Centre d'interprétation du site archéologique Droulers-Tsiionhiakwatha
Musée virtuel du Canada

Le peuple iroquoien

Le peuple iroquoien

Homme assis sur le sol à l'intérieur d'une maison-longue manipulant des pointes de projectiles pour la confection de flèches.

Homme manipulant des pointes de projectile



Entre l'an 1300 et 1500 de notre ère, quelques vingt-cinq nations de langues iroquoiennes vivaient dans la vallée du Saint-Laurent et à l'est des Grands Lacs. Parmi celles-ci, les Iroquoiens du Saint-Laurent occupaient un vaste territoire depuis le lac Ontario jusqu'à l'estuaire du Saint-Laurent. Rencontrés par l'explorateur malouin Jacques Cartier lorsqu'il visita Hochelaga (aujourd'hui Montréal) en 1535, les Iroquoiens du Saint-Laurent semblaient avoir complètement déserté la région de Montréal lors du passage de Samuel de Champlain dans l'archipel en 1611.

L'archéologie a largement contribué à améliorer notre compréhension des populations iroquoiennes. Les recherches archéologiques et linguistiques des dernières années tendent à démontrer que les Iroquoiens du Saint-Laurent, appellation donnée par les ethnohistoriens et les archéologues, formaient un ensemble de groupes plus apparentés entre eux qu'avec les autres Iroquoiens comme les Hurons-Wendats, les Pétuns ou les Iroquois des Cinq Nations. D'où la forte probabilité que les Iroquoiens du Saint-Laurent rencontrés par Cartier constituaient des groupes distincts des nations iroquoiennes du XVIIe siècle. Depuis les premiers villages mentionnés par Cartier, un ensemble de sites iroquoiens (villages ou campements) témoignant d'une présence continue et disséminée sur un vaste territoire tout le long des basses terres du Saint-Laurent se sont ajoutés à nos connaissances sur ces populations. Ces informations illustrent bien la complexité géo-politique des occupations humaines dans la vallée du Saint-Laurent avant l'arrivée des premiers Européens.

Bord de vase du Sylvicole supérieur décoré de motifs faits de ponctuations.

Bord de vase décoré



Les Iroquoiens du Saint-Laurent étaient un peuple semi-sédentaire qui pratiquait une agriculture basée sur le maïs et une horticulture produisant les haricots, les courges, le tabac et les tournesols. Ils vivaient dans des villages palissadés qui regroupaient plusieurs maisons-longues. En plus d'effectuer les travaux de déboisement préalables à l'établissement des villages et à l'aménagement des champs, les hommes assuraient la construction des maisons-longues, des palissades, des canots d'écorce, des pirogues et des raquettes. Les activités de la chasse et de la pêche, de même que les expéditions commerciales ou diplomatiques, étaient des activités presqu'exclusivement masculines. Quant aux iroquoiennes, en plus de participer au défrichage, elles veillaient à la préparation et à la plantation des semences, à l'entretien des champs et aux récoltes, à la transformation du maïs en farine et à l'entreposage des surplus. Ce sont les iroquoiennes qui s'occupaient de la préparation des repas, de la collecte du bois de chauffage, de l'eau et des produits végétaux, de la confection des vêtements, des filets de pêche et des paniers. D'habiles potières, elles façonnaient les vases en céramique qui servaient à l'entreposage et à la cuisson. Constituant le pivot de l'organisation sociale des Iroquoiens, les femmes assuraient également l'éducation des enfants.

Reproduction d'un perçoir fait de pierre, bois et cuir

Reproduction d'un perçoir



Alors que les hommes consacraient l'essentiel de leur temps pour assurer un apport en viande, en peaux et en fourrures, les activités agricoles et horticoles incombaient essentiellement aux femmes. La complexification de cette nouvelle division sexuelle du travail serait à la base de l'implantation d'un système de parenté matrilinéaire et de résidence matrilocale. Chez les populations iroquoiennes, la transmission familiale est assurée de mère en fille et, après le mariage, les hommes devaient habituellement aller vivre dans le village de leur épouse. De plus, ils devaient emménager dans la maison-longue où vivait leur belle-mère. L'identification sociale de l'individu s'effectuait à trois niveaux : la maisonnée, la lignée maternelle et le clan. La maison longue logeait un certain nombre de familles apparentées par la lignée maternelle et issues d'un même clan, généralement associé à un ancêtre mythique qui prend la forme d'un animal totémique (ours, tortue, cerf, loup, etc). Au niveau de la maisonnée, l'aînée acquiert le statut de « mère de clan » et en plus de régir l'organisation sociale et économique, elle participe, avec les autres mères de clans, à la nomination et à la destitution des chefs civils et spirituels.

Entre l'an 1300 et 1500 de notre ère, les Iroquoiens du Saint-Laurent ont occupé des crêtes morainiques de la région du Saint-Anicet. Des indices de la présence de ces premiers agriculteurs ont été identifiés sur de nombreux sites de la région dont quatre sites majeurs : Berri, McDonald, Droulers/Tsiionhiakwatha et Mailhot-Curan. Alors que les plus anciens sites iroquoiens connus, les sites Berry et McDonald, datent du début du XIVe siècle, le site Mailhot-Curan a révélé les occupations les plus tardives datant du milieu du XVIe siècle. Le site le plus important de la région, le site Droulers/Tsiionhiakwatha a été occupé au XVe siècle et plusieurs maisons-longues y ont été identifiés. Les villageois ont laissé derrière eux des vestiges de nombreuses maisons-longues renfermant des milliers de tessons de poterie, de fragments de pipes, d'objets en os (perles, poinçons, harpons et aiguilles), d'outils polis (haches, meules, pilons) ainsi que des restes de repas en association avec de nombreuses fosses et dépotoirs. La culture matérielle mise au jour sur le site Droulers/Tsiionhiakwatha témoigne d'une réelle intégration de ses occupants dans l'échiquier de l'iroquoisie laurentienne et ne laissait aucunement présager ce qui allait se produire un siècle plus tard.

Le saviez-vous ?

Le saviez-vous ?


La dispersion des Iroquoiens du Saint-Laurent et leur absence de la vallée du Saint-Laurent au début du XVIIe siècle demeurent, encore aujourd'hui, l'objet de nombreuses hypothèses. L'isolement progressif des populations iroquoiennes suite aux épidémies pourrait constituer un élément de réponse.

Cette situation, jumelée aux nombreux conflits contemporains à l'arrivée des Européens, – notamment ceux reliés aux commerces des fourrures –, aurait pu entrainer une dispersion progressive des Iroquoiens du Saint-Laurent au sein d'autres communautés comme les Hurons, les Abénaquis et les Iroquois.

Encore aujourd'hui, la véritable histoire du destin des Iroquoiens de Saint-Anicet demeure sans réponse.