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Annexe: Moderniser la côte ouest

L'art indien élargit ma façon de voir, relâcha le formalisme appris dans les écoles anglaises. Ses proportions impressionnantes et sa réalité toute crue confondaient mon entendement de femme blanche. J'étais aussi canadienne de naissance que les Indiens, mais j'avais derrière moi l'hérédité de mes ancêtres de l'Ancien Monde autant que l’environnement canadien. L’ouest nouveau m’appelait à lui, mais ma vieille hérédité de l’Ancien Monde, et la façon dont j'avais été élevée me retenait. L'on m'avait appris à ne voir que l'extérieur des choses, non pas à lutter pour les percer.
L’Indien s’attaquait d’abord à l’intensité intérieure de son sujet, travaillant ensuite vers les surfaces. Il enfouissait profondément sa conception spirituelle dans le bois qu’il allait sculpter. Puis – chip! chip! ses outils rudimentaires dégageaient les symboles dont sa pensée allait se vêtir – ni faux-fuyants, ni maniérisme. Les mains maigres et précises des Indiens sculptaient ce que l’esprit indien comprenait.

Emily Carr, Les maux de la croissance: autobiographie. Trad.: Michelle Tisseyre. Montréal, Éditions Pierre Tisseyre, 1994.