La Banque des fermiers de Rustico
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La Banque des fermiers de Rustico

 

La Banque des fermiers de Rustico

La première banque du peuple au Canada

L'abbé Belcourt avait commencé à s'intéresser à un certain type d'organisation financière qui semblait florissante en Europe. Ces banques du peuple, conçues par un économiste allemand, avaient donné de bons résultats et rendu des gens ordinaires plus autosuffisants. L'abbé Belcourt entretenait une correspondance régulière avec l'historien français, Rameau de Saint-Père, qui le tenait au courant des divers mouvements économiques qui avaient cours en Europe de l'Ouest. Il sembla donc à l'abbé Belcourt que ce type de banque fonctionnerait fort bien dans une collectivité rurale comme celle de Rustico.

Il a présenté l'idée à la collectivité par l'entremise du cercle d'études qu'il avait établi dans la paroisse et qui s'appelait l'« Institut catholique ». Les paroissiens de Rustico ont vite accepté l'idée de fonder leur propre banque communautaire. L'abbé Belcourt ne s'est pas laissé décourager par l'ampleur de la tâche et il s'y est attelé avec grand enthousiasme. Le moment était propice pour une telle entreprise: l'économie était forte et il n'y avait pas assez d'argent en circulation pour les habitants de l'Île-du-Prince-Édouard à cause de la pénurie de banques dans l'Île.

L'abbé Belcourt a usé de son influence pour faire adopter un projet de loi constituant la Banque des fermiers de Rustico par l'Assemblée législative de l'Île-du-Prince-Édouard en 1863. Trois années après son arrivée à Rustico, les 350 familles de la paroisse avaient réussi à mettre de côté près de 4 000 $ pour la banque, ce qui représentait une moyenne de 10 $ par famille. La loi constituant la Banque des fermiers de Rustico a été promulguée le 21 avril 1863. Première banque du peuple au Canada, elle y fut la précurseure du mouvement des caisses populaires.

La loi constituant la banque n'avait rien d'inhabituel et était conforme à la législation traditionnelle visant les deux autres banques à charte de l'Île. La charte exigeait que les banques maintiennent des réserves-encaisse leur permettant d'accorder des prêts et d'émettre des billets d'après un multiple du capital dont elles disposaient - un ratio conservateur de deux pour un de son capital.

La loi a été adoptée à l'unanimité à l'Assemblée législative de l'Île. Celle-ci ne comptait que deux banques et, par conséquent, on y manquait continuellement de monnaie. Les législateurs ont reconnu que tout ajout à la masse monétaire peu abondante serait avantageux pour l'économie de l'Île.

La Banque des fermiers de Rustico

En 1859, l'abbé Belcourt est arrivé pour remplir ses fonctions comme curé de la paroisse de Rustico. Il y a trouvé une collectivité acadienne très peu scolarisée, dont le niveau de vie était très bas et l'état financier, lamentable. Pendant près d'un siècle, la langue et la religion des Acadiens les avaient tenus à l'écart de la grande partie de la population de l'Île.

La plupart des habitants du village vivaient de chasse et de pêche. L'économie de l'Île se portait très bien, mais l'argent était rare et le crédit coûtait cher. Les quelques banques de l'Île demandaient des taux d'intérêt très élevés et les fermiers devaient donc se tourner vers des marchands locaux pour obtenir du crédit pour s'approvisionner. Ils payaient donc ce crédit très cher et étaient obligés à longueur d'année ou presque envers les marchands.

L'abbé Belcourt croyait qu'il devait voir non seulement aux besoins spirituels de la collectivité, mais aussi à ses besoins matériels. Il a donc décidé de faire quelque chose pour aider les Acadiens à devenir plus autosuffisants. Il croyait que les fermiers devaient avoir accès à des prêts agricoles à des taux d'intérêt raisonnables. Il était convaincu que c'était la meilleure solution pour que la collectivité parvienne à une certaine indépendance financière. Il a donc décidé que la réponse se trouvait dans une banque locale qui offrirait des prêts à bas taux d'intérêt.

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Femme  acadienne debout à la porte

La langue et la religion des Acadiens les avaient isolés du reste de l'Île. 2003, Carter Jeffrey.

L'abbé Georges-Antoine Belcourt -  plan rapproché dans le bureau

Portrait de l'abbé Georges-Antoine Belcourt. Vers 1860, collection de la Banque des fermiers.

L édifice de la Banque des fermiers

La Banque des fermiers était aménagée dans la salle paroissiale construite en grès de l'Île. 2008, Barry King.

Dessin vers 1880 les Acadiens à Rustico étaient pêcheurs et les agriculteurs.

Beaucoup de vie des Acadiens à Rustico étaient pêcheurs et les agriculteurs. Dessin vers 1880, Collection Harris, Centre de la Confédération des arts.

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