Christine Davis, Tlön (2003)

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(4 photos)

Projection de diapositives sur un écran de papillons Morpho Repères : art canadien contemporain, dix ans d'acquisition Diapositive de cosmos Diapositive de figure humaine

Entrevues

Vidéo Christine Davis

Dans l'extrait video suivant, Christine Davis discute de la perception de Tlön (2003) selon les visiteurs ainsi que l'importance de son équipement.
(disponible en anglais seulement)

Notes biographiques de l'artiste

Christine Davis est née en 1962 à Vancouver, Colombie-Britannique, et vit maintenant à Toronto, Ontario. En 1984, elle a terminé un baccalauréat en arts visuels à l'Université York (Toronto), où elle a aussi étudié la danse et les mathématiques.

Ses installations combinent divers médias, comme la photographie, les diapositives et des matières naturelles (par exemple, papillons, fleurs et plumes). Souvent inspirée par des œuvres littéraires, elle s'intéresse aux systèmes de connaissances et au naturalisme scientifique. Sa pratique artistique explore comment l'art et la danse peuvent articuler les pensées et les émotions d'une façon que les mots n'arrivent pas à exprimer.

Les œuvres de Davis ont été exposées au Canada, notamment à la Presentation House Gallery (Vancouver), au Musée canadien de la photographie contemporaine (Ottawa), à Power Plant (Toronto), au Mois de la Photo (Montréal), et à la Biennale de Montréal. Davis est aussi la cofondatrice du magazine international et multidisciplinaire Public.

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Vidéo Christine Davis

Dans l'extrait vidéo suivant, Christine Davis discute de son développement en tant qu'artiste et de ses intérêts.
(disponible en anglais seulement)

Œuvre

Tlön, ou comment j'eus entre les mains un vaste fragment méthodique de l'histoire totale d'une planète inconnue est une installation de diapositives. Deux projecteurs de diapositives présentent simultanément des images en fondu enchaîné de phénomènes cosmiques (à l'exception d'une image d'une forme humaine) sur un écran composé de papillons. Ces images viennent de caméras utilisant des technologies de pointe de rayons X et gamma capables de capter des images de nébuleuses, de quasars et de supernovas. Davis a couvert l'écran de velours noir et y a fixé des centaines de papillons Morpho bleus à la façon d'une grille. Chaque papillon est unique, mais une fois réunis, les papillons semblent former un tout.

L'inspiration pour Tlön est une nouvelle de l'auteur argentin Jorge Luis Borges intitulée Tlön, Uqbar, Orbis Tertius (1940). Il y relate la découverte de la planète Tlön inventée par une société secrète en Europe durant le Siècle des Lumières. Dans cette non-fiction, Borges décrit la culture, les langages et l'histoire de la planète.

Davis a écrit la première moitié du titre de l'œuvre, « Comment j'eus entre les mains », en référence à la capture d'un papillon dans ses mains—une tâche pratiquement impossible. La seconde partie du titre, « un vaste fragment méthodique de l'histoire totale d'une planète inconnue », est une citation tirée de la nouvelle de Borges.

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Projection de diapositives sur un écran de papillons Morpho

Christine Davis
Tlön, ou comment j'eus entre les mains un vaste fragment méthodique de l'histoire totale d'une planète inconnue
2003
Projection de diapositives sur un écran de papillons Morpho
143.5 x 216 x 7 cm (cadre des papillons)
Musée des beaux-arts de Montréal
Achat, fonds de l'Association des bénévoles du Musée des beaux-arts de Montréal
Photo MBAM, Christine Guest

En coulisse

La section « en coulisse » donne des détails sur les papillons que Davis utilise dans Tlön ainsi que sur les caractéristiques de l'installation et le programme informatique de l'œuvre.

Équipement et conception

Tlön comprend le matériel qui suit :

  • 2 projecteurs de diapositives (KODAK EKTAPRO);
  • Cartes de mémoire flash avec programme de fondu enchaîné;
  • Unité de contrôle du fondu;
  • Cabinet pour placer les projecteurs de diapositives;
  • Écran avec papillons Morpho bleus;
  • 23 diapositives d'images de phénomènes cosmiques et 1 diapositive d'une forme humaine.

Chaque seconde du film compte 24 images. Davis s'intéresse à ce qui arrive entre les images dans un film. En présentant ces 24 diapositives, Tlön montre les multiples possibilités qui peuvent se produire à l'intérieur de cette seconde.

Papillons

Les papillons Morpho viennent des forêts tropicales du Mexique et d'Amérique du Sud. Davis commande sur l'Internet les spécimens nécessaires pour Tlön. Les papillons sont injectés d'eau chaude afin de permettre leur manipulation. Au lieu de monter les papillons avec les ailes anormalement étendues comme le font les collectionneurs, Davis préfère les fixer avec les ailes ouvertes aux trois quarts, comme s'ils étaient sur le point de s'envoler de l'écran.

Un mystère scientifique entoure l'essence de la teinte bleue du papillon Morpho. Les papillons n'ont pas une pigmentation bleue, mais plutôt des écailles iridescentes qui réfractent la lumière. Les images cosmiques projetées sur l'écran sont difficiles à percevoir, parce que la lumière des projections devient floue lorsqu'elle est reflétée par les ailes étincelantes des papillons. Tlön est exposée dans une salle sombre, et les projections sont la seule source de lumière de l'installation. Cette source révèle ainsi la couleur bleue réfractée.

Installation

Davis a créé Tlön pour un espace d'exposition particulier du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), qui a servi de norme pour les expositions subséquentes. Tlön est exposée seule dans une petite salle sombre. Le public entre dans la salle par l'unique entrée et se trouve immédiatement en face de l'écran de Tlön. En adaptant son regard à la pénombre, le spectateur prend conscience des éléments de Tlön, comme les projecteurs et les détails de l'écran. La salle compte aussi un banc permettant aux visiteurs de s'asseoir et de contempler l'œuvre. Les projecteurs sont placés dans un cabinet à la hauteur de la taille pour limiter l'excès de lumière émise à la surface des projecteurs.

Programme informatique

Tlön fonctionne avec des projecteurs de diapositives contrôlés par un programme informatique. Enregistré sur une carte de mémoire flash (ensuite ajoutée à une unité de contrôle du fondu branchée aux projecteurs), un programme informatique de fondu enchaîné commande la cadence ainsi que la luminosité et les mouvements de fondu des images. Davis cherche toujours une autre technologie qui pourrait commander la luminosité et les mouvements de fondu de la même manière.

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Diapositive de cosmos

Christine Davis
Tlön, ou comment j'eus entre les mains un vaste fragment méthodique de l'histoire totale d'une planète inconnue
2003
Diapositive de cosmos
Photo MBAM, Christine Guest

Repères : art canadien contemporain, dix ans d'acquisition

Christine Davis
Tlön, ou comment j'eus entre les mains un vaste fragment méthodique de l'histoire totale d'une planète inconnue
2003
Repères : art canadien contemporain, dix ans d'acquisition
Musée des beaux-arts de Montréal
9 juin – 3 octobre 2004
Photo MBAM, Christine Guest

Défis en matière de la conservation

La conservation de Tlön est complexe en raison de la nature délicate de l'écran aux papillons et de l'utilisation de technologies menacées d'obsolescence.

Écran aux papillons

L'écran sur lequel les images cosmiques sont projetées est couvert de 256 papillons Morpho épinglés à une feuille de velours noir. Les papillons trop endommagés pour être considérés comme des spécimens (par exemple, une déchirure visible sur une aile) doivent être remplacés.

Le MBAM possède un nombre limité de papillons de rechange pour cet objet.

Pour assurer la conservation à long terme, les papillons fragiles nécessitent une attention spéciale. Davis et Richard Gagnier, Chef du Service de la restauration du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), discutent présentement d'une technique chimique pour mieux restaurer et conserver les papillons. Entre-temps, du ruban adhésif est utilisé à l'occasion. Davis a aussi donné les coordonnées du fournisseur de papillons au MBAM au cas où il devrait en acheter.

Projecteurs et diapositives

Davis a précisé le modèle exact de projecteur de diapositives pour l'exposition de Tlön – le KODAK EKTAPRO. Ce modèle est le seul type de projecteur de diapositives capable de faire fonctionner le programme informatique de fondus enchaînés. Le MBAM possède actuellement deux de ces projecteurs rares et chers et cherche à en acheter deux de plus qui serviraient de solution de remplacement. Les projecteurs de diapositives sont une technologie vieillissante que nombre de compagnies ne fabriquent plus. Lorsque ces projecteurs commenceront à tomber en panne, il sera de plus en plus difficile de les réparer ou de les remplacer.

Davis convient que des copies numériques des diapositives seraient une stratégie utile de conservation à long terme afin de multiplier les sources d'entreposage des diapositives. Si toutefois les projecteurs cessaient de fonctionner, elle n'utiliserait pas les copies numériques dans l'œuvre même. La portée lumineuse de la technologie analogique est plus grande que celle de la technologie numérique, et Davis ne croit pas qu'un projecteur vidéo présentant des copies numériques des diapositives sur DVD arriverait à capter les subtilités du programme informatique de fondu enchaîné. Les diapositives sont des photographies projetées avec une lumière qui brille à travers elles, tandis que la vidéo est composée de pixels.

Pour Davis, les projecteurs de diapositives et le programme de fondu enchaîné font partie intégrante de l'œuvre. Ces composants sont aussi importants que l'écran aux papillons et les images projetées. Davis considère les projecteurs et l'écran comme travaillant ensemble à la manière d'une unité ou d'une machine. Si les projecteurs étaient remplacés par une technologie numérique, Davis estime que le résultat serait simplement un spectacle de ce que l'œuvre a déjà été.

Par ailleurs, Davis estime que l'écran et le son des projecteurs de diapositives évoquent la respiration : « L'écran est quelque chose qui respire. C'est ce qui est paradoxal pour moi : j'utilise ces images fixes, invariables, mais avec le processus qui les anime, c'est comme si vous insuffliez la vie. Et je pense que le son du projecteur […] ressemble à la respiration. Le son est très important. Si on passe au DVD, est-ce qu'on transforme le son? Eh bien, ce serait comme placer un respirateur – à la respiration artificielle! »

Documentation

Si les projecteurs de diapositives deviennent inutilisables, Davis préfère que l'œuvre cesse de fonctionner plutôt que de mettre l'équipement de Tlön à jour. Davis a recommandé au MBAM d'utiliser le film 35 mm transféré en haute définition pour décrire le fonctionnement de Tlön. L'œuvre restera ainsi seulement sous forme de document – comme une performance.

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Diapositive de figure humaine

Christine Davis
Tlön, ou comment j'eus entre les mains un vaste fragment méthodique de l'histoire totale d'une planète inconnue
2003
Diapositive de figure humaine
Photo MBAM, Christine Guest

Diapositive de figure humaine projetée sur l'écran

Christine Davis
Tlön, ou comment j'eus entre les mains un vaste fragment méthodique de l'histoire totale d'une planète inconnue
2003
Diapositive de figure humaine projetée sur l'écran
Photo MBAM, Christine Guest

Vidéo Christine Davis

Dans l'extrait video suivant, Christine Davis discute de la perception de Tlön (2003) selon les visiteurs ainsi que l'importance de son équipement.
(disponible en anglais seulement)