Retour aux Plans de lešons

Annexe: Regards différents

Le 1er janvier 1936:

J’ai peint un de mes croquis de jungle épaisse. Je deviens peut-être «plus jungle». Ces croquis ne seront pas aimés. Peu de gens connaissent la jungle, s’en soucient ou veulent la comprendre. Un bouleversement organisé de la croissance, voilà ce que sont ces sous-bois touffus; et pourtant il y a de la place pour tout. Chaque semence a germé, perçant le sol fertile pour émerger à l’endroit le plus ouvert à sa portée, sans empiéter sur les autres, occupant sa place comme partie du «grand tout». Les générations précédentes ont toutes fait la même chose. Dieu soit loué! elles sont vitales! Rien ne se compare à cette poussée de la vie.

Emily Carr, Hundreds and Thousands: The Journals of An Artist. Toronto, Irwin Publishing, 1966, p. 214.

Beaucoup d’étiquettes ont été accolées à Emily depuis quelques années … Dernièrement, on l’a souvent qualifiée d’«environnementaliste» … Emily était une naturaliste, presque une adoratrice de la nature, et elle respectait et aimait instinctivement les grandes forêts de la Colombie-Britannique et ses rivières et ruisseaux aux eaux limpides. Elle abhorrait les détritus et toute forme de destruction, et la dévastation impitoyable causée par les opérations forestières la peinait et la choquait.

Edythe Hembroff-Schleicher, Emily Carr: The Untold Story. Saanichton, Hancock House, 1978, p. 274.

Je crois que les derniers tableaux forestiers expressionnistes peints par Carr doivent également être perçus comme profondément historiques … la turbulence des tableaux de Carr, inscrits dans cette même tradition d’un paysage national à valeur allégorique, reflètent la turbulence réelle de l’histoire, telle que vécue sur le terrain, l’industrialisation forcée de la nature sauvage …

Robert Linsley, “Landscapes in Motion: Lawren Harris, Emily Carr and the Heterogeneous Modern Nation” Oxford Art Journal, v.19, 1986, pp. 80–95.

Dans Grey il n’y a pas de forme indienne, même si on y retrouve beaucoup de l’esprit indien: un univers sombre et fermé, un silence iconique confrontant, un œil symbolique, un aperçu du secret intérieur au cœur de la forêt, hors du temps et de l’espace. Aucune œuvre ne manifeste avec autant d’intensité l’association mystique de Carr à l’esprit obscur et hanté de la forêt, auquel les Indiens l’avaient éveillée.

Doris Shadbolt, Emily Carr. Vancouver, Douglas & McIntyre, 1990, p. 143.