Louise Manny enregistre le chanteur folklorique Wilmot Macdonald.

Louise Manny, avec l'aide de Bessie Crocker, enregistre le chanteur folklorique Wilmot Macdonald.

Richard H. Smith
Louise Manny, Susan Butler
vers 1953
Nouveau-Brunswick, CANADA
© 2007, Susan Butler Collection. Tous droits réservés.


La jolie Susan, chantée par Angelo Dornan, a été enregistrée au Festival de la chanson folklorique de Miramichi en 1959.

LA JOLIE SUSAN

Chanson interprétée en 1959 par Angelo Dornan d’Elgin dans le comté d’Albert au Festival de la chanson folklorique de Mirachimi

Quand du large je suis arrivé, j’avais le goût d’errer,
Je suis parti bien résolu à trouver l’amour de ma vie.
Je fis la rencontre de la jolie Susan aux pommettes roses,
À la peau belle comme les lis, les gloires du matin,
À la peau belle comme les lis, les gloires du matin.

Oh, je l’ai courtisée longuement, mais j’ai perdu mon temps
Comme j’étais pauvre, son amour en mépris se transforma,
Elle me dit : « J’ai un autre prétendant plus fortuné,
Alors, laisse la jolie Susan, la fierté de Kildare,
Alors, laisse la jolie Susan, la fierté de Kildare. »

Le lendemain matin, je déambulais le coeur brisé,
Quand j’aperçus la jolie Susan avec un gai jeune homme,
En passant près d’elle le coeur plein de tendresse,
J’ai soupiré pour la jolie Susan, la fierté de Kildare,
J’ai soupiré pour la jolie Susan, la fierté de Kildare.

Une autre fois sur l’océan, il me faut donc partir,
Je pars pour l’Orient le coeur plein de tristesse.
Là-bas, je verrai de jolies filles parées de bijoux précieux,
Mais aucune n’égalera la jolie Susan, la fierté de Kildare,
Mais aucune n’égalera la jolie Susan, la fierté de Kildare.

(Un dernier couplet qu’Angelo Dornan a omis au festival a été recueilli par Helen Creighton en 1954. M. Dornan a appris la chanson de son père qui l’avait lui-même apprise de son oncle.)

Et je dois désormais faire mes adieux à mon pays natal,
Les vertes collines d’Erin, je ne dévalerai plus,
Et quand je serai au loin, accablé par le labeur,
Je rêverai de la jolie Susan, la fierté de Kildare,
Je rêverai de la jolie Susan, la fierté de Kildare.


Paroles anglaises tirées de Songs of the Miramichi, Louise Manny, 1968, p. 279 et 280.


Inconnu
Angelo Dornan
vers 1959
© 1962, Folkways Records & Service Corp., Tous droits réservés.


Le Moine, chantée par Allan Kelly, a été enregistrée au Festival de la chanson folklorique de Miramichi en 1959.

CHANSON DU MOINE

Cette chanson énumérative raconte une mésaventure humoristique. La chanson est bien répandue au Canada, son rythme enlevant et ses paroles comiques lui ayant assuré sa popularité. Il arrive quelques fois dans les chansons humoristiques que l’on se moque soit d’un curé ou d’un moine: tel est le cas ici.

Le refrain de la version reproduite ici semble imiter un parler amérindien, ce qui est souvent le cas dans les refrains composés par les Acadiens.


J’ai trouvé la belle sur son lit qu’elle pleurait:
“Qu’avez-vous donc, la belle, qu’on vous entend au long
Tir la lire
Qu’on vous entend de ouiche tant ouiche
Qu’on vous entend de ouiche tant bais
Qu’on vous entend pleurer? (ter)

J’ai sept vaches à tirer et j’ai grand mal au long
Tir la lire
Et j’ai grand mal au ouiche tant ouiche
Et j’ai grand mal au ouiche tant bais
Et j’ai grand mal aux doigts.

Que donneriez-vous, belle, qu’on vous les tire au long
Tir la lire
Qu’on vous les tire au ouiche tant ouiche
Qu’on vous les tire au ouiche tant bais
Qu’on vous les tirerait?

Un doux baiser sur la joue et l’autre sur le long
Tire la lire
Et l’autre sur le ouiche tant ouiche
Et l’autre sur la ouiche tant bais
Deux s’il le fallait.”

Le moine a pris les pots, aussi les pintes au long
Tire la lire
Aussi les pots au ouiche tant ouiche
Aussi les pintes au ouiche tant bais
Aussi les pots au lait.

“So, so, so, so Rougette, que j’hale de ton long
Tir la lire
Que j’hale de ton ouiche tant ouiche
Que j’hale de ton ouiche tant bais
Que j’hale de ton lait.

La vache était guinguette, elle a donné une kicque au moine
Tir la lire
Le dos dans le ouiche tant ouiche
Le dos dans le ouiche tant bais
Le dos dans la fosse.

Son habit qui était noir, elle était blanche de long
Tir la lire
Elle était blanche de ouiche tant ouiche
Elle était blanche de ouiche tant bais
Elle était blanche de lait.

Le moine a fait serment jamais d’autre au long
Tir la lire
Jamais d’autre vache de ouiche tant ouiche
Jamais d’autre vache de ouiche tant bais
Jamais d’autre vache qu’il tirerait.

- Helen Creighton, La Fleur du Rosier, p. 170 et 171
Disque: Folk Songs of the Miramichi, Folkways, FM-4053

Inconnu
Allan Kelly, Helen Creighton, Ronald Labelle
vers 1959
Nouveau-Brunswick, CANADA
© 1962, Folkways Records and Service Corp.,Tous droits réservés.


Roger le meunier, chantée par Stanley Macdonald, a été enregistrée au Festival de la chanson folklorique de Miramichi

ROGER LE MEUNIER

(Chanson interprétée en 1958, 1961, 1962 et 1963 par Stanley MacDonald de Black River Bridge au Festival de la chanson folklorique de Miramichi.)

Cette chanson est très populaire dans les colonies d’Amérique sous le titre de Tid the Grey Mare ou Johnny the Miller. On dit qu’elle vient de l’Ouest de l’Angleterre, mais il est probable que c’est de l’Écosse qu’elle est arrivée à Miramichi. Selon Alan Mills, la version de Stanley MacDonald est l’une des plus complètes en Amérique du Nord.



Roger le meunier s’amouracha récemment,
De la jeune fille du fermier, la belle Kate.
Elle était fortunée, avait du linge fin et de belles bagues,
Elle possédait cinq cents beaux objets,
Elle avait de beaux rubans et de belles robes,
Elle était fortunée,
Elle était fortunée,
Oui, elle avait cinq cents livres.

Oh, le mariage étant organisé, le souper préparé,
Oh, quelle belle fortune que cinq cents livres,
Le jeune Roger prit la parole : « Je jure et déclare,
Que bien que votre fille soit belle et charmante,
Je ne la prendrai pas, je jure et déclare,
Que je ne prendrai pas votre fille,
Que je ne prendrai pas votre fille,
Sans la jument grise. »

Oh, le père prit à son tour la parole, dressé tel un coursier,
« À vrai dire, j’ai pensé que vous épouseriez ma fille,
Mais comme je connais désormais vos motifs véritables,
Dans mes poches de nouveau mon argent ira,
Vous n’aurez pas ma fille, je jure et déclare,
Que vous n’aurez pas ma fille,
Que vous n’aurez pas ma fille,
Non plus que la jument grise.

Oh, l’argent fut rempoché, il disparut,
Ainsi que Miss Katie, son amour et son bonheur,
Et c’est à coups de pied que Roger le mécréant sortit de la maison,
Et on le somma de retourner d’où il venait et de ne plus revenir;
Il s’en fut donc en se tirant les cheveux, longs et blonds,
En souhaitant n’avoir jamais,
En souhaitant n’avoir jamais,
Parlé de la jument grise.

Oh, les années passèrent jusqu’au jour où sur son chemin,
Oh, par hasard qui rencontra-t-il… sa Katie !
« Bonjour mademoiselle Katie, savez-vous qui je suis? »
« Bien sûr monsieur, dit-elle, je vous ai déjà vu,
Vous ou quelqu’un qui vous ressemble avec de longs cheveux blonds,
Qui est déjà venu courtiser,
Qui est déjà venu courtiser,
La jument grise de mon père. »

“Oh, en vérité, Miss Katie, c’est bien de votre faute,
C’était pour vous que j’étais venu,
Comment aurais-je pu savoir que votre père hésiterait,
À me donner sa jument grise en guise de butin,
Avant de laisser partir le soleil de ses jours,
Je suis vraiment désolé,
Je suis vraiment désolé,
De ce que j’ai fait. »

« Oh, vos problèmes, dit Katie, je m’en balance,
Il y en a bien d’autres dans cette ville,
Vous pensiez qu’un homme serait si pressé
De marier sa fille qu’il donnerait sa jument,
Vous l’avez payé cher cette jument,
Alors, adieu Roger,
Alors, adieu Roger,
Allez pleurer votre Kate. »
(Les derniers quatre mots sont parlés)

Paroles anglaises tirées de Songs of the Miramichi, Louise Manny, 1968, p. 281 et 282.


Inconnu
Stanley Macdonald
vers 1959
Nouveau-Brunswick, CANADA
© 1962, Folkways Records & Service Corp. Tous droits réservés.


LA CHANSON D’UN BÛCHERON

Vous savez tous, mes bons amis qui vivez à votre aise,
J’ m’en vas vous chanter z-un récit de nos plus grand’ misères.
Il faut monter dans ces chantiers en quittant tout ce qui nous est cher
Pour s’en aller dans l’bois comme des loups pendant des longs hivers.

Vous savez tous, mes bons amis, dans ces chantiers qu' il faut travailler sans cesse;
Faut travailler l’jour d’ la Toussaint, aussi les autres fêtes.
Le jour de l’An pareillement, notre maître le réclame.
Si Dieu n’ prend pas pitié de moi, je crains pour ma pauvre âme.

Il faut z-aussi qu’on lave nos hardes pour pas que les poux nous mangent.
Considérez, mes nons amis, car c’est une vie étrange,
De devoir laver son butin le saint jour du dimanche.
Oh! J’ai fini; c’est ma chanson, quand bien même que c’est dimanche. 

À présent que ma chanson est chantée, passez-moi la bouteille.
Que j Pour en lire plus
LA CHANSON D’UN BÛCHERON

Vous savez tous, mes bons amis qui vivez à votre aise,
J’ m’en vas vous chanter z-un récit de nos plus grand’ misères.
Il faut monter dans ces chantiers en quittant tout ce qui nous est cher
Pour s’en aller dans l’bois comme des loups pendant des longs hivers.

Vous savez tous, mes bons amis, dans ces chantiers qu' il faut travailler sans cesse;
Faut travailler l’jour d’ la Toussaint, aussi les autres fêtes.
Le jour de l’An pareillement, notre maître le réclame.
Si Dieu n’ prend pas pitié de moi, je crains pour ma pauvre âme.

Il faut z-aussi qu’on lave nos hardes pour pas que les poux nous mangent.
Considérez, mes nons amis, car c’est une vie étrange,
De devoir laver son butin le saint jour du dimanche.
Oh! J’ai fini; c’est ma chanson, quand bien même que c’est dimanche. 

À présent que ma chanson est chantée, passez-moi la bouteille.
Que je salue la compagnie en saluant la belle.

Cette chanson est intéressante en ce fait qu’elle est d'origine canadienne et qu’elle décrit les conditions de vie dans nos camps forestiers des temps passés. Elle a été chantée ici par un ancien bûcheron.

La chanson est connue dans l’Est du Québec et le Nord du Nouveau-Brunswick. Certaines versions sont plus longues que celle-a. Les bûcherons y ajoutent des détails personnels. Il existe quelques autres complaintes semblables, décrivant l’ennui ou la misère que les hommes éprouvaient dans les chantiers.

- Helen Creighton, La Fleur du Rosier, 1988,  p. 231 et 232


© 1988, University of Cape Breton Press . Tous droits réservés.

L'Alphabet du bûcheron chantée par Wilmot Macdonald a été enregistrée au Festival de la chanson folklorique de Miramichi

L'ALPHABET DU BÙCHERON

H pour les HACHES, que vous connaissez tous
A pour les AU REVOIR, vous les connaissez aussi;
C pour la COUPE qui peut maintenant commencer
Et D pour DANGER auquel on s'expose
Et comme on est heureux.

Refrain
Aucun mortel sur terre n'est aussi heureux que nous,
T’me hi derry, ho derry, hi derry down,
Donne du whisky au gars de la baraque,
Comme ça tout ira bien.

E pour l'ÉCHO qui résonne dans les bois,
C pour le CONTREMAÎTRE qui mène le travail;
M pour la MEULE qu'on prend pour affûter nos haches,
Et M pour le MANCHE si lisse et patiné,
Et comme on est heureux.

Refrain

H pour l'HUILE qui brûle dans nos lampes,
J pour le JOBLE qui est toujours incliné,
E pour les ÉPINES sur lesquelles on doit dormir,
Et P pour les POUX, les gars, qui se promènent dans nos chemises,
Et comme on est heureux.

Refrain

M pour la MOUSSE qui rembourre notre camp,
A pour l'AIGUILLE qui nous sert à coudre nos pantalons,
H pour le HIBOU qui hurle la nuit,
Et P pour le PIN qu'on abat,
Et comme on est heureux.

Refrain

Q pour les QUERELLES qu'on permet pas,
R pour la RIVIÈRE qu'on salue,
T pour le TRAÎNEAU, si robuste, si fort,
Et E pour l'ÉQUIPE qui le tire,
Et comme on est heureux.

Refrain

U pour l'UTILITÉ de notre travail,
V pour les VALLÉES qu'on parcourt
B pour le BOIS qu'on quitte au printemps,
Et à c't'heure que je suis rendu à la fin, je vais chanter.
Et comme on est heureux.
Refrain

Wa-hoo! (cri) 


- Louise Manny, Songs of Miramichi,  p. 265 à 267

Inconnu
Wilmot Macdonald
vers 1959
Nouveau-Brunswick, CANADA
© 1962, Folkways Records & Service Corp. Tous droits réservés.


L'AMAS DE BOIS AU GERRY'S ROCK

Venez, bûcherons intrépides,
Et écoutez-moi vous raconter,
L'histoire d'un jeune draveur
Et de son départ prématuré,
L'histoire d'un jeune contremaître,
Si beau, si fidèle, si brave,
Ça se passait à l'amas de bois au Gerry's Rock,
Où l'eau eut raison de lui.

« C'était un dimanche matin,
Comme vous aurez tôt fait de remarquer,
Nos bûches s'empilaient jusqu'au ciel,
Nous n'arrivions pas à les dégager,
Notre contremaître cria "Éloignez-vous, braves gars",
Le cœur dénué de peur.
Nous allons dégager l'amas de bois au Gerry's Rock,
Et mettre le cap sur Ellington town. »

Certains se montraient enthousiastes,
Et d'autres, plus nombreux, ne l'étaient point,
À l'idée de dégager l'amas de bois un dimanche,
Car ils ne pensaient pas qu'ils devaient le faire,
Alors que six de nos braves Canadiens,
S'&eacut Pour en lire plus
L'AMAS DE BOIS AU GERRY'S ROCK

Venez, bûcherons intrépides,
Et écoutez-moi vous raconter,
L'histoire d'un jeune draveur
Et de son départ prématuré,
L'histoire d'un jeune contremaître,
Si beau, si fidèle, si brave,
Ça se passait à l'amas de bois au Gerry's Rock,
Où l'eau eut raison de lui.

« C'était un dimanche matin,
Comme vous aurez tôt fait de remarquer,
Nos bûches s'empilaient jusqu'au ciel,
Nous n'arrivions pas à les dégager,
Notre contremaître cria "Éloignez-vous, braves gars",
Le cœur dénué de peur.
Nous allons dégager l'amas de bois au Gerry's Rock,
Et mettre le cap sur Ellington town. »

Certains se montraient enthousiastes,
Et d'autres, plus nombreux, ne l'étaient point,
À l'idée de dégager l'amas de bois un dimanche,
Car ils ne pensaient pas qu'ils devaient le faire,
Alors que six de nos braves Canadiens,
S'étaient portés volontaires
Pour dégager l'amas de bois au Gerry's Rock,
Avec leur contremaître, le jeune Munroe.

Ils y travaillèrent jusqu'à neuf heures,
Lorsqu'ils entendirent une jeune voix dire,
« Je vous préviens, les gars, soyez aux aguets,
Car l'amas va bientôt céder. »
À peine ces paroles furent-elles prononcées,
Que l'amas céda et les bûches se dégagèrent,
Emportant avec elles ces six jeunes vies
Avec leur contremaître, le jeune Munroe.

Lorsque les autres bûcherons
Apprirent la triste nouvelle,
À la recherche de leurs braves camarades
Vers la rivière se dirigèrent.
Pendant ce temps leurs corps mutilés
Descendirent la rivière, entraînés par le courant,
Alors que près de la rive gisait un corps sans vie, ensanglanté,
Celui du jeune Munroe.

On le retira de la rivière, son tombeau,
Peigna vers l'arrière ses cheveux de jais,
Il se trouvait parmi le groupe une jolie fille,
Dont les cris (emplirent l'air?)
Il se trouvait parmi le groupe une jolie fille,
Originaire de Shigna town
Ses cris et ses pleurs s'élevèrent jusqu'au ciel,
Son véritable amour venait de sombrer.

La belle Clara était une noble fille,
La vraie amie du draveur,
Qui, avec sa mère, veuve,
Habitait près du coude de la rivière.
La paie de son véritable amour
Le patron lui donna,
Et les bûcherons lui remirent,
Le lendemain une somme généreuse qu'ils avaient réunie.

Ils l'enterrèrent dans la douleur,
Un premier mai,
Sous un tumulus vert près de la rivière,
Où poussait une pruche vert-de-gris,
Et gravés sur la pruche
Qui poussait près de sa tombe,
On pouvait lire, en plus de la date, le nom et le sort
De son contremaître, le jeune Munroe.

Clara ne lui survécut pas longtemps,
Le cœur brisé par le chagrin,
Et environ six semaines plus tard,
Comme une feuille à l'automne, la mort vint la chercher.
Lorsque enfin le temps arriva,
Lorsque ce fut son tour de partir,
Sa dernière demande fut exaucée,
On l'enterra à côté du jeune Munroe. 




La ballade de Gerry's Rock est sans conteste la chanson de bûcherons la plus populaire… On l'a entendue du Nouveau-Brunswick jusqu'au Michigan, et même au-delà, et chaque localité la prétend sienne en prenant soin de modifier les noms de lieux pour que la ballade corresponde à ses prétentions.

- Louise Manny, Songs of Miramichi, 1968,  p. 115 à 117.


© 1968, Brunswick Press. Tous droits réservés.

LE CAMP DE BÛCHERONS DE BRUCE

Ah, le plancher était poisseux, tout couvert de boue.
La vaisselle était sale, la bouffe aussi.
La literie était pitoyable et la paillasse humide;
De quoi donner leur coup de mort aux pensionnaires du camp de bûcherons de Bruce.

(Tel que récité par Wilbert Munn de Hayesville.)

J'ai traversé l'aulnaie, les rochers et les broussailles
jusqu'à l'endroit qu'on appelait le camp de bûcherons de Bruce.
J'ai ouvert la porte et quel spectacle j'ai pu contempler.
C'était une litanie de jurons, de blasphèmes et de mensonges.

Un tabouret à trois pieds et une table,
Une porte dans le coin sans verrou,
Pas de ronds de poêle ni d'huile dans les lampes;
Voilà à quoi ressemblait le camp de bûcherons de Bruce.

Se lever le matin avant le soleil,
Dans la même litanie de jurons, de blasphèmes et de mensonges.
Le patron qui arrive et éteint les lampes
En criant « Allez travailler ou d&eacu Pour en lire plus
LE CAMP DE BÛCHERONS DE BRUCE

Ah, le plancher était poisseux, tout couvert de boue.
La vaisselle était sale, la bouffe aussi.
La literie était pitoyable et la paillasse humide;
De quoi donner leur coup de mort aux pensionnaires du camp de bûcherons de Bruce.

(Tel que récité par Wilbert Munn de Hayesville.)

J'ai traversé l'aulnaie, les rochers et les broussailles
jusqu'à l'endroit qu'on appelait le camp de bûcherons de Bruce.
J'ai ouvert la porte et quel spectacle j'ai pu contempler.
C'était une litanie de jurons, de blasphèmes et de mensonges.

Un tabouret à trois pieds et une table,
Une porte dans le coin sans verrou,
Pas de ronds de poêle ni d'huile dans les lampes;
Voilà à quoi ressemblait le camp de bûcherons de Bruce.

Se lever le matin avant le soleil,
Dans la même litanie de jurons, de blasphèmes et de mensonges.
Le patron qui arrive et éteint les lampes
En criant « Allez travailler ou décampez. »

(Tel que raconté par Roy Hunter de Ludlow.)

Je suis un jeune homme, mon nom est Jack Burke.
Quand je suis venu dans ce pays, c'était pour travailler.
J'ai traversé l'aulnaie, les rochers et la boue
jusqu'à l'endroit qu'on appelait le camp de bûcherons de Bruce.

Quand j'ai ouvert la porte, quel spectacle j'ai pu contempler.
On entendait des jurons, des blasphèmes et des mensonges.
Pas d'huile dans la lampe, c'était la noirceur;
De quoi attraper son coup de mort dans le camp de bûcherons de Bruce.

Se lever le matin avant le soleil,
Alors que le vieux Pat McCloskey, comme un putois déguisé,
Grimpait sur son échelle et balançait sa lampe à huile,
En criant « Allez travailler ou décampez. »

- Il y a quelques années, les élèves de la région de Miramichi faisaient des récitations le vendredi après-midi, et cette tradition se maintient encore dans certaines écoles rurales. Ces périodes de « récitation » étaient très appréciées et les élèves se mettaient au défi d'apprendre par cœur le poème le plus long. Les poèmes étaient souvent appris à partir des manuels de lecture, mais le plus souvent les élèves les mémorisaient en apprenant par cœur des ballades traditionnelles transmises par leurs parents…

-Louise Manny, Songs of Miramichi, 1968,  pages 66 et 67.


© 1968, Brunswick Press. Tous droits réservés.

L'hôtel Duffy de Boiestown se trouve à la droite dans cette photo de 1916.

L'hôtel Duffy se trouvait directement en face de la gare à Boiestown. La chanson intitulée Duffy's Hotel a rendu cet hôtel célèbre au Nouveau-Brunswick. L'hôtel a été détruit par un incendie le 24 mars 1927.

McNabb
Musée des bûcherons du centre du Nouveau-Brunswick. Woodsmen's Museum
vers 1916
Nouveau-Brunswick, CANADA
P54-15
© 2007, Archives provinciales du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.


L'HÔTEL de DUFFY

Si vous cherchez à vous amuser
Ou avez tendance à faire la noce,
Venez avec moi à Boiestown
Sur les rives de la Miramichi.
Vous serez reçus comme des rois;
Je vais vous raconter mes aventures,
Le dix-huit mai je suis arrivé ici,
J'arrivais de Fredericton – avec le fret.

Je travaille pour un certain Edmund Kenney,
Un monsieur que vous connaissez bien;
On le prénomme J.P. dans la paroisse de Stanley,
Et il est descendu au Duffy's Hotel.

Un soir, je suis allé à une fête;
Je vous dis, c'tait quelque chose 
On a mis la main sur un coq de Chang-Hai,
Il nous a coûté rien que dix-sept cents,
Il avait le croup et la rougeole,
Ils ont dit qu'il était trop médiocre pour être vendu,
Mais j'imagine qu'il a fait un beau gâchis aux clients
Qui descendent au Duffy's Hotel.

Un soir, je suis allé à une fête;
Avec les autres gars.
On a bu plein de p'tit jus tassé; Pour en lire plus
L'HÔTEL de DUFFY

Si vous cherchez à vous amuser
Ou avez tendance à faire la noce,
Venez avec moi à Boiestown
Sur les rives de la Miramichi.
Vous serez reçus comme des rois;
Je vais vous raconter mes aventures,
Le dix-huit mai je suis arrivé ici,
J'arrivais de Fredericton – avec le fret.

Je travaille pour un certain Edmund Kenney,
Un monsieur que vous connaissez bien;
On le prénomme J.P. dans la paroisse de Stanley,
Et il est descendu au Duffy's Hotel.

Un soir, je suis allé à une fête;
Je vous dis, c'tait quelque chose 
On a mis la main sur un coq de Chang-Hai,
Il nous a coûté rien que dix-sept cents,
Il avait le croup et la rougeole,
Ils ont dit qu'il était trop médiocre pour être vendu,
Mais j'imagine qu'il a fait un beau gâchis aux clients
Qui descendent au Duffy's Hotel.

Un soir, je suis allé à une fête;
Avec les autres gars.
On a bu plein de p'tit jus tassé;
Je vous le dis, on a fait pas mal de bruit.
On a fait peur aux cochons à Tugtown;
Les chiens de Pleasant Ridge ont hurlé à cause de nous,
Et on s'est fait mettre dehors de Hayesville,
Et on est tombé sur le Duffy's Hotel.

Un soir, je suis allé à une fête;
Elle se déroulait dans l'hôtel en bas,
Y avait du boucan dans la cuisine,
Je vous le dis, y avait de l'action.
On a renversé les chaises et les tables.
Les fenêtres et le poêle sont tombés aussi.
C'est Delaney qui a déclenché cette dispute,
Un pensionnaire au Duffy's Hotel.

Eh bien, chers amis, je vais vous souhaiter bonsoir
De crainte que vous pensiez que je suis une girouette.
Si je continue à traîner encore ici
Un type risque de me donner un coup!
Je vais retourner aux lieux de mon enfance,
Où je trouverai la paix et la félicité;
Je dis adieu au type de divertissements
Que j'ai connus au Duffy's Hotel.
Cette chanson, qui serait une œuvre collective, décrit des émeutes survenues à Boiestown. Elle grouille de personnages connus présentés de façon à agacer tous ceux qui sont mentionnés. Certains connaisseurs affirment que cette chanson est rancunière, bien qu'il s'agisse probablement d'un récit d'événements qui n'est pas particulièrement malicieux. Même si ces événements se sont produits il y a plus de quatre-vingts ans, les gens de Boiestown peuvent reconnaître la plupart des personnes et des lieux. Le Duffy's Hotel se trouvait directement en face de la gare de Boiestown.

- Louise Manny, Songs of Miramichi, 1968,  p. 76 – 77.

© 1968. Brunswick Press . Tous droits réservés.

LA CÔTE NORD

Prière de ne pas nous enlever la côte nord,
Car nous en aurons bien besoin un jour.
Tout le monde de la côte nord est prêt à se battre à mort.
Ce que je veux dire, c'est que la côte nord
Seconde la Marine sur la mer
Et si ce n'était pas de la côte nord,
Que serait-il arrivé à Shoreham?

Avez-vous jamais entendu l'histoire de la côte nord?
Sinon, le moment est venu de l'entendre.
Certaines chansons se vendent pour deux ou six dollars,
Celle-ci vaut bien la moitié d'un dollar.
Elle a été chantée dans tous les bars de la côte sud,
Autant par des membres de l'ATS, WAAF et WREN.
Elle a même atteint notre côte et on attend plus encore,
Alors, chante le plus fort que tu peux.

Nous attendons ici depuis deux ans ou plus,
Pas un seul combat nous avons vu.
Nous sommes venus nous battre ici
Pour l'honneur, la liberté et ce qui est juste.
Mais un jour nous verrons un deuxième front
Et Pour en lire plus

LA CÔTE NORD

Prière de ne pas nous enlever la côte nord,
Car nous en aurons bien besoin un jour.
Tout le monde de la côte nord est prêt à se battre à mort.
Ce que je veux dire, c'est que la côte nord
Seconde la Marine sur la mer
Et si ce n'était pas de la côte nord,
Que serait-il arrivé à Shoreham?

Avez-vous jamais entendu l'histoire de la côte nord?
Sinon, le moment est venu de l'entendre.
Certaines chansons se vendent pour deux ou six dollars,
Celle-ci vaut bien la moitié d'un dollar.
Elle a été chantée dans tous les bars de la côte sud,
Autant par des membres de l'ATS, WAAF et WREN.
Elle a même atteint notre côte et on attend plus encore,
Alors, chante le plus fort que tu peux.

Nous attendons ici depuis deux ans ou plus,
Pas un seul combat nous avons vu.
Nous sommes venus nous battre ici
Pour l'honneur, la liberté et ce qui est juste.
Mais un jour nous verrons un deuxième front
Et notre ennemi fondra comme la neige au soleil.
Nos coeurs se lamentent, mais le drapeau flotte au vent
Car la côte nord jamais ne rendra l'âme.

Pas besoin de s'inquiéter pour la côte nord,
Son drapeau vole bien haut
Mais après six mois d'exercices devant la caserne
Le moral des troupes est en berne
Nous aimons tous l'armée et même l'entraînement
Mais la monotonie n'a jamais tué personne
Donnez-nous une chance, envoyez-nous en France,
Et la côte nord saura bien se défendre.

Notre commandant s'en fout réellement
Tout comme nos deux commandants du lieu d'incident.
Les commandants de la compagnie ont été bien choisis
Ils nous viennent de Miramichi.
Les deux commandants du lieu d'incident
Ne font jamais rien dans le régiment.
Si ce n'était pas des simples soldats
Que deviendrait la côte nord? 

Voici la traduction d'une chanson écrite en anglais par le caporal Howie Aubé (compagnie de soutien) de Bathurst au Nouveau-Brunswick. Le caporal Howie était un bon soldat trés admiré dans son régiment pour la chanson et la guitare. Il est mort au combat à Cairon en France le 11 juin 1944.

Chanson originale en anglais envoyée en pièce jointe dans une lettre de M. T. F. Trythall, Département de musique à l'Université du Nouveau-Brunswick à Lord Beaverbrook (le 11 décembre 1956)
Documents de Beaverbrook, tiroir 42b, dossier 4b


© 2007, Archives & Special Collections, Harriet Irving Library, UNB. Tous droits réservés.

UN JOUR TRÈS FATAL EST ARRIVÉ SOUDAIN

Un jour-e très fatal est arrivé soudain,
Sur l’Intercolonial, à un bon citoyen,
Venant d’Acadieville de bonne heur’ le matin,
Se croyant pas si proche de sa cruelle fin.

Le mem’ soir de bonne heure, un train devait passer,
Pour attendre à telle heur’, pour prendr’ des passagers,
Tous se dirigent en marche, c’est bien pour embarquer,
Le malheureux sans doute tomba sur le chemin.

Le train prêt de mouvoir partit subitement,
En poursuivant sa rout’ par l’ordr’ du commandant,
Ne voyant pas sans doute, l’infortuné est tombé,
En poursuivant sa route, sur lui, il a passé.

Le conducteur du train fit le signal d’arrêt,
En constatant lui-même avec un grand regret,
L’état du misérable étant broyé en deux,
Jugez, mes chers confrères, l’état du malheureux.

La douleur fut profond’ quand fallut l’arr Pour en lire plus

UN JOUR TRÈS FATAL EST ARRIVÉ SOUDAIN

Un jour-e très fatal est arrivé soudain,
Sur l’Intercolonial, à un bon citoyen,
Venant d’Acadieville de bonne heur’ le matin,
Se croyant pas si proche de sa cruelle fin.

Le mem’ soir de bonne heure, un train devait passer,
Pour attendre à telle heur’, pour prendr’ des passagers,
Tous se dirigent en marche, c’est bien pour embarquer,
Le malheureux sans doute tomba sur le chemin.

Le train prêt de mouvoir partit subitement,
En poursuivant sa rout’ par l’ordr’ du commandant,
Ne voyant pas sans doute, l’infortuné est tombé,
En poursuivant sa route, sur lui, il a passé.

Le conducteur du train fit le signal d’arrêt,
En constatant lui-même avec un grand regret,
L’état du misérable étant broyé en deux,
Jugez, mes chers confrères, l’état du malheureux.

La douleur fut profond’ quand fallut l’arracher,
Les roues des chars encor’, sur lui devaient passer,
Pour l’arracher sans doute, il a fallu s’émouvoir,
Et le traîner sans doute sur le bord du trottoir.

On prépare des linges, il faut l’ensevelir,
Et le mettr’ sur des planch’ pour y passer la nuit;
On consult’ tout’ ensemble avec attention,
De le mettr’ sur des planches dedans la station.

Le même soir de bonne heure on y télégraphie,
Au Coroner, sans dout’, c’est pour l’examiner;
On reçut la visite, le lendemain matin,
Il jugea que cett’ mort était un accident.

Contemplons tout’ ensembl’ le sort du genre humain,
Qu’une mort déroutante à notre dernier pain;
Soyons bien sur nos gardes de bien nous préparer,
Car Dieu a en réserve le choix de nous juger.

Conservons la mémoire, aujourd’hui, parmi nous,
De cet’ cruelle histoir’ du dix-huit d’août,
Son nom est un rappel pour mieux s’en rappeler,
C’est Joseph Johnston dedans Acadieville.

Cette complainte locale semble très rare. Nous n’avons trouve aucune autre version. Elle raconte un accident fatal survenu sur le chemin de fer à Acadieville au Nouveau-Brunswick. Ce village se trouve non loin de Newcastle, où la chanson a été recueillie.

La chanson nous fournit un excellent exemple d’une complainte locale acadienne. Le sujet est présenté dès la première strophe; ensuite la tragédie est décrite et, à la fin, on ajoute un commentaire sur la cruauté du destin et le besoin des humains de se préparer à la mort. Beaucoup de complaintes commémorant des tragédies ont un ton nettement fataliste.

La rareté de cette complainte rend difficile son identification. On sait cependant que son origine ne remonte pas plus loin que 1876, année de construction du chemin de fer Intercolonial traversant le Nouveau-Brunswick du nord au sud. Plusieurs complaintes locales tragiques ont été composées à la fin du 19e et au début du 20e siècles.

- Helen Creighton, La Fleur du Rosier,  p. 241-2

© 1988, University of Cape Breton Press. Tous droits réservés.

LE DÉSASTRE D'ESCUMINAC (traduction d'une chanson) de Bernadette Keating

(Chanson écrite et chantée par Bernadette Keating de Chatham au Festival de la chanson folklorique de Miramichi en 1959 alors qu' elle avait 13 ans.)

C'était le dix-neuf jour de juin,
Durant l'année un mille neuf cent cinquante-neuf,
Dans les environs d'Escuminac
Qu'une affreuse tempête s'est levée soudainement.
Oh, les vilaines vagues! Oh, les vents violents!

Un certain nombre de pêcheurs posaient leurs filets
Vers trois heures de l'après-midi,
D'autres s'attardaient, ce qui a permis
De leur sauver la vie.
Oh, les vilaines vagues! Oh, les vents violents!

Les vagues étaient tellement hautes!
Comme des montagnes sur l'eau,
Elles se déferlaient sur les bateaux
Et les brisaient en morceaux.
Oh, les vilaines vagues! Oh, les vents violents!

Les enfants et les épouses des pêcheurs
Désespérés, attendaient leur retour,
Cherchant à travers l Pour en lire plus
LE DÉSASTRE D'ESCUMINAC (traduction d'une chanson) de Bernadette Keating

(Chanson écrite et chantée par Bernadette Keating de Chatham au Festival de la chanson folklorique de Miramichi en 1959 alors qu' elle avait 13 ans.)

C'était le dix-neuf jour de juin,
Durant l'année un mille neuf cent cinquante-neuf,
Dans les environs d'Escuminac
Qu'une affreuse tempête s'est levée soudainement.
Oh, les vilaines vagues! Oh, les vents violents!

Un certain nombre de pêcheurs posaient leurs filets
Vers trois heures de l'après-midi,
D'autres s'attardaient, ce qui a permis
De leur sauver la vie.
Oh, les vilaines vagues! Oh, les vents violents!

Les vagues étaient tellement hautes!
Comme des montagnes sur l'eau,
Elles se déferlaient sur les bateaux
Et les brisaient en morceaux.
Oh, les vilaines vagues! Oh, les vents violents!

Les enfants et les épouses des pêcheurs
Désespérés, attendaient leur retour,
Cherchant à travers leurs prières et leurs pleurs,
Au moins un signe de vie au lever du jour.
Oh, les vilaines vagues! Oh, les vents violents!

Grâce à Dieu certains hommes ont été sauvés,
Mais trente-cinq se sont noyés,
Leurs corps sur la plage se sont échoués,
Sauf quelques-uns jamais retrouvés.
Oh, les vilaines vagues! Oh, les vents violents!

On raconta des histoires de bravoure,
Du courage de certains devenus des héros
Des hommes qui ont lutté contre la houle
Ce jour-là dans la baie de Miramichi.
Oh, les vilaines vagues! Oh, les vents violents!

Dans leurs bateaux non naufragés
Craignaient ces grands dangers,
Mais sont restés pour aider leurs voisins et amis,
Sachant que pour certains c'était fini.
Oh, les vilaines vagues! Oh, les vents violents!

Un jeune pêcheur de seulement dix-huit ans
Attrapa la corde qui lui était lancée
Et la passa à son frère et à son père,
Sans une pensée pour sa propre sécurité.
Oh, les vilaines vagues! Oh, les vents violents!

Jamais nous n'oublierons ces malheureuses heures
Causant la mort, la peine et la douleur,
Mais Dieu dans son infinie sagesse
Donnera du courage aux autres pêcheurs.
Durant l'après-midi du 19 juin 1959, cinquante-quatre bateaux sont partis d'Escuminac pour aller à la pêche au saumon. Le temps était beau et les prévisions météorologiques étaient bonnes. Personne n'aurait pu prévoir la tempête soudaine qui s'est déchaînée cette nuit-là. Durant la tempête, vingt-deux bateaux ont été perdus, ce qui représentait une perte d'équipement d'une valeur d'un million de dollars. Trente-cinq hommes se sont noyés. Les nouvelles de ces deux jours et nuits de terreur et des actes héroïques de certains pêcheurs ont eu un grand impact sur la population de la région de Miramichi.

En 1959, Bernadette Keating de Chatham avait 13 ans. Elle a composé la musique pour la chanson qu'elle avait écrite afin de rendre hommage à ces pêcheurs. Il était émouvant d'entendre cette enfant chanter dans son uniforme d'école devant des spectateurs qui retenaient leur souffle pour l'écouter.

- Traduction d'un extrait de Songs of Miramichi par Louise Manny,  p. 92 et 93


© 1968, Brunswick Press. Tous droits réservés.

CHANSON SUR LE DÉSASTRE DE BAIE STE-ANNE
(Composée et chantée par Jerry Hébert de Lagaceville en 1959)

Nous venons d’apprendre la nouvelle
D’une terrible tragédie,
Qui s’est passée sur la mer,
Semant le désastre et la mort
Dans le village de Baie Ste-Anne
Et le village d’Escuminac, 
À plusieurs parts on pouvait voir
Une boucle de ruban noir.
On voyait au bord du rivage
Un peuple affolé et en pleurs,
Regardant au loin sur la mer,
Attendant ceux qui ne venaient pas.

Oh, mer! Oh, mer! Tu es trompeuse,
Disaient plusieurs en sanglottant,
Parfois tu parais si belle,
Mais maintenant tu nous fais pleurer.
Dans les beaux jours tu nous enchantes,
Tu nous donnes le cœur de chanter,
Mais quand ta colère devient grande,
De grand deuil tu nous fais perte.
Tu laisses sur le bord du rivage,
Des veuves, aussi des orphelins;
Au cœur une grande blessure,
Mais toi, tu ne regrettes rien.

Les habitants de c Pour en lire plus
CHANSON SUR LE DÉSASTRE DE BAIE STE-ANNE
(Composée et chantée par Jerry Hébert de Lagaceville en 1959)

Nous venons d’apprendre la nouvelle
D’une terrible tragédie,
Qui s’est passée sur la mer,
Semant le désastre et la mort
Dans le village de Baie Ste-Anne
Et le village d’Escuminac, 
À plusieurs parts on pouvait voir
Une boucle de ruban noir.
On voyait au bord du rivage
Un peuple affolé et en pleurs,
Regardant au loin sur la mer,
Attendant ceux qui ne venaient pas.

Oh, mer! Oh, mer! Tu es trompeuse,
Disaient plusieurs en sanglottant,
Parfois tu parais si belle,
Mais maintenant tu nous fais pleurer.
Dans les beaux jours tu nous enchantes,
Tu nous donnes le cœur de chanter,
Mais quand ta colère devient grande,
De grand deuil tu nous fais perte.
Tu laisses sur le bord du rivage,
Des veuves, aussi des orphelins;
Au cœur une grande blessure,
Mais toi, tu ne regrettes rien.

Les habitants de ces villages
Étaient de ses vaillants pêcheurs,
Ils sont allés sur la mer travailler
Pour gagner leur pain,
Le cœur tout rempli de courage,
Croyant toujours s'en revenir;
Soudain la tempête fait rage
Et trente-cinq ont trouvé la mort;
Malgré le bruit de la tempête
Qui se mêle à celui des flots.
La voix de Dieu se fait entendre,
« Venez à moi, tous mes enfants. »

Et à vous tous qui m’écoutent,
J’ai un conseil à vous donner,
Tenons-nous toujours sur nos gardes,
Car Dieu viendra nous visiter à l’heure
Jamais il nous a parlé
Quand il viendra nous chercher,
Il vaut bien mieux prendre garde,
Car il est de toute vérité
Ici-bas la vie représente pour nous
Tout un grand océan,
Chaque jour sur une barque légère
Nous allons vers l’éternité.

Jerry Hébert a intitulé sa chanson « Le Désastre de Baie Ste-Anne ». Baie Ste-Anne est la localité francophone qui se trouve au sud d’Escuminac. M. Hébert a perdu de nombreux amis dans la tempête qu’il décrit dans sa chanson. Comme tant de nos auteurs, il éprouvait l’envie irrésistible d’ajouter sa complainte aux hommages aux pêcheurs décédés. Sa chanson décrit bien la beauté et la rage d’une mer sournoise et se termine par une réflexion philosophique :

« Ici-bas la vie représente pour nous
Tout un grand océan,
Chaque jour sur une barque légère
Nous allons vers l’éternité. »

© 1968, Brunswick Press. Tous droits réservés.

Le Muertre de Timothy McCarthy: une complainte acadienne        

Venez mes chers confrères, venez pour écouter
Une chanson bien faite d'un nommé McCarthy.
Demeurait à Moncton, paisiblement,
Se croyant pas si proche c'est de sa fin.
Ce fut le douze octobre, il prit la voie ferrée
Pour s'en aller sur l'Île, un cheval s'acheter.
Passant par Shédiac, sur son chemin,
Se croyant pas si proche, c'est de sa fin.
S'en va chez les Weldon, c'était pour s'informer
Si le bateau du soir pourrait le traverser.
Le vent était contraire, a fallu retarder,
C'est ça qui nous fait voir sa destinée.
S'en va chez les Osborne pour voir tous ses amis. Quand il fut dans l'auberge, se crut dans son logis.
«Quelle cruelle assurance ce fut pour moi, Il a fallu descendre jusqu'au trépas!»
La vieille dit à Harry: « Il a beaucoup d'argent,
Comment pourrions-nous faire pour mettre la main dedans?
Donnons-lui une poudre bien apprêt& Pour en lire plus

Le Muertre de Timothy McCarthy: une complainte acadienne        

Venez mes chers confrères, venez pour écouter
Une chanson bien faite d'un nommé McCarthy.
Demeurait à Moncton, paisiblement,
Se croyant pas si proche c'est de sa fin.
Ce fut le douze octobre, il prit la voie ferrée
Pour s'en aller sur l'Île, un cheval s'acheter.
Passant par Shédiac, sur son chemin,
Se croyant pas si proche, c'est de sa fin.
S'en va chez les Weldon, c'était pour s'informer
Si le bateau du soir pourrait le traverser.
Le vent était contraire, a fallu retarder,
C'est ça qui nous fait voir sa destinée.
S'en va chez les Osborne pour voir tous ses amis. Quand il fut dans l'auberge, se crut dans son logis.
«Quelle cruelle assurance ce fut pour moi, Il a fallu descendre jusqu'au trépas!»
La vieille dit à Harry: « Il a beaucoup d'argent,
Comment pourrions-nous faire pour mettre la main dedans?
Donnons-lui une poudre bien apprêtée,
Ça fera notre affaire bien assurée. »

La vieille va dans l'auberge pour vider les flacons.
Elle lui présente un verre, un p'tit peu de poison.
« Un verre de cette sorte lui suffira
Et l'argent de sa bourse nous restera. »
Quand il eut bu ce verre, s'attoque sur le comptoué,
Le son de ses paroles était entrecoupé.
II appela sa femme et ses enfants

Et aussi bien un prêtre, assurément.
La vieille dit à Harry: « De quoi en ferons-nous?
Si nous le laissons vivre il nous déclairera tous.
Tiens, prends cette hache et ne crains pas,
Un seul coup de hachette le finira. »
Le premier coup qu'il frappe, tomba sur le plancher,
Le sang par les oreilles, de la bouche et du nez.
Grand Dieu! quel spectacle, c'est effrayant!
C'est de voir cet homme baigner dans son sang.
La Parker le regarde, le regarde en tremblant. La vieille s'avance, elle lui ôte son argent.
« Tiens, voilà ta part et ne crains pas.
— Gardez tous vos trésors, je n'en veux pas. »

Harry fut qu'ri' la Bible, la Parker fit jurer
De ne jamais rien dire où a été McCarthy.
Un cable et une roche le retiendront,
Au fond de la rivière y restera.
Vous autres mes chers confrères qui voulez voyager,
N'allez pas à l'auberge où a été McCarthy.
L'argent de votre bourse ne montrez pas,
Votre vie qu'est si chère y passera.


© 1977, Revue de musique folklorique canadienne. Tous droits réservés.

La chanson de composition locale constitue un champ d'étude qui a été peu exploité par les folkloristes canadiens-français. De fait, rien n'a encore été publié qui puisse se comparer, par exemple, à l'excellent ouvrage de G. Malcolm Laws intitulé Native American Balladry1 dont la première édition date de 1950, ou encore aux publications d'Edward Ives sur les auteurs populaires et leurs chansons.2 Pourtant, la matière ne manque pas chez les Acadiens.

Mon intérêt pour les chansons de composition locale remonte au début de mes enquêtes folkloriques. Parmi les premières chansons que j'ai enregistreés en 1971, quelques-unes étaient des complaintes locales. J'ai été impressionné d'une part par leur longueur, mais surtout par l'importance que mes informateurs leur donnaient. À partir de ce moment, mon intérêt pour ce genre de chansons a été en grandissant. Je prépare présentement une thèse de maîtrise sur cette Pour en lire plus

La chanson de composition locale constitue un champ d'étude qui a été peu exploité par les folkloristes canadiens-français. De fait, rien n'a encore été publié qui puisse se comparer, par exemple, à l'excellent ouvrage de G. Malcolm Laws intitulé Native American Balladry1 dont la première édition date de 1950, ou encore aux publications d'Edward Ives sur les auteurs populaires et leurs chansons.2 Pourtant, la matière ne manque pas chez les Acadiens.

Mon intérêt pour les chansons de composition locale remonte au début de mes enquêtes folkloriques. Parmi les premières chansons que j'ai enregistreés en 1971, quelques-unes étaient des complaintes locales. J'ai été impressionné d'une part par leur longueur, mais surtout par l'importance que mes informateurs leur donnaient. À partir de ce moment, mon intérêt pour ce genre de chansons a été en grandissant. Je prépare présentement une thèse de maîtrise sur cette catégorie de chansons. II s'agit précisément d'une étude descriptive, historique et comparée des complaintes composées par les Acadiens de l'Île-du-Prince-Édouard.

Avant d'entrer dans le sujet de mon exposé, il serait à propos que je fasse quelques brèves observations sur les chansons acadiennes de composition locale. Celles-ci sont relativement nombreuses. Marius Barbeau a écrit en 1937 que le répertoire acadien de chansons folkloriques comprend beaucoup plus de chansons de facture locale que le répertoire québécois. Selon lui, ces pièces représenterent plus de 20 percent du repertoire.3 Les chansons locales restent populaires dans le repertoire acadien car elles sont encore recueillies en assez grand nombre. Ce qui est intéressant à noter c'est qu'il est possible d'en enregistrer qui datent de plus d'un siècle et demi et d'autres qui ont été composées tout récemment.

Nos chansons de composition locale contiennent toute une gamme de thèmes. La plupart se classent sous trois catégories: 1) les chansons satiriques ou de sanction populaire; 2) les complaintes; 3) les chansons composées pour rappeler des événements spéciaux, des incidents cocasses, etc.

Les complaintes sont des chansons composées pour commémorer des événements tragiques. Le plus souvent, en Acadie, elles traitent de noyades, d'accidents de route et de travail, d'incendies, et de nostalgie. Parmi toutes les chansons locales, les complaintes ne constituent pas la catègorie la mieux représentée du point de vue du nombre. Ce sont cependant celles qui, jusqu'à présent, ont attiré davantage l'attention des folkloristes.

La complainte que j'ai choisie a été composée sur le meurtre de Timothy McCarthy à Shédiac au Nouveau-Brunswick, en 1877. Il faut souligner que les complaintes acadiennes basées sur ce genre d'événements sont relativement peu nombreuses.

Ce drame mystérieux constitue une histoire des plus captivantes. Pendant longtemps il a occupé l'esprit des gens de l'époque. Même un siècle plus tard, on se le remémore par le truchement d'une complainte et d'une légende.

Voici le fait tel qu'il a été décrit dans les journaux du temps. Le 3 novembre 1877, le Daily Times de Moncton demandait des renseignements sur la personne de Timothy McCarthy, hôtelier de Moncton, porté disparu depuis le 12 octobre. Il avait été vu pour la dernière fois à l'hôtel Weldon de Shédiac où il avait laissé son cheval aux soins du valet d'écurie.

Au début de décembre, le shérif Botsford de Shédiac a amorcé une enquête sur cette disparition. Plusieurs renseignements ont été recueillis. Les uns l'avaient vu à l'hôtel Weldon, d'autres à la Waverly House. Ce dernier établissement était tenu par la famille Osborne qui connaissait bien Timothy McCarthy. Selon le témoignage de plusieurs, McCarthy était en route pour l'Île-du-Prince-Édouard où il voulait s'acheter un cheval. Rappelons-nous qu'à l'époque le bateau passager entre l'Île et la terre ferme traversait de Shédiac à Summerside.

Au début de l'enquête, on ne savait trop comment interpréter cette disparition. Le Moniteur Acadien, un journal publié à Shédiac, se demandait dans sa livraison du 13 décembre si la disparition était attribuable à un meurtre, à un suicide ou encore à une fuite. Il était d'ailleurs connu que McCarthy éprouvait des problêmes matrimoniaux. Selon l'opinion générale, il était tout a fait possible que McCarthy n'ait que temporairement quitté son épouse.

Le témoignage clef a été celui d'Annie Parker, servante à la Waverly House. Elle a déclaré au shérif que McCarthy était venu à l'auberge vers 9 heures le soir du 12 octobre. Il avait eu une discussion avec Mme Osborne et sa fille Eliza pendant laquelle il leur avait montré une liasse de billets de banque qu'il avait en sa possession. Il avait quitté l'auberge vers 10 heures et on ne l'avait pas revu.

Elle raconta ensuite qu'elle s'était couchée vers 11 heures et qu'à minuit elle avait entendu entrer un homme. Elle a reconnu la voix de McCarthy. Celuici se rendait au bar. La servante a entendu la voix de Mme Osborne et celles de ses enfants, Harry et Eliza. Elle les a entendus parler jusqu'à deux ou trois heures du matin. Entre une et deux heures, elle a entendu une respiration anormale provenant du bar. Peu de temps après, elle a entendu Mme Osborne dire à son fils d'aller atteler le cheval à la voiture, ce qu'il a fait. Lorsque Harry a été de retour à la maison, elle a entendu Mme Osborne et ses enfants marcher entre le bar et la porte du devant comme s'ils portaient quelque chose de lourd. Par après, elle a observé de la fenêtre de sa chambre la voiture qui s'éloignait vers le moulin à vapeur. Elle cru apercevoir un gros paquet à l'arrière de la voiture. Toujours selon la servante, la voiture serait revenue une demi-heure plus tard. Enfin, elle a déclaré que la semaine suivante elle a trouvé un rouleau de billets de banque dans l'amoire de la cuisine de l'auberge. Quant à M. Osborne, il était retenu au lit par suite de maladie. Il n'avait pas rencontré McCarthy. En somme, ce sont les détails qu'Annie Parker a donnés au sherif et au juge de paix les 4 et 5 décembre 1877.4

Le 19 janvier de l'année suivante s'est avéré un point tournant dans l'affaire McCarthy. Ce jour-là, Annie Parker, pensionnaire depuis quelques jours chez Mme McCarthy à Moncton, a fait de nouvelles déclarations. Elle a avoué que lors de sa première déclaration elle n'avait pas tout dit. D'un seul trait elle a dévoilé qu'elle avait vu McCarthy drogué et assommé à l'aide d'une hachette par Mme Osborne et son fils Harry; que Mme Osborne lui a dérobé tout l'argent qu'il possédait et que Harry est allé jeter le cadavre dans la rivière Scoudouc après lui avoir attaché une grosse pierre au cou. Elle a divulgué également que Harry lui a prêté serment sur la Bible de ne jamais révéler ce qui s'était passé.

Aussitôt cette déclaration faite, Edward McCarthy, frère du disparu, a demandé la mise en arrestation de la famille Osborne. On a procédé ainsi à l'emprisonnement de M. et Mme Osborne et de leurs enfants, Harry et Eliza.

L'enquête préliminaire a été bientôt mise en branle. Lors de son témoignage, Annie Parker a justifié sa première déclaration en disant qu'elIe voulait voir si les gens de Moncton pouvaient déterrer un meurtre.5 Elle a été ensuite incarcérée pour avoir indirectement participé au meurtre de McCarthy.

Deux mois avant le début du procès, soit le 11 mai 1878, on a trouvé le cadavre du disparu. Il flottait dans la rivière Scoudouc tout près de l'endroit indiqué par la servante Parker dans sa déclaration.

La découverte du cadavre de McCarthy a confirmé et contredit à la fois les révélations faites par Annie Parker. Le corps a été trouvé presque exactement à l'endroit qu'elle avait indiqué. Les médecins chargés de l'autopsie ont partagé l'idée que McCarthy était mort avant d'avoir été jeté dans les eaux de la rivière. Toutefois, aucune marque ne laissait supposer qu'il avait été retenu au fond de la rivière au moyen d'une pierre fixée à son cou. D'autre part, le pardessus de McCarthy que la servante avait juré avoir revu dans l'auberge après le soir du meurtre, habillait bel et bien le cadavre lorsqu'il a été repêché de la rivière.

Les propos d'Annie Parker ont été remis en doute après cette importante trouvaille. Aussi, son comportement peu louable aux sessions de l'enquête ne pouvait que diminuer la confiance des gens à l'égard de ses déclarations. À son sujet Le Moniteur Acadien écrivait: "Nous devons dire que la légèreté, les ricanements, les boutades déplacées qui ont caractérisé son témoignage, sont loin d'avoir créé une bonne impression en faveur de la Parker."6

Le procès qui a débuté le 18 juillet 1878 a duré cinq semaines. Le nombre de témoins comparus s'est chiffré à 118. Le principal témoin a sans doute été Annie Parker. Malgré ses quelques contradictions et son comportement quelque peu immature devant la justice, elle a évidemment été un témoin des plus remarquabies. Voici comment la presse locale l'a décrite:

Le centre d'attraction dans toute cette affaire est Annie Parker. L'issue du procès repose sur la crédibilité que le jury ajoutera à son témoignage. Elle a vu commettre le meurtre; elle y a même pris part indirectement. Sa déposition est circonstanciée et directe; et un grand nombre de faits la corroborent. Seulement son caractère personnel n'a rien de recommandable. Voilà ce qui diminue considérablement le poids de son affirmation.

En tant que témoin, Annie s'est déjà rendue célébre. Les avocats, comme ils l'ont dit, n'en peuvent rien faire. Elle déconcerte les plus habiles. Son triomphe est dans le contre-examen. Impossible de la faire contredire en rien.

L'esprit d'observation, chez cette jeune, est tout à fait surprenant. Les détails les plus minutieux n'ont point échappé à son observation. Elle raconte, elle écrit tout: les lieux, les distances, les positions, les coins et recoins, l'habillement, tout ce qu'il était possible d'observer. Sur la carte géographique elle en remontre au juge et aux avocats. À toute question pertinente, elle a une réponse prête, et la question n'est pas si tôt posée qu'elleest répondue. Au premier mot de l'avocat, elle a compris où il veut en venir, et, chose extraordinaire pour une personne dépourvue d'instruction, elle ne répond que ce qu'il faut répondre, sans jamais se contredire.

Rien ne la déconcerte, rien ne l'embarrasse, rien ne la surprend. À la cour, sur la sellette, elle est aussi à l'aise qu'elle le serait à raconter une histoire à de jeunes amies et à plaisanter avec elles.

Annie Parker est toute jeune, dix-sept à dix-huit ans; ... elle est née au Québec d'une mère canadienne-française. Elle parle très facilement le français; son anglais est incorrect, et garde l'accent français. Au reste, telle que nous l'avons vue a la cour, telle elle est en privé. Seulement un gros brin de vanité est entré dans sa tête; elle se croit un grand personnage, et ne parle que d'envoyer celui-ci ou celui-là coucher en prison; elle croit sa vie en danger et exige un garde du corps.7

Un témoignage qui a attiré beaucoup d'attention a été celui d'Agnès Buchanan, une amie d'Annie Parker. Elle a divulgué un secret que lui avait confié son amie. Cette confidence voulait que Mme McCarthy ait promis à Annie de «  l'entretenir comme une dame si elle voulait jurer que les Osborne avaient tué McCarthy. »8

Le jury n'a  pas réussi à s'entendre sur un verdict. Dix des jurés voulaient condamner les Osborne alors que deux voulaient les acquitter.

Un deuxième procès s'est imposé. Il a duré également cinq semaines, soit du 12 novembre au 19 décembre 1878. Les nouveaux jurés ne sont toutefois pas parvenus à se mettre d'accord. Le Moniteur Acadien écrivait: « Il paraît que sept jurés étaient d'opinion qu'ils étaient coupables et cinq, qu'ils devaient être libéres. »9

Suivant ce procès, M. Osborne et sa fille Eliza ont été mis en liberté sous leur propre caution. Par la suite, Annie a également été relâchée.

La dernière phase de l'affaire McCarthy-Osborne a débuté en janvier 1879. Ii y a eu alors un revirement de la situation: les Osborne sont devenus. Se rapportant aux deux procès, ils ont accusér Annie Parker de parjure. Lors de son arrestation, elle se trouvait encore chez Mme McCarthy. Il n'y a eu cependant pas de troisième procès en raison de complications juridiques. Enfin, le tout s'est terminé en laissant tomber l'accusation à l'endroit des Osborne. Ils ont été tous libérés.

Annie Parker a profité de sa célébrité (l'affaire McCarthy avait retenu l'attention de la presse provinciale, nationale, même internationale) pour se gagner un peu d'argent. Ainsi, elle a publié en août 1879 dans le Globe de Saint John l'annonce suivante:

Mlle Annie Parker désire annoncer au public qu'elle est à l'hôtel Dorchester en cette cité, coin des rues Dorchester et Sewell, pour une semaine, où on peut la voir entre 9.50 et 11.50 a.m.; et de 2 à 4 heures p.m.  Entrée 25 à 40 cents.10

Ce drame mystérieux a hanté longtemps le public. Les journaux le mentionnaient encore treize ans plus tard. En 1890, Le Moniteur Acadien disait: « Cette tragédie, plus que jamais entourée de mystère, revient parfois à la surface et préoccupe plus ou moins les esprits. »11

Un drame aussi pathétique et aussi spectaculaire que celui-ci ne peuvait faire autrement que de laisser une forte impression sur la population du sud-est du Nouveau-Brunswick. Un forgeron de College Bridge dans la vallée de Memramcook, du nom d'Honoré Leblanc (1845-1925), a même eu l'idée de composer une complainte sur le sujet.

Cette composition a reçu la faveur de la tradition populaire. Elle a été transmise oralement jusqu'à nos jours et a été abondamment diffusée à l'extérieur de Memramcook. Lorsque j'ai effectué ma recherche pour cette étude pendant l'hiver de 1976, j'ai réussi à inventorier seize versions conservées dans différentes archives. La plupart viennent du sud-est du Nouveau-Brunswick, c'est-à-dire des comtés de Kent et de Westmorland. Par ailleurs, une version a été recuellie en Gaspésie et trois à l'Île-du-Prince-Edouard. Il est intéressant de noter que la première version a été recueillie à Port-Daniel en Gaspésie en 1923 par Marius Barbeau. Je donne au début de cet article une version esthétique de cette chanson que j'ai reconstituée après une soigneuse étude comparée des seize versions que j'avais trouvées dans des archives. Quant à la mélodie, elle provient de la version recueillie auprès de Mme Evéline Arsenault-Fillion de Montréal, autrefois de Cocagne au Nouveau-Brunswick.12 À l'instar de la plupart des chansons de composition locale, la mélodie de celle-ci est empruntée à un air préexistant. Ici, l'air qui a servi à la mélodie est celui de la chanson traditionnelle française, Le départ du soldat: le glas, titre conforme au Catalogue de la chanson folklorique française de Conrad Laforte.'13

Au point de vue de sa forme, disons que la complainte contient douze quatrains hétérométriques. Les deux premiers vers de chaque couplet sont alexandrins alors que les deux derniers sont décasyliabiques. La rime est sans alternance, souvent assonancée en « é » ou en « an. »

L'élément narratif compte pour beaucoup dans cette chanson. Cependant, l'auteur fait intervenir à cinq reprises des personnages liés au drame en leur donnant la parole. Tout comme la forme habituelle des complaintes, le premier couplet invite les gens à entendre la chanson. Dans ce même couplet la victime est identifiée et son sort, révélé. Le corps de la chanson est consacré à la relation du drame qui y est rapporté en détail. Enfin, le dernier couplet sert d'avertissement. L'auteur prévient les voyageurs de ne pas s'arrêter à la même auberge où McCarthy a été assassiné; et surtout de ne pas étaler publiquement le contenu de leur bourse, car cet argent, tout comme leur vie, pourrait bien y rester.

Selon Exelda Leblanc, petite-fille de l'auteur de la complainte, son grand-pére avait lu l'histoire de l'affaire McCarthy dans les journaux. Cette remarque est tout à fait plausible car la plupart des faits racontés dans la chanson sont conformes à la declaration d'Annie Parker à l'enquête préliminaire du 21 janvier 1878 et qui a été publiée en détails quelques jours plus tard dans Le Moniteur Acadien.14 Le seul détail qui n'apparaît pas dans les rapports des enquêtes et des procès est celui que l'on retrouve dans le dernier vers du 7c couplet. Ici, l'auteur voudrait que McCarthy ait dernandé un prêtre après qu'il a eu bu le poison. Selon toute probabilité, l'auteur a tiré ce renseignement de son cru. La question s'impose à savoir pourquoi il aurait fait ainsi. Serait-ce possible qu'il ait voulu simplement embellir, pour ne pas dire idéaliser, l'image de la victime?

Par sa chanson, Honoré Leblanc reconnaît la véracité du témoignage d'Annie Parker et inflige aux Osborne la responsabilité du meurtre. Il serait intéressant de savoir si l'auteur a composé la complainte avant la fin du procès ou une fois les accusés relâchés et les poursuites retirées. Si elle n'a été composée qu'après la clôture de l'affaire, il faut croire qu'Honoré Leblanc était convaincu que les Osborne étaient les véritables meurtriers. Quoi qu'il en soit, un siècle après ce drame, les Osborne sont toujours tenus responsables de la mort de Timothy McCarthy, et ce par l'entremise de la complainte.

L'étude comparée des seize versions de cette complainte a sans doute démontré qu'elle a été assez bien conservée. Treize versions comptent au moins sept des douze strophes et trois d'entre elles contiennent les douze couplets.

Comme pour toutes les chansons transmises oralement pendant un siècle, il s'est produit de nombreuses variantes. Par exemple, les noms Weldon et Osborne sont souvent déformés et parfois interchangés. Aussi, quelques vers sont très instables de sorte quc leur sens varie d'une version à une autre. De fait, sans avoir eu en main les documents historiques tels que publiés dans Le Moniteur Acadien, il aurait probablement été difficile, pour ne pas dire impossible, d'en trouver le sens premier. Cette grande instabilité de certains vers est sans doute due à la faiblesse du texte original. D'un autre côté, certains vers ou détails sont étonnammant fixes. Par exemple, la date du meurtre reste le 12 octobre dans toutes les versions.

J'ai dit, au début de mon exposé, que la légende avait aussi véhiculé l'histoire du meurtre de McCarthy. Ne pouvant en discuter dans le cadre de cet article, je me contenterai de dire que plusieurs récits légendaires, ayant trait au meurtre, ont été recueillis récemment dans le Sud-Est néo-brunswickois par Catherine Jolicoeur qui, depuis un certain temps, s'adonne à des enquêtes intensives sur la légende acadienne. En parcourant les récits légendaires qu'elle a recueillis, j'ai découvert que la complainte a permis la transmission et la conservation de cette légende.

En terminant, je dois dire qu'à mon avis la chanson Le meurtre de Timothy McCarthy est une des plus intéressantes complaintes acadiennes de composition locale. Nous pourrions même ajouter que son scénario est tout aussi captivant que bon nombre de complaintes moyenâgeuses. Pour un chanteur acadien, elle aurait même plus de signification que les anciennes complaintes françaises car elle remémore un événement tragique survenu à une époque et dans un espace qui lui sont beaucoup plus rapprochés. 



1 Rev. ed., Philadelphia, American Folklore Society, 1964.
2 Larry Gorman: The Man Who Made the Songs (Bloomington: Indiana Univ. Press, 1964); Lawence Doyle: The Farmer-Poet of Prince Edward island. A Study in Local Songmaking (Orono: Univ. of Maine Press, 1971).
3 Marius Barbeau, Romancero du Canada (Montréal: Éditions Beauchemin, 1937), p. 184.
4 Le Moniteur Acadien, le 13 décembre 1877, p. 2.
5 ibid., le 24janvier 1878, p.1,        6  Ibid., le 23 mai 1878, p. 2.
7 lbid., le ler aoüt 1878, pp. 2 et 3.
8 Ibid., le 15 aoüt 1878, p. 2.
9 Ibid.,le 19 décembre 1878,p. 2.
10 Cette traduction de l'annonce a été publiée dans Le Moniteur Acadien, le 21 aoüt 1889, p. 4.
11 Le Moniteur Acadien, le 14 octobre 1890, p. 3.
12 Centre d'études acadiennes, collection Père Anselme Chiasson, enregistrement 1228. La transcription musicale est de Charlotte Cormier, ethnomusicologue au C.E.A.
13 Québec, Les Presses universitaires Laval, 1958.
14 Le Moniteur Acadien, le 24 janvier 1878, p. 1 et 2.






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Objectifs d'apprentissage

Les apprenants viendront à connaître les différents types de chansons folkloriques traditionnelles communes au Nouveau-Brunswick.


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