Histoire - À la recherche d'une route

Parti en reconnaissance pour établir la piste, Dewdney fit deux détours significatifs par rapport à ce qui allait devenir l'itinéraire officiel.

Itinéraire Numéro 1

A travers les Monashees au nord du lac Christina puis vers l'est en direction des lacs Arrow et ensuite vers le sud, le long de la Columbia en direction de Fort Shepherd.

Selon les conseils du facteur de l'HBC (Compagnie de la Baie d'Hudson) McDonald, Dewdney se dirigea vers deux sommets éloignés dont il se rendra compte bien plus tard qu'il s'agissait des montagnes de Selkirk. Cet itinéraire signifiait que Dewdney se dirigea vers le nord de ce qui est maintenant connu sous le nom de Grand Forks, vers le bras nord de la Kettle, puis vers l'est après avoir franchi l'extrémité nord du lac Christina et continua dans cette direction jusqu'à ce qu'il atteignit les lacs Arrow. L'extrait suivant est tiré de sa lettre datée du 27 mai 1865, à Fort Shepherd.

"Monsieur, J'ai l'honneur de vous informer que je suis arrivé en aval du lac d'Arrow au matin du 25 après un voyage éprouvant depuis l'Inchwointon, ou bras nord de la rivière Kettle, affluent de la Columbia.

Dans cette lettre, vous trouverez également un schéma de l'itinéraire emprunté par moi et mes hommes.

Après avoir quitté la rivière Boundary j'ai voyagé selon les directions indiquées sur le plan par la ligne en pointillés rouges.

L'itinéraire est excellent pour un sentier ou une route de la rivière Boundary à l'Inchwointon, mais à cette saison, toute la vallée située autour de cette rivière est inondée, sur un mille de large - et en plus, avec les chutes de pins et de peupliers, le fleuve devient impraticable.

J'ai donc été obligé de descendre l'Inchwointon jusqu'au croisement de la piste de Mr McKay, à une centaine de mètres en amont de la rivière Kettle. Là j'ai reçu un canoë en cadeau des Indiens, et j'ai rejoint mon équipage.

Le jour suivant, j'ai repris la route, remontant l'Inchwointon et campant sur ses rives, au sud d'un pic semblable à la terre rouge de Vermillion Forks qui s'avéra être un barrage en y regardant de plus près. Ne pouvant contourner ce point situé sur la ligne de l'itinéraire proposé, j'ai franchi les collines et depuis leur sommet on pouvait clairement voir le col qui je crois est celui que mentionne M. McDonald, un passage qui semble très facile. J'ai également observé un autre col en apparence plus bas que le précédent selon les indications données sur le plan qui me sert de guide, et répondant à la description que M. Jenkins donnait des interprétations de Mr Mc Donald, interprétations elles-mêmes basées sur des relevés des Indiens. Je pouvais également apercevoir les sommets enneigés des hautes montagnes de ce que je pense être la montagne de Mr McDonald et le col conduisant derrière.

Je me suis décidé à examiner tout cela et à trouver un bon col afin d'effectuer la traversée jusqu'au point B indiqué sur le plan. Là je me suis trouvé comme dans un amphithéâtre montagneux, et en partant à l'ascension du col le moins élevé, je me suis retrouvé à une altitude de 6800 pieds dans 5 pieds de neige. De là, j'avais une vue d'ensemble sur la vallée de la Columbia, à une distance (que j'estimais) d'environ trois jours de voyage. J'ai marché pendant environ une journée dans la neige, et en entamant la descente, j'ai pu voir la vallée sur laquelle, d'après moi, débouche l'autre col.

Son altitude est selon moi, à peu près identique, mais la montée et la descente sont plus progressives.

Les Indiens m'ont expliqué qu'il y a le même niveau d'enneigement sur les deux sommets.

Les souvenirs de Dewdney à propos du territoire qu'il explora en 1865 demeuraient vivaces et furent rapportés à divers journalistes au fil des ans.

Extrait du Rossland Miner, le 23 Mai 1896

"L'Honorable Edgar Dewdney, Lieutenant Gouverneur de la Colombie Britannique, est arrivé à Rossland mardi et a visité les environs afin d'y voir les mines les plus importante de la colonie ... Un représentant de "The Miner" eut une longue discussion avec lui, dans sa chambre à l'hôtel Allen, il lui raconta de nombreuses anecdotes en rapport avec la construction de la piste qui portait son nom depuis tant d'années ....

Cela fait déjà 31 ans et pourtant lorsque je prends la route pour chariots qui mène à Rossland, j'arrive à reconnaître de nombreux points de repère au premier coup d'oeil. En descendant de Revelstoke par bateau, je reconnus un endroit au bord du lac inférieur d'Arrow, où j'étais venu depuis Boundary, en patrouille de reconnaissance avec un guide Indien et un chasseur blanc. Depuis cet endroit, lorsque je descendis la rivière, tout me parut si familier. J'avais fait beaucoup d'expéditions en canoë cet été là, entre le lac de Kootenay et Fort Colville. En descendant le Kootenay, nous avions dû porter notre canoë trois fois, et la seule fois où nous le portâmes sur la rivière Columbia fut à Little Dalles. En remontant la rivière Kootenay, nous dûmes le porter 14 fois et ce fut un voyage très pénible."


Itinéraire numéro Deux

Vers le nord depuis Fort Shepherd en remontant la rivière Columbia jusqu'au confluent avec la rivière Kootenay, vers l'est longeant la rivière Kootenay en direction du lac Kootenay, puis vers le sud, vers Creston.

Le deuxième itinéraire de rechange considéré, obligea Dewdney à remonter en amont du fleuve Columbia jusqu'au confluent de la rivière Kootenay, puis il remonta cette rivière jusqu'au lac du même nom. Cet itinéraire s'avéra être une aventure car il y avait des rapides puissants et ils durent porter leurs canoës à l'emplacement actuel de la centrale électrique de Bonnington; les problèmes de canoë furent rapidement réglés par le guide de Dewdney, Peter, un Indien Salish de l'intérieur de la province, de Fort Colville plus précisément. L'itinéraire vers le haut du fleuve de Kootenay en direction du lac de Kootenay s'avéra être plus ardu que prévu en raison du terrain et de la taille du lac. Dewdney essaya d'éviter les traversées sur des étendues d'eau trop importantes, car les prospecteurs déjà alourdis par leur équipement et ralentis par les animaux n'appréciaient guère cela, impatients d'arriver à destination avant que tout l'or ne soit découvert.

Extrait de 'Building the Dewdney Trail' comme cela le fut rapporté à R.E. Gosnell par Edgar Dewdney, Vancouver Province, 14 & 21 Novembre 1908

"Mes assistants qui avaient prospecté le pays entre la rivière Kettle et la Columbia me fournirent suffisamment d'informations, en plus de ce que j'avais appris de M. Hardisty, me convaincant que je pouvais compter sur un itinéraire praticable pour cette première portion de piste. Le pays à travers lequel j'avais voyagé était infranchissable, en particulier parce qu'il aurait fallu un long parcours en bac pour traverser le lac Arrow. Je me suis alors décidé à explorer la rivière Koutenais depuis son embouchure dans le lac, afin de voir si je pourrais traverser le lac sans trop de souci et utiliser le passage entre la baie de Crawford et la rivière de St Marie, j'avais conseillé à mes hommes de rester à Fort Shepherd jusqu'à mon retour. J'avais engagé les services de deux Indiens expérimentés et j'avais commencé mon voyage dans un petit canoë en écorce de bouleau. J'ai beaucoup voyagé à travers la Colombie Britannique et dans toutes sortes de bateaux et canoës, une embarcation en écorce de bouleau était le choix le plus pratique. C'est une matière qui reste toujours sèche et si un accident survient, on peut facilement réparer, de plus, les Indiens avaient toujours sur eux des morceaux d'écorce de rechange et de la colle. Au cours de ce voyage, en remontant à la rame en amont de la Kootenay jusqu'au confluent de la Slocan, j'ai vu des canards et j'ai aussitôt attiré l'attention de l'Indien dont l'arc était pointé vers eux, celui-ci avait aussi un pistolet. C'était un pistolet à percussion, et en le sortant de l'avant du canoë, la gâchette se coinça et un coup de feu partit, faisant exploser la proue du canoë. En un instant, l'Indien sortit du canoë et le tira vers le rivage, et tenant ce qui restait de la proue hors de l'eau, il l'emmena jusqu'au rivage sans s'en faire, comme s'il ne portait que quelques gallons d'eau. Une nouvelle proue fut réinstallée à l'avant du canoë, nous nous remîmes en route en moins d'une heure. La rivière Kootenay, comme le savent tous ceux qui l'ont vue, a un débit très rapide entre son embouchure et le lac; sur une distance d'environ vingt-cinq milles, nous avons dû porter les canoës pas moins de 14 fois, et nous avons dû les porter pendant près d'un mille à proximité de ce qu'on appelle aujourd'hui les chutes de Bonnington. Il y avait avec moi un Indien appelé Peter, venant de Fort Colville. C'était un homme très fort, il portait mes couvertures, un sac de farine sous chaque bras, ainsi que ses propres pièges, les rames et pagaies, et de surcroît les canoës sur son dos. Il s'arrêta une fois lors d'un portage, pour me dire de me retourner et de regarder les chutes, dont je pouvais entendre le grondement, bien que la piste fût à une distance relativement importante de là. J'ai pensé que c'était les plus belles que j'avais vues de toute ma vie, mais à l'époque, j'étais loin de m'imaginer qu'un jour, on les exploiterait comme énergie hydroélectrique alimentant la quasi-totalité du pays que je m'apprêtais alors à explorer.

Après avoir atteint le lac, j'ai traversé ce qui est connu comme étant la baie de Crawford puis j'ai remonté quelque peu vers le haut de la vallée en direction de la rivière St Marie. Je suis cependant arrivé à la même conclusion que pour la traversée du lac Arrow, le bac était trop lent, sachant à quel point cela était désagréable pour les porteurs. Alors que je me trouvais sur le lac, j'ai songé à rejoindre son extrémité est, je suis revenu ensuite par l'ouest puis j'ai pris la direction du sud, vers les Kootenays et Fort Shepherd. Sur le versant est, les Indiens me firent remarquer qu'ils appelaient la montagne de Chicamen, la montagne "en métal". Ils m'expliquèrent qu'ils fabriquaient des balles à partir du plomb qui sortait des fissures de la roche. Cette montagne se situait dans ce que l'on appelle désormais, pour autant que je sache, la concession Great Blue Bell. En descendant le côté ouest du lac à l'endroit où se dresse maintenant Ainsworth, je suis tombé sur un homme blanc s'entraînant au tir, entouré de plusieurs petits garçons indiens nus. J'ignorais complètement qu'il pût y avoir un homme blanc dans cette partie du pays. J'ai engagé la conversation avec lui et je suis descendu sur la rive. C'était un homme très intelligent et il me demanda de revenir un peu sur mes pas afin d'observer un minerai particulier qui selon lui s'apparentait à du chlorure d'argent. Il m'emmena également jusqu'à des sources d'eau. Cet endroit était devenu assez important, et une bonne quantité de minerai de plomb argentifère utile était partie de là. Au cours de la conversation, cet individu me dit qu'il s'appelait Dick Fry et qu'il avait été un des premiers découvreurs d'or en Colombie Britannique. Il avait épousé une femme indienne de la tribu de Pend d'Oreille. Il me confia également qu'il était parmi les hommes qui découvrirent et travaillèrent à la mine près de l'embouchure de la rivière; ils furent attaqués par les Indiens, mais lui, comme il s'était marié avec une des leurs, ne fut pas touché et vivait dans le pays depuis cette époque. Par la suite il fut l'un de ceux qui découvrirent les mines de Hall, mais, quoiqu'il en soit, il s'intéressait aux premiers endroits découverts. Il mourut en 1898 à Rathdrum dans l'Idaho.

Après avoir fait mes adieux à Dick Fry, je repris la route vers Fort Shepherd, remontant presque tous les rapides, et je n'eus que trois portages à faire, et j'arrivai à Fort Shepherd, déterminé à..."

Lors de ces premiers voyages de reconnaissance, Dewdney passa par de nombreux sites intéressants. Le plus fascinant de tous s'avéra sans doute être les chutes de Bonnington qui, du fait de leur puissance et de leur débit, obligèrent l'équipage à effectuer de nombreux portages. Aujourd'hui, ce secteur possède un nombre considérable de centrales hydroélectriques alimentant en électricité ce vaste territoire; l'apparition de ces centrales a néanmoins altéré à jamais l'aspect du paysage. Dewdney passa par certaines régions, devenues à présent des villes d'importance telles que Catslegar et Nelson. Il était loin d'imaginer que le sol avait une telle teneur en minéraux, ce qui par la suite, aurait un effet catalyseur sur l'essor de sites miniers importants comme la mine Blue Bell à Riondel, les mines d'Ainsworth et celle de Silver King à Nelson. Les relevés cartographiques de Dewdney lui permirent cependant de se faire une idée de l'aspect géologique avant que cette région ne s'industrialise.

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