L'œuvre littéraire de Carr

Prises par ses obligations de propriétaire résidente à Victoria et disposant de très peu de temps et d'énergie à consacrer à sa peinture, Emily Carr commence à penser traduire ses souvenirs d'enfance en courts essais littéraires. Elle s'inscrit à un cours d'écriture en 1926 et envisage sérieusement de devenir écrivaine. Lorsqu'elle recommence à peindre avec une intensité et une vigueur renouvelées, à la fin des années 1920, elle met l'écriture de côté. Mais au début des années 1930, Lawren Harris l'encourage à raconter ses souvenirs des villages des Premières nations et à entamer son autobiographie1. En 1934, Carr s'inscrit à la Provincial Normal School pour un cours d'été dispensé par Bellie de Bertrand Lugrin, une écrivaine professionnelle. Ces cours permettent à Carr de perfectionner son style, en parlant des animaux et des Premières nations dans le contexte de récits pour enfants. Un de ses écrits, «The Hully-Up Paper», est voté meilleur texte de la classe2. Elle envoie son travail à des éditeurs de magazines populaires tels Maclean's, Saturday Evening Post et Atlantic Monthly, mais ne reçoit qu'une volée de lettres de refus.

Carr continue à dessiner et peindre de façon sporadique jusqu'en 1937, année où une crise cardiaque la cloue au lit et l'empêche de continuer. Elle consacre alors toute son énergie créatrice à l'écriture et, entre 1937 et 1941, complète les ébauches de la plupart de ses futurs écrits. Cependant Carr éprouve des difficultés à faire publier ses récits, jusqu'au jour où Ira Dilworth, cadre à la Société Radio-Canada et professeur, qui la connaît depuis son enfance, l'aide à s'imposer comme écrivaine. En 1938, immédiatement après avoir pris connaissance de ses textes, il diffuse des récits de Carr à la radio d'état. Il négocie ensuite au nom de Carr avec l'Oxford University Press de Toronto qu'il persuade en fin de compte de publier Klee Wyck et The Book of Small3.

Klee Wyck, d'abord publié en 1941, connaît un immense succès populaire, en partie parce que la population canadienne, déprimée par la guerre, trouve un réconfort dans les légendes des Premières nations racontées par Carr. Le livre est également encensé par les critiques: en 1941, Carr reçoit le prix littéraire du Gouverneur général dans la catégorie littérature non romanesque. The Book of Small, publié un an plus tard, consolide sa réputation d'écrivaine émérite, et Carr accède finalement à la renommée qu'elle avait espéré atteindre avec ses peintures.

Lors de son décès en 1945, elle lègue ses manuscrits à Dilworth et le nomme exécuteur testamentaire littéraire de sa succession. Il prépare et fait publier ses autres textes, y compris Pause : A Sketchbook, une réminiscence du temps passé dans un sanatorium en Angleterre; House of All Sorts, une collection de souvenirs de ses locataires pittoresques de Hill House; et Growing Pains (Les maux de la croissance), son autobiographie.

À l'exception de Fresh Seeing, une compilation de ses allocutions publiques publiée en 1972, les écrits de Carr sont réimprimés depuis leur publication originale. Ses récits ont été traduits en français et en japonais, et de nouvelles éditions de ses œuvres enrichies de textes d'introduction rédigés par les spécialistes de Carr continuent d'être publiées. Ses livres ont joué un rôle important dans la création de son héritage et continuent d'influencer la façon dont les nouvelles générations appréhendent son art et sa vie.

 

Œuvres publiées d'Emily Carr

The Book of Small. Toronto, Oxford University Press, 1942.

Fresh Seeing, Two Addresses by Emily Carr, préface de Doris Shadbolt, introduction d'Ira Dilworth. Toronto, Clarke, Irwin, 1972.

Growing Pains, The Autobiography of Emily Carr, Toronto, Oxford University Press, 1946.

Les maux de la croissance, autobiographie. St-Laurent, Québec. Traduit par Michelle Tysseyre aux éditions Pierre Tysseyre, 1994.

The Heart of a Peacock, Toronto, Oxford University Press, 1953.

House of All Sorts, Toronto, Oxford University Press, 1953.

Hundreds and Thousands, The Journals of Emily Carr, Toronto, Clarke, Irwin, 1966.

Klee Wyck, Toronto, Oxford University Press, 1941.

Pause: A Sketchbook, Toronto, Clarke, Irwin, 1953.

1 Paula Blanchard, The Life of Emily Carr, Vancouver: Douglas & McIntyre, 1987, p. 236.
2 Blanchard, Life of Emily Carr, p. 237.
3 Maria Tippett, Emily Carr: A Biography, Toronto: Stoddart, 1994, p. 256.