèmes et vos articles dans le Chatham World [Chatham-Miramichi], toujours avec plaisir. »  (p. 141) 

« Il marchait et faisait de l’autostop partout où il allait, se rappelle une femme. Il n’y avait pas beaucoup d’autos en ce temps-là, dit-elle, donc, il prenait les moyens du bord, y compris une voiture à cheval. » Selon le père Robert Grattan, Pour en lire plus

Renseignements sur Michael Whelan réunis par W. D. Hamilton dans Michael Whelan: Folk Poet of Renous River, Collection de poèmes sélectionnés et publiés par Michael O. Nowlan, New Ireland Press, 1990.

Dans une lettre de Lord Beaverbrook à Whelan (n.d.) : 

« Je me souviens très bien de vos poèmes publiés dans l’Union Advocate [Newcastle-Miramichi] quand j’étais jeune, et j’admirais beaucoup votre travail. »  (p. 132)

Dans une lettre de l’Hon. R.B. Bennett, seul premier ministre originaire du Nouveau Brunswick (n.d.) : 

« J’ai lu vos poèmes et vos articles dans le Chatham World [Chatham-Miramichi], toujours avec plaisir. »  (p. 141) 

« Il marchait et faisait de l’autostop partout où il allait, se rappelle une femme. Il n’y avait pas beaucoup d’autos en ce temps-là, dit-elle, donc, il prenait les moyens du bord, y compris une voiture à cheval. » Selon le père Robert Grattan, Michael a parcouru « la vallée de la Miramichi de long en large » ses « pattes de lapin » enfoncées dans des « caoutchoucs ordinaires » attachés avec de la « ficelle ordinaire ». « Pour ceux qui le connaissaient personnellement, écrit-il, il était le poète aux bottes en caoutchouc qui vendait des copies de ses divers poèmes à quiconque pouvait lui donner dix sous. »

La plupart des descriptions physiques de Michael mettent l’accent sur sa grandeur. Dorothea Cox, d’après les témoignages qu’elle a recueillis auprès de plusieurs personnes qui se souvenaient de lui, le décrit comme « un homme grand et maigre portant une vieille casquette et des pantalons trop courts de plusieurs pouces – dont la longueur avait été mesurée sur un banc de neige, comme disaient les gens. » Joseph Kehoe, qui l’a une fois conduit en taxi de Grainfield à Blackville avec son cheval et sa calèche, a dit que « Mick mesurait environ six pieds sept pouces et était bel homme ». Un autre homme a dit que Michael « mesurait trois manches de hache de hauteur et était aussi ‘prime’ qu’un piège à ressort. »

Plus tard dans sa vie, Michael a vécu dans la région de Newcastle-Chatham, séparé de sa famille et de son milieu communautaire. De toute évidence, du moins dans sa vieillesse, Michael avait peu d’amis véritables ou d’êtres chers, sinon aucun, parmi ses nombreuses connaissances dans la région de Miramichi, et quand il est devenu incapable de subvenir à ses besoins, il a dû entrer à l’hospice (ou asile pour les pauvres) à Chatham où il est décédé le 10 mai 1937. Le North Shore Leader [Newcastle-Miramichi] du 21 mai publiait la notice nécrologique suivante [traduction] :

"Michael Whalen (sic), poète bien connu de la région de Miramichi, s’est éteint à Chatham le lundi 10 mai à l’âge avancé de soixante-dix-neuf ans. Le défunt, né à Renous River, était le fils de William et Mary (Carey) Whalen, originaires d’Irlande. Il était le dernier membre de sa famille. Il était connu dans toute la région de Miramichi pour sa poésie faisant l’éloge des beautés de la rivière Miramichi et du district de Renous. La vie a été un dur combat pour M. Whalen, car les aspirations poétiques ne produisent pas beaucoup d’argent liquide, et il a sans doute connu bien des jours difficiles, mais il était toujours de bonne humeur et reconnaissant envers ceux qui lui étaient gentils. Il était très cultivé et avait un brin de bel esprit irlandais, et sa capacité de soutenir une conversation était grande. Les funérailles ont eu lieu à la cathédrale St. Michael où une messe de requiem a été célébrée par le révérend Pichette. Il a été enterré au cimetière St. Michael."

L’auteur de l’article nécrologique a évité de mentionner le fait que le défunt était mort à l’asile des pauvres et que sa dépouille avait été mise dans une fosse commune.  (p. 141 et 142)

Cela se voit dans ses écrits que Michael a vécu un fort sentiment de perte à la mort de ses parents et au départ de nombreux autres membres de sa famille [aux États-Unis], mais il appert qu'une grande part du chagrin et de la tristesse exprimés dans les premiers ouvrages de Michael a été causée par la mort de Margaret Singleton, avec qui, selon les ouï-dire, il avait été en amour. Cet évènement aurait soi-disant fixé la destinée de Michael sur la voie du célibat, à laquelle il n’a pas dérogé de sa vie, et marqué aussi le début de son affection bien connue pour la bouteille. « Michael n’avait jamais bu avant ça, déclare un informateur, et il n’a jamais arrêté après. » Le père Grattan déclarait, avec une touche d’humour irlandais, que Michael était devenu dépendant d’ « A drop of the Creature [which he] often ingested as medicine to warm the blood of the weary traveller. » [une goutte de la créature [qu'il a] souvent ingurgitée comme médicament pour réchauffer le sang du voyageur fatigué.] Dans ses écrits, Michael ne révèle rien de son habitude de boire de l’alcool ni de son histoire d’amour tragique dont on dit quelle aurait changé le cours de sa vie. (p. 132)

Durant toute sa vie, Michael a été un poète folklorique apprécié, et cinquante ans après sa mort, il reste un héros, autant dans la tradition folklorique de la région de Miramichi que dans la tradition catholique irlandaise de la province. (p. 143)

Même si on ne connaît pas l’emplacement exact où Michael Whelan est enterré dans le cimetière St. Michael, à Chatham [maintenant fusionnée à la ville de Miramichi], un groupe de citoyens concernés a réuni des fonds pour une pierre tombale « en témoignage de respect et d’appréciation de ce vrai poète de Renous et de l’ensemble de la région de Miramichi. » En 1981, une pierre commémorative a été érigée dans le cimetière St. Michael en l’honneur de Michael Whelan.





© 1987, W.D. Hamilton, Mi'kmaq-Maliseet Institute, UNB. Tous droits réservés.

LE CHALAND DE LA RIVIÈRE COWDEN

Mon nom est Larry Gorman,
pour les ouvriers, je suis sans danger,
nul besoin de vous alarmer,
car de moi, on vous a déjà parlé.
Je peux faire une chanson et la chanter,
je sais aussi bien la tourner,
et le titre que je lui donnerai
est Le chaland de la rivière Cowden.

Je me suis fait bien des ennemis
Et malgré tout, rien ne m'empêche
de circuler librement,
et cela les remplit d'amertume,
Car ils préféreraient m'abattre,
M'accuser ou me faire un procès
Mais ils me saluent gentiment
autour du chaland de la rivière Cowden.

Il y avait des hommes, d'un peu partout
de différentes races,
avec des visages pâles ou noirauds,
je ne peux pas tous les nommer;
Des hommes de l'île ou de Rustigoushe,
de Nashwaak et de Pugmoushe,
tous ici rassemblés
autour du chaland de la rivière Cowden.

Il y avait des hommes d'Arromocta,
d'autres de Roushebucta,
ou de Frede Pour en lire plus
LE CHALAND DE LA RIVIÈRE COWDEN

Mon nom est Larry Gorman,
pour les ouvriers, je suis sans danger,
nul besoin de vous alarmer,
car de moi, on vous a déjà parlé.
Je peux faire une chanson et la chanter,
je sais aussi bien la tourner,
et le titre que je lui donnerai
est Le chaland de la rivière Cowden.

Je me suis fait bien des ennemis
Et malgré tout, rien ne m'empêche
de circuler librement,
et cela les remplit d'amertume,
Car ils préféreraient m'abattre,
M'accuser ou me faire un procès
Mais ils me saluent gentiment
autour du chaland de la rivière Cowden.

Il y avait des hommes, d'un peu partout
de différentes races,
avec des visages pâles ou noirauds,
je ne peux pas tous les nommer;
Des hommes de l'île ou de Rustigoushe,
de Nashwaak et de Pugmoushe,
tous ici rassemblés
autour du chaland de la rivière Cowden.

Il y avait des hommes d'Arromocta,
d'autres de Roushebucta,
ou de Fredericton et de Bathurst
et les MacDonald de Bras d'Or,
des débardeurs, des voyageurs,
des coureurs et des voleurs,
tous de simples journaliers
autour du chaland de la rivière Cowden.

Il y avait les frères Joyce, deux jeunots,
produisant avec leurs voix désincarnées,
des sons si particuliers
jusqu'à en devenir tout enroués.
Un loup ou un Indien
auraient été bien plus polis
que ces incultes voyous
autour du chaland de la rivière Cowden.

Il y avait la veuve Winnie,
elle vendait de la bière et des babioles,
pour soutirer aux pauvres quelques sous
elle vendait des pommes à la douzaine.
Elle vendait du whiskey, du gin et de la bière maison,
à la fois porter brune, blonde et cidre,
qui les faisaient s'étouffer et tituber
autour du chaland de la rivière Cowden.

Dan Brown et Bill Boggy
ont bu un soir jusqu'à en être très étourdis,
la nuit était noire et brumeuse,
et nous avons entendu un grand vacarme.
Ils étaient à moitié saouls
et pas mal agités
ils ont fait peur à tous les ouvriers
autour du chaland de la rivière Cowden.

Dan Brown, quand il s'y met,
est un drôle de pistolet.
Il fait ses plans et réfléchit
pour réussir à se retrouver chez Edie.
Oh, il boit de la bière et du whiskey
pour se sentir plein d'esprit,
avant de devenir carrément effronté
au chaland de la rivière Cowden.

Dan Brown chante magnifiquement,
et sait faire tourner sa belle en dansant,
Il lui fait des promesses
de billets de banque tout neufs ou même davantage;
Oh, elle rit et fait de l'esprit
lorsqu'elle sait qu'il a le portefeuille bien garni,
Elle l'appelle son petit chéri,
du chaland de la rivière Cowden.

The True Lover's Discussion
est de nouveau la chanson à la mode;
Elle murmure doucement
alors qu'il reprend sans fin le chant.
Sa voix est si mélodieuse
Que les dames chantent en chœur
Et l'écho de leurs voix emplit tout l'air
autour du chaland de la rivière Cowden.

Dan Brown et Johnny Layton
aiment bien fréquenter les dames
Ils sortent le dimanche
avec Mlle Vickers et Kate Poor.
C'est juste un petit aperçu
Car ils veulent inviter tous les ouvriers
Vous êtes tous les bienvenus
autour du chaland de la rivière Cowden.

Certains gars dépensent pas mal d'argent
en chemises fines et en collets empesés,
ainsi qu'en flacons de whiskey
jusqu'à ce que la bagarre éclate et que tout soit détruit.
Oh, ils se battent et se chamaillent,
et en sortent sérieusement estropiés,
ce sont les vrais durs à cuire
du chaland de la rivière Cowden.

Oh, certains courent les jupons,
d'autres préfèrent les sports,
Ils vont à la foire
revoir les scènes d'un passé révolu.
Cela ne m'amuse aucunement,
Je me contente de m'asseoir confortablement,
pour les observer jour après jour
du chaland de la rivière Cowden.

Ainsi se termine ma chanson,
j'espère n'avoir insulté personne,
Ce n'était nullement mon intention.
Et j'implore votre pardon,
Vous, humbles et doux à l'esprit fin,
Ayez pitié de moi
Et joignez-vous à ma petite chanson
du chaland de la rivière Cowden.

(deux dernières lignes récitées)

- Louise Manny, Songs of Miramichi, p. 171 à 174
© 1968, Brunswick Press. Tous droits réservés.

GORMAN, LAWRENCE, ouvrier et chansonnier, né le 10 juillet 1846 à Trout River (Tyne Valley, Île-du-Prince-Édouard), fils de Thomas Gorman et d’Ann Donahue ; le 5 novembre 1891, il a épousé à Ellsworth au Maine, Mary Mahoney, née O’Neal (décédée en 1896), puis le 7 septembre 1897, à Bangor au Maine, Julia Lynch (décédée en 1928) ; aucun enfant n'est né de ces mariages ; décédé le 31 août 1917 à Brewer au Maine et inhumé au cimetière Mount Pleasant à Bangor.

Fils d’immigrants irlandais établis dans un milieu fondamentalement anglais, Lawrence Gorman n'a pas reçu pas plus d’instruction que n’en donnaient à l’époque les écoles publiques et il a grandi en faisant divers métiers – garçon de ferme, pêcheur et bûcheron saisonnier en dehors de l’île. Ses déplacements l'ont mené d’abord dans la région de la Miramichi au Nouveau-Brunswi Pour en lire plus
GORMAN, LAWRENCE, ouvrier et chansonnier, né le 10 juillet 1846 à Trout River (Tyne Valley, Île-du-Prince-Édouard), fils de Thomas Gorman et d’Ann Donahue ; le 5 novembre 1891, il a épousé à Ellsworth au Maine, Mary Mahoney, née O’Neal (décédée en 1896), puis le 7 septembre 1897, à Bangor au Maine, Julia Lynch (décédée en 1928) ; aucun enfant n'est né de ces mariages ; décédé le 31 août 1917 à Brewer au Maine et inhumé au cimetière Mount Pleasant à Bangor.

Fils d’immigrants irlandais établis dans un milieu fondamentalement anglais, Lawrence Gorman n'a pas reçu pas plus d’instruction que n’en donnaient à l’époque les écoles publiques et il a grandi en faisant divers métiers – garçon de ferme, pêcheur et bûcheron saisonnier en dehors de l’île. Ses déplacements l'ont mené d’abord dans la région de la Miramichi au Nouveau-Brunswick, puis au Maine à compter de 1885 environ. Au Maine, il a vécu d’abord à Ellsworth en travaillant dans les forêts et en tant que draveur le long de la rivière Union. Puis, vers 1900, il s’est installé à Brewer (probablement parce que sa femme voulait se rapprocher de sa famille à Bangor), où il a travaillé tant dans les camps de bûcherons de la Penobscot que dans les scieries et les usines de pâte à papier au sud de Brewer.

Comme Lawrence Doyle, lui aussi de l’Île-du-Prince-Édouard, Gorman était connu pour ses chansons. Toutefois, tandis que Doyle versait dans un humour plutôt bon enfant, Gorman privilégiait l’invective, autant sous forme de satires sur des thèmes généraux, telles la richesse ou la morale, que sous forme d’insultes haineuses contre ceux qui, selon lui, lui avaient infligé quelque affront. Un couplet de Barren town, qu’il a composé au Nouveau-Brunswick « pour livrer le fond de [sa] pensée sur les femmes », donne une bonne idée de ses chansons satiriques :

Alors elles se marient, si elles le peuvent
Et tiennent la maison ;
Puis, tout à coup, les voilà qui mènent grand train,
Qu’elles en aient les moyens ou pas.
Tout ça parce qu’elles ne savent pas faire des gâteaux –
Leurs tartes sont bien drôles à voir –
C’est la faute à la farine, jurent-elles,
Si la pâte ne lève pas.

Quant aux attaques personnelles (sa marque de commerce), on en trouve un exemple dans un couplet de The gull decoy, chanson qu’il a composée à l’Île-du-Prince-Édouard à propos d’un fourbe qui, dit-on, l’avait privé de son juste salaire :

Mon frère aîné, je l’ai maltraité,
Maltraité jusqu’à ce qu’il s’enfuie,
Tout ça à cause de celle qu’il a mariée, Et je lui en voulais encore.
Une nuit, au cimetière je suis allé
Et j’ai déterré la tombe de son enfant.

Gorman était connu comme « l’homme qui fait les chansons ». Il avait choisi ce surnom et l'a popularisé en l’intégrant à une bonne partie de ses textes. On raconte que les gens avaient peur de lui ; il n’est pas difficile de croire que sa présence dans un camp ou une localité suscitait de l’appréhension. Il a bien saisi cette attitude dans la chanson The scow on Cowden shore, galerie de portraits satiriques des hommes qui triaient le bois sur la rivière Miramichi :

Des ennemis, j’en ai des tas y en a pas un que j’connais pas
Alors j’vais les voir là-bas et ils en sont très mécontents ;
Oh je sais qu’ils pourraient me tuer, me poursuivre ou m’accuser
Mais je les vois me saluer sur la rive de Cowden, près du chaland.

La tradition de la chanson satirique a été forte parmi la classe ouvrière, non seulement au Canada et aux États-Unis, mais aussi dans les îles britanniques. Étant donné que chansons de ce genre portent sur des personnes et des événements précis, elles sont généralement éphémères. C’est leur composition elle-même – leurs auteurs, les motifs de leur création, leurs modèles, leurs effets et ainsi de suite – qui doit intéresser les folkloristes et autres spécialistes de l’histoire sociale. Lawrence Gorman est important dans ce genre d’étude car il incarne le processus tout entier. On doit cependant émettre une réserve : c’était un être si susceptible que la portée sociale de ses chansons s’en trouve quelque peu réduite. Par contre, la carrière de cet homme solitaire et revêche peut servir d’antidote à des généralisations sur « le peuple » ou « l’art populaire ».

Edward D. Ives





Dictionnaire biographique du Canada 

On peut trouver de l’information plus détaillée dans notre ouvrage par Edward D. Ives intitulé Larry Gorman : The man who made the songs (Bloomington, Ind., 1964 ; réimpr., New York, 1977, et Fredericton, 1993). 


Dictionnaire biographique du Canada

LE FEU DE LA MIRAMICHI
de John Jardine

Permettez-moi de vous raconter la vérité
Car mes yeux furent en partie témoins
De ce qui arriva aux gens
Des rives de la Miramichi.

Le septième soir d'octobre,
Mille huit cent vingt-cinq,
Deux cents personnes périrent par le feu;
Un châtiment s'abattit sur les survivants.

Certains affirmèrent que cette calamité
Était causée par les péchés
Qui s'étaient élevés jusqu'à Jéhovah,
Il ne voulait ni les voir ni les excuser.

Pour détruire les demeures des pécheurs
Et mettre le pays à sang,
Il lança en trombe un feu
Depuis cette région sauvage qui s'élève.

C'est d'abord au nord-ouest qu'il frappa,
Vingt-deux hommes moururent là-bas
Lorsqu'il balaya les prés,
Pour filer jusqu'à Newcastle.

Comme les gens étaient endormis,
Le feu assaillit leur patelin,
Malgré sa Pour en lire plus
LE FEU DE LA MIRAMICHI
de John Jardine

Permettez-moi de vous raconter la vérité
Car mes yeux furent en partie témoins
De ce qui arriva aux gens
Des rives de la Miramichi.

Le septième soir d'octobre,
Mille huit cent vingt-cinq,
Deux cents personnes périrent par le feu;
Un châtiment s'abattit sur les survivants.

Certains affirmèrent que cette calamité
Était causée par les péchés
Qui s'étaient élevés jusqu'à Jéhovah,
Il ne voulait ni les voir ni les excuser.

Pour détruire les demeures des pécheurs
Et mettre le pays à sang,
Il lança en trombe un feu
Depuis cette région sauvage qui s'élève.

C'est d'abord au nord-ouest qu'il frappa,
Vingt-deux hommes moururent là-bas
Lorsqu'il balaya les prés,
Pour filer jusqu'à Newcastle.

Comme les gens étaient endormis,
Le feu assaillit leur patelin,
Malgré sa beauté et son charme,
Le village fut réduit en poussière.

Le feu y brûla trois navires en construction,
Et deux autres qui mouillaient l'ancre,
Bon nombre de ceux qui virent le feu,
Crurent que le jour du jugement était arrivé.

Douze autres hommes furent brûlés
Aux quatre coins du village;
Vingt-cinq moururent sur l'eau
Dans un chaland, ils chavirèrent et se noyèrent.

Une famille en aval de Newcastle
Fut anéantie avec le reste,
Père, mère et trois enfants,
Sans oublier un nourrisson.

Treize familles habitaient
Tout juste derrière chez Gretna Green,
Elles périrent toutes par le feu,
On ne vit qu'un seul survivant.

Il franchit ensuite Black River,
Où il en brûla soixante autres;
Il se frayait un chemin avec violence
Jusqu'à ce qu'il atteignit le rivage saumâtre.

Quarante-deux milles sur cent
Voilà l'étendue de ce feu;
Tout cela en huit heures,
Pas plus de dix.

J'ai survolé ces événements,
Je vais maintenant les personnaliser,
Et parler de certaines de mes connaissances,
Avec lesquelles j'étais intime.

Une femme fut conduite à la rivière,
Où elle se tint, mouillée et gelée,
Malgré sa maladie récente,
Elle avait un bébé de seulement trois jours.

Six jeunes hommes intelligents et actifs,
S'en allèrent travailler dans le nord-ouest,
Où ils virent le feu s'approcher,
Pour s'en sauver firent de leur mieux.

À environ deux milles de leur campement
On les trouva tous,
Mais pour décrire leur aspect pitoyable,
Les mots font défaut.

La vision de ces jeunes hommes dans la force de l'âge,
Étendus, sans vie, sur le sol,
Et de leurs frères endeuillés,
Propagea un sentiment d'horreur parmi l'assemblée.

Puis nous creusâmes une tombe et enterrâmes
Ceux que le feu avait dévorés;
Et chacun de nous, les vivants,
Retournâmes chez nous.

J'ai entendu les lamentations, les cris et les gémissements,
Vu les larmes tomber;
Ce souvenir, en moi, ne s'effacera jamais,
Même si je devais vivre cent ans.

Les sœurs qui pleurent leurs frères,
Le père qui regrette son fils,
La mère, accablée par un chagrin douloureux et sincère,
Qui s'écrie « Je suis perdue! »

Le feu tua les animaux sauvages de la forêt,
Aussi de nombreux poissons dans la rivière.
Un pareil désastre,
Je ne souhaite point revoir.

Quelques jours après l'incendie, John Jardine de Black River a fait le récit en vers du Grand Feu. Chantée lentement, à la manière d'une mélopée, cette complainte est toujours bien connue à Miramichi.

- Louise Manny, Songs of Miramichi, p. 145 à 148


© 1968, Brunswick Press. Tous droits réservés.

Ce qui reste d'un arbre qui aurait brûlé durant l'incendie de Miramichi en 1825.

L'un des deux arbres brûlés qui restent du grand incendie de Miramichi en 1825, mis en montre au Musée des bûcherons du centre du Nouveau-Brunswick à Boiestown.

Musée des bûcherons du centre du Nouveau-Brunswick
vers 1825
Nouveau-Brunswick, CANADA
© 2007, Musée des bûcherons du centre du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.


OÙ VAS-TU, MON PETIT GARÇON?

1. Où vas-tu, mon petit garçon? Où vas-tu, mon petit garçon?
Je m’en viens, tu t’en vas, nous passons.
-Je m’en vais droit à l’école,
Apprendre la parole de Dieu,
Disait ça un enfant de sept ans.

2. Qu’est-c'que plus haut que les arbr’s? (bis)
Je m’en viens, tu t’en vas, nous passons.
-Le ciel est plus haut que l’arbr’,
Le soleil au firmament.
Disait ça un enfant de sept ans.

3. - Qu’est-c’qu’est plus creux que la mer? (bis)
- L’enfer est cent fois plus creux,
L’enfer aux feux éternels,

4. - Qu’est-c’qui pousse sur nos terr’s? (bis)
- Les avoines et les blés d’or,
Les châtaignes et les poiriers,

5. - Que f’ras-tu quand tu s’ras grand? (bis)
- Je cultiverai les champs,
Nourrirai femme et enfant,



OÙ VAS-TU, MON PETIT GARÇON?

1. Où vas-tu, mon petit garçon? Où vas-tu, mon petit garçon?
Je m’en viens, tu t’en vas, nous passons.
-Je m’en vais droit à l’école,
Apprendre la parole de Dieu,
Disait ça un enfant de sept ans.

2. Qu’est-c'que plus haut que les arbr’s? (bis)
Je m’en viens, tu t’en vas, nous passons.
-Le ciel est plus haut que l’arbr’,
Le soleil au firmament.
Disait ça un enfant de sept ans.

3. - Qu’est-c’qu’est plus creux que la mer? (bis)
- L’enfer est cent fois plus creux,
L’enfer aux feux éternels,

4. - Qu’est-c’qui pousse sur nos terr’s? (bis)
- Les avoines et les blés d’or,
Les châtaignes et les poiriers,

5. - Que f’ras-tu quand tu s’ras grand? (bis)
- Je cultiverai les champs,
Nourrirai femme et enfant,


Naturellement, le folklore acadien et le folklore québécois se ressemblent à bien des égards, mais ils ont aussi chacun leurs propres caractéristiques. La chanson « Où vas-tu, mon petit garçon? » a été présentée à M. Barbeau en 1924 par le père Pierre Arsenault, qui l’a apprise de sa mère. Il s’agit d’une ancienne balade connue en anglais sous le nom « The False Knight Upon the Road (Child 3) ». Le fait qu’elle soit unique au Canada laisse supposer que les Acadiens l’auraient traduite dans leur propre langue après l’avoir entendue chantée par leurs voisins écossais.


Fowke, Edith. Folklore of Canada, McClelland & Stewart, 1976, p. 70 à 73

© 1976, McClelland & Stewart. Tous droits réservés.

LE SERGENT

1. « Mon papa si vous me battez, oui, j’irai m’engager
Abord des Bostonais batter contre l’Anglais. » 
À Boston il s’en est allé: « How many men fired away? »
« voulez-vous m’engager pour un sergent guerrier? »

2. « Oui, nous t’engagerons, si tu u veux fair’ le bon garçon,
Nous irons t’y mener à la têt’ de l’armée. »
Le sabre à son côté et le pistolet à la main,
François marchait devant comme un vaillant sergent.

3. Dès la première volée, les mâchoir’s lui ont fêlé
François tomba en bas; on s’écria: « Hourra! »
Mais il s’est relevé: «How many men fired away? »
« Il n’faut pas s’arrêter pour un sergent blessé. »

4. François se lamenta à son cher et bon papa
Qu’il avait été blessé Pour en lire plus
LE SERGENT

1. « Mon papa si vous me battez, oui, j’irai m’engager
Abord des Bostonais batter contre l’Anglais. » 
À Boston il s’en est allé: « How many men fired away? »
« voulez-vous m’engager pour un sergent guerrier? »

2. « Oui, nous t’engagerons, si tu u veux fair’ le bon garçon,
Nous irons t’y mener à la têt’ de l’armée. »
Le sabre à son côté et le pistolet à la main,
François marchait devant comme un vaillant sergent.

3. Dès la première volée, les mâchoir’s lui ont fêlé
François tomba en bas; on s’écria: « Hourra! »
Mais il s’est relevé: «How many men fired away? »
« Il n’faut pas s’arrêter pour un sergent blessé. »

4. François se lamenta à son cher et bon papa
Qu’il avait été blessé par un coup d’grenadier.
« Je n’té l’avais-t’y pas bien dit qu’tu périrais par le fusil! 
À présent t’y voilà, ramass’ – toi comm’tu pourras! »




« Le Sergeant » a évidemment été écrite pendant la Révolution américaine. Les Canadiens français ont choisi de demeurer sous l’autorité britannique car l’Acte de Québec (1774) leur garantissait la liberté de pratiquer leur religion et le droit civil français. Or, quelques mécontents se sont rendus dans le Sud pour joindre les rangs de l’armée de Washington et se battre contre leur ennemi ancestral. La plupart des Canadiens français considéraient cela comme une bêtise et c’est ce point de vue que l’on entend dans cette petite chanson au sujet d’un jeune homme qui décide, contre le gré de son père, de partir à Boston pour se battre contre les Anglais. Il se fait blesser au combat, et, à son retour à la maison, son père lui dit « Je n’te l’avais t’y pas bien dit ».

Fowke, Edith. Folklore of Canada, McClelland & Stewart, 1976, p. 71, 74 et 75.

© 1976, McClelland & Stewart. Tous droits réservés.

Objectifs d'apprentissage

Les apprenants comprendront les origines et les pionniers de la musique folklorique particulière au Nouveau-Brunswick.


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