Richard Gagnier discute des défis en matière de conservation que pose l'art médiatique

Transcription

La principale différence dans le processus de conservation des œuvres médiatiques, comparativement aux processus de conservation traditionnels, est que l'œuvre s'appuie sur la technologie et le matériel, et ce matériel peut ne pas durer longtemps, pas seulement à cause de son mode de fonctionnement ou de l'entretien qu'il nécessite – pièces de rechange, réparations, etc. – mais également en raison des pressions du marché. Dans certains cas, l'industrie produit constamment du nouveau matériel de meilleure qualité, plus polyvalent, ou qui procure une meilleure définition d'image comme, par exemple, les projecteurs et autre matériel semblable. Donc, dans le cas des œuvres qui sont à la fois liées au temps et historiquement situées dans une sorte de production quelconque, ce type de matériel peut ne plus être disponible. Ce qui est intéressant avec les œuvres fabriquées avec du matériel industriel c'est que les pièces de rechange pourraient être disponibles. Si le matériel fonctionne bien, s'il est bien construit et composé d'éléments qui peuvent être entreposés pendant longtemps, on pourrait envisager d'acheter plus d'une pièce de rechange pour un matériel utilisé pour produire une œuvre, sachant que sa durée de conservation est pratiquement éternelle. De cette façon, on pourrait simplement, d'un point de vue historique, maintenir l'œuvre dans ce contexte.

Il est important de se rappeler que ces œuvres sont également situées dans un contexte historique et d'essayer de maintenir, aussi longtemps que possible, la technologie produite à l'origine par l'artiste parce que cela souligne la capacité qu'a cette technologie de produire du sens. Si on pense à des artistes qui produisent leurs œuvres à l'aide d'une technologie particulière, des gens comme Bill Viola et Gary Hill, on remarque aussi, dans la conceptualisation de leur travail, une certaine évolution qui va de pair avec l'usage de la technologie, une sorte de raffinement, une façon d'aborder et de remettre en question les différents types de technologies à mesure qu'elles deviennent de plus en plus disponibles avec le temps. Cela diffère des types de remise en question auxquels se livraient les artistes par le passé, où ils venaient avec ce matériel – qui avait sa propre signification – et l'œuvre qu'ils se proposaient de concevoir. Et à cet égard, cela permet aussi de situer, conceptuellement, une œuvre particulière dans l'ensemble de l'œuvre de l'artiste, qu'il est important de conserver. Selon moi, un des plus gros défis à relever est de ne pas perdre cet aspect des œuvres situées dans un contexte historique, quoi qu'il en coûte.