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Déluge - Saguenay : Un fjord exceptionnel !

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Musée du Fjord

Photo délugeLe déluge du Saguenay survenu en juillet 1996 a été d’un grand intérêt pour nos océanographes. Un tel événement naturel se produit rarement et il a fait ressortir certains éléments intéressants au niveau du fjord même. En quelques heures de pluie intense en pleine période estivale, les lacs se sont gonflés, les rivières ont débordé et des barrages ont été emportés. Environ 10 millions de tonnes de boue, de gravier, de débris divers ont été transportées dans la baie des Ha ! Ha ! et le bras nord du fjord. Le sable et le gravier se sont déposés rapidement à l’embouchure des rivières, mais la boue plus fine a recouvert les sédiments contaminés sur une vaste surface. Il y a eu formation d’une couche de sédiments argileux provenant de zones boisées et agricoles où il y avait peu de dépôts toxiques. Donc, des sédiments sans mercure ni HAP industriels. Dans la baie des Ha ! Ha !, cela représente entre 5 et 75 centimètres dePhoto déluge nouveaux sédiments déposés en quelques jours. C’est un fait historique rare ! Pour la faune benthique, c’est-à-dire les animaux qui vivent au fond des eaux et qui ont été enfouis sous plusieurs centimètres de ces sédiments, le déluge constitue une véritable catastrophe. Certains animaux pouvant se déplacer, tels les poissons, s’en sont tirés facilement en fuyant la zone sinistrée alors que d’autres espèces, incapables de s’adapter ou de se mouvoir, ont été englouties sur place.

Des carottes prises dans les sédiments de la baie des Ha ! Ha ! montrent clairement la démarcation entre l’ancienne couche de surface et la nouvelle couche plus ou moins épaisse selon le site des prélèvements. La grande question est la suivante : Est-ce que les contaminants resteront sous les récents sédiments ou remonteront-ils à la surface à plus ou moins brève échéance ? C’est un sujet d’étude important dont la réponse suggère une vaste portée environnementale.

Sédiments

Il faudra d’abord tenter de déterminer si la nouvelle couche est stable. Il faut savoir que le fond de la baie des Ha ! Ha ! est en pente de quelques degrés et que cela peut suffire à provoquer des glissements sous-marins. Nos géologues tentent de savoir si la couche de sédiments est en train de glisser ou si elle se consolide progressivement. Les données sont encore insuffisantes pour permettre de conclure.

Autre question cruciale : Est-ce que le contenu toxique des anciens sédiments va se diluer dans les sédiments propres ? On parle ici d’une " remobilisation " permettant à certains métaux de se frayer un chemin par une série de réactions chimiques et ainsi migrer à travers les sédiments. Le comportement du mercure en de telles circonstances a été examiné et les données les plus récentes indiquent que le mercure est stable. Sinon, lePhoto déluge mercure resterait bien emprisonné au fond. Qu’en est-il du mécanisme de recolonisation des zones dévastées ? Des organismes ont été détruits, mais plusieurs espèces se sont réinstallées peu à peu. Les biologistes du benthos ont suivi année par année ces espèces et parviennent à comprendre cette véritable recolonisation d’une zone toute nouvelle. Le processus est rapide et bientôt la faune aura repris tous ses droits sur les fonds marins du Saguenay.

La question la plus importante demeure la suivante : L’enfouissement sera-t-il permanent ? Pour le moment, la réponse est positive : la recolonisation est diversifiée et plus rapide que prévue. Après quatre années d’observation, on sait que le mercure et les HAP ne semblent pas se déplacer vers la nouvelle couche, du moins pas pour l’instant. Il nous faut faire preuve de prudence, car nous sommes en face de processus chimiques et géochimiques très lents. La couche de sédiments se tasse, s’organise et se structure. En principe, elle devrait pouvoir supporter une pleine expansion de l’écosystème benthique au cours des prochaines années.


Source : Émilien Pelletier, titulaire de la chaire de recherche du Canada en écotoxicologie marine, ISMER.

© Copyright Musée du Fjord 2002.