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Annexe: Défis á surmonter pour devenir une femme artiste

Je demandai á M. Gibb où je devrais étudier.
- Chez Colorossi, me répondit-il sans hésiter. Les étudiants et les étudiantes y travaillent ensemble. À l’académie Julien, les classes sont séparées. Les étudiantes ont parfois grand avantage á voir le travail plus musclé de leurs confrères.
M. Gibb n’avait pas une très haute opinion des artistes femmes.
Le premier mois fut très dur chez Colorossi. Il n’y avait pas d’autre femme dans la classe, et on n’y parlait pas ma langue. Le professeur français pérorait en gesticulant devant mon chevalet – et passait outre. Je ne savais pas s’il m’avait approuvée ou condamnée. Les femmes me manquaient; il n’y avait même pas de modèles.

Emily Carr, Les maux de la croissance: autobiographie. Trad.: Michelle Tisseyre. Montréal, Éditions Pierre Tisseyre, 1994

La question «Pourquoi n'y a-t-il pas eu de grandes femmes artistes?» nous incite á conclure, qu'á ce jour, l'art n'est pas l'activité libre et autonome d'un être surdoué, «influencé» par des artistes l'ayant précédé, et plus vaguement et superficiellement, par des «forces sociales», mais plutôt, que toute la situation de la fabrication de l'art, tant en termes de développement de l'artiste que dans la nature et la qualité de l'œuvre d'art elle-même, se produit dans une situation sociale, fait partie intégrante de cette structure sociale et est conditionnée et déterminée par des institutions sociales spécifiques et définissables, qu'il s'agisse des académies artistiques, des systèmes de favoritisme ou des mythologies du divin créateur, de l'artiste viril ou du paria.

Linda Nochlin, Femmes, art et pouvoir, et autres essais. Nîmes, Jacqueline Chambon, 1993.