Expédition sur le mont Logan en 2007
«La vie est belle»



Information sur l’expédition
Dates de l’expédition : du 19 mai au 10 juin 2007
Membres de l’équipe :
Beat Glanzmann (Haines Junction, Yukon)
Eva Glanzmann (Haines Junction, Yukon)
Ewald Grobert (Berne, Suisse)
Thomas Tetz (Tagish, Yukon)
Tamara Goeppel (Whitehorse, Yukon)

Le 6 juin 2007, cinq personnes ont été pendant quelques heures les plus élevées au Canada. Eva Glanzmann, Beat Glanzmann, Ewald Grobert, Thomas Tetz et Tamara Goeppel se sont en effet tenus sur le sommet ouest du mont Logan peu avant minuit après l’assaut final du sommet, qui leur a demandé 12 heures d’efforts ininterrompus. Voici une brève description des préparatifs de l’équipe à l’occasion de cet incroyable périple.


Expérience
Parmi les membres de l’expédition, Beat Glanzmann est celui qui compte le plus d’expérience en alpinisme et en escalade de rochers. Il a pris part à des expéditions qui l’ont entre autres mené au sommet de l’Eiger (par le flanc nord), du El Capital (Yosemite) et du Separate Reality, pour n’en nommer que quelques-uns. Beat est une personne très motivée qui n’entreprend rien à la légère. C’est un planificateur tenace qui met la sécurité au coeur de ses préoccupations. Pour toutes ces raisons, c’est Beat qui a été choisi par l’équipe comme chef d’expédition.

Eva Glanzmann a une longue expérience du plein air étant donné qu’elle exploite à l’année longue une entreprise de tourisme en milieu sauvage en compagnie de son conjoint, Beat. Le couple, qui a émigré au Canada, est originaire de Suisse; tous deux sont donc très à l’aise en milieu montagneux. Eva ne craint absolument pas les conditions extrêmes et semble avoir des provisions inépuisables d’endurance. Par son expérience professionnelle, elle a très bien apprivoisé tout ce qui entoure une expédition.


Membres de l'expédition de 2007.
Tous à l'abri
Photo © Photographie Glanzmann 2007

Ewald Grobert a non seulement de l’expérience en alpinisme et en escalade de rochers, mais il s’est plusieurs fois retrouvé en haute altitude. Il a en effet atteint plusieurs sommets du massif de l’Himalaya. Ewald a également été invité à se joindre à l’expédition afin d’accroître le niveau d’expérience de l’équipe dans son ensemble. Il partage des liens d’amitié avec Beat et Eva; ses amis apprécient son sens de l’humour, mais aussi son sang-froid.

Thomas Tetz est un athlète accompli dont les exploits l’ont amené à franchir six fois la ligne d’arrivée de la course en traîneau à chiens Yukon Quest; son meilleur résultat l’a placé en deuxième position. Il a également terminé plusieurs courses Ironman partout dans le monde et participé à des courses d’aventure multidisciplinaires sur de longues distances. Avant cette expédition, Thomas n’avait pas d’expérience d’alpinisme, mais c’est un adepte avide de l’escalade de rochers, et les conditions de froid extrême lui sont très familières. Les amis de Thomas diraient de lui qu’il a du coeur au ventre et que c’est un homme très déterminé.

Tamara Goeppel est née et a vécu toute sa vie au Yukon. C’est une athlète accomplie, adepte des événements sportifs qui se déroulent sur plusieurs jours tels que la course d’aventure Eco-Challenge et la course de vélo de montagne TransRockies. Tamara a fait l’escalade du mont Kilimanjaro et elle est une novice de l’escalade de rochers. Bien qu’elle n’ait pas eu, avant l’expédition, d’expérience en techniques d’alpinisme, elle sait faire preuve d’esprit d’équipe et trouver un angle favorable aux situations les plus exigeantes.


Motivation

Équipe «La vie est belle» lors de l'ascension
La vie est belle
Photo © Photographie Glanzmann 2007


Pour la plupart de ceux qui sont attirés par le plein air et la montagne, le mont Logan exerce un attrait particulier. Son sommet est en effet situé dans un endroit très à l’écart du reste du monde. La région est constamment influencée par le courant jet et les systèmes météorologiques venus de l’océan Pacifique. Tous ces éléments jouent un rôle majeur dans une expédition sur cette montagne. À tout juste moins de 6000 mètres (20 000 pieds) d’altitude, le mont Logan est un sommet respectable à inscrire à la feuille de route de tout alpiniste.

Il était donc très naturel qu’à l’occasion des célébrations d’une veille de Jour de l’An toute particulière (le 31 décembre 2005) le sujet de l’escalade du mont Logan fasse partie des discussions de fin d’année. Thomas et Tamara prenaient également part avec plaisir à la conversation autant qu’à la dégustation du vin rouge qui coulait à flots. Avant que l’année n’égrène ses dernières minutes, les quatre Yukonnais allaient conclure le pacte d’escalader la montagne; c’est ainsi que le projet vit le jour.

Ils baptisèrent l’expédition «Expédition Logan 2007 : Équipe La vie est belle».


Parcours
L’équipe choisit le parcours de la fosse King, qui commence au campement de base, à environ 2800 m, et propose une série de cinq campements faisant passer l’expédition par la partie la plus basse de la fosse King et traverser des glaciers jusqu’à un couloir à 4000 m d’altitude entre le massif Logan et le sommet King, appelé col King (Camp 2). Le parcours arrive alors devant une paroi abrupte et suit un labyrinthe de crevasses et de cirques jusqu’au Camp 3. La partie suivante du parcours mène l’équipe au Camp 4, à 5100 m d’altitude, à la base du col Prospector. À cet endroit, l’ascension devient plus difficile tandis que les températures baissent et que le vent se lève. Après le col Prospector, l’équipe descend légèrement jusqu’au Camp 5 pour se préparer à l’assaut final du sommet.


Vue du ciel.
Vue du ciel
Photo © Photographie Glanzmann 2007


Matériel
La sécurité étant un facteur essentiel, l’équipe composée de cinq personnes avait emporté deux téléphones satellite d’urgence, trois GPS, trois tentes North Face Summit, et de généreuses rations de vivres. Beat avait construit des traîneaux d’alpinisme légers, mais suffisamment larges pour transporter de lourdes charges. Chaque membre de l’équipe avait emporté plusieurs paires de sous-vêtements longs d’expédition et de chaussettes, des chandails et des pantalons de qualité.

Jour Froid sur Logan
Jour Froid sur Logan
Photo © Photographie Glanzmann 2007


L’équipe transportait également trois réchauds légers et efficaces tel que le MSR XGK. Il était très important que ces réchauds soient utilisés avec efficacité. L’installation comprenait un gros chaudron enrobé d’un échangeur de chaleur, qu’on remplissait de neige pour le placer ensuite sur un réchaud. Une lame de pelle servait de plate-forme réfléchissant la chaleur. Un chaudron de plus petite taille rempli de neige était placé par-dessus le plus gros chaudron, et tout l’assemblage était ensuite recouvert d’un capot à l’épreuve du feu. Aux altitudes les plus basses, des sacs de poubelle noirs servaient à faire fondre la neige à l’avance pour accélérer le processus de cuisson et réduire la consommation de combustible.

À l’exception des campements en plus basse altitude, les membres de l’équipe étaient liés un à l’autre par une corde en formation de deux et trois personnes. Des cordes de 30 m et de 60 m furent utilisées, et chaque membre de l’équipe possédait tout le matériel d’alpinisme correspondant tels que les harnais, les mousquetons, les sangles et les ascendeurs qui allaient faciliter la descente en toute sécurité ainsi que d’éventuelles opérations de sauvetage.

En ce qui a trait à l’équipement de ski, Eva, Beat et Ewald ont choisi les bottes de ski Scarpa Matrix tandis que Thomas et Tamara ont plutôt choisi les bottes arctiques Koflach. Les premières procurent une plus grande fiabilité sur les sections du parcours franchies à skis, tandis que les deuxièmes sont plus confortables et résistent mieux au froid.

Au bout du compte, les bottes de ski se sont avérées de loin supérieures. Recouvertes d’une hausse de néoprène, les bottes offraient une protection de plus contre le froid, et les personnes qui portaient des bottes de ski éprouvaient une plus grande liberté à skier vers le bas de la pente que celles qui portaient des bottes d’alpiniste, qui provoquaient parfois le déclenchement des fixations. Encombrés de lourds bagages et obligés de tirer des traîneaux en haute altitude, les membres de l’équipe qui portaient des bottes d’alpinisme ont dû déployer beaucoup d’efforts pour constamment rattacher les fixations de leurs skis.


Communications
En temps normal, les téléphones satellites ont servi presque tous les jours à obtenir des bulletins météorologiques. Ces bulletins météorologiques ont été d’une grande importance, surtout lorsque l’équipe reprenait l’ascension vers un nouveau camp.

Beat avait également conçu un système particulier pour que les membres de l’équipe puissent rester en communication avec leur famille et leurs amis au cours de l’expédition. Tous les deux ou trois jours, Beat appelait son père en Suisse et lui faisait un court compte-rendu des événements. À son tour, le père de Beat préparait de courts messages électroniques qu’il envoyait ensuite aux membres de la famille et aux amis répartis sur deux continents. Ces courts messages rassuraient les proches sur la progression de l’expédition et la sécurité de ses membres.

Voici quelques extraits de ces messages électroniques.

Le 20 mai 2007
«Après une attente fébrile, la météo nous a finalement permis de nous envoler vers le campement de base. Le paysage était superbe. Une mer de sommets et de glace. Le météo est au beau fixe. Tout le monde va bien.»

Le 23 mai 2007
«Première journée d’acclimatation. Le jour 2 marque le premier transport de matériel vers le Camp 1. Nous attendons notre première tempête, et nous espérons avoir établi notre campement au col King. Tout le monde va bien.»

Le 25 mai 2007
«Nous sommes parvenus à transporter tout le matériel au Camp 2 (col King). À 4000 m d’altitude, l’air se raréfie et notre respiration se fait plus lourde. Salutations à tous nos amis et à tous les membres de la famille. Nous avons beaucoup de plaisir, la température au cours de la journée est clémente et le temps est magnifique.»

Le 28 mai 2007
«Après deux jours d’efforts au moyen d’un système de poulies, nous avons tiré notre matériel jusqu’au sommet de la paroi qui nous sépare du Camp 2. Cet effort était très épuisant, car nous avons fait l’expérience des premières difficultés que suppose la haute altitude.»

Le 29 mai 2007
«Alors que nous tentions d’atteindre le Camp 4, ne nous avons été pris dans une tempête. Il est tombé plus d’un mètre de neige au cours des 24 dernières heures. Nous avons dû libérer les tentes ensevelies sous la neige toutes les trois heures. Il a fait tempête sans relâche. Nous avons dû creuser une grotte dans la neige pour pouvoir préparer les repas. Les bulletins météo n’indiquent aucune pause. Nous gardons notre bonne humeur.»

Le 1er juin 2007
«Il neige toujours et il vente beaucoup. Nous n’avons pas bougé du Camp 3. Nous pensons qu’il existe une sérieuse menace d’avalanche juste au-dessus de nous. La plupart de nos vivres sont placés dans une cache à proximité du Camp 4 et il ne nous reste que deux ou trois jours de rations. Nous devons décider s’il nous faut abandonner notre matériel et redescendre. Deux autres groupes qui attendent en notre compagnie ont décidé d’abandonner l’expédition et de retourner au campement de base.»

Le 3 juin 2007
« Nous avons eu quelques heures de temps stable et avons décidé de poursuivre jusqu’au Camp 4. Nous nous acclimatons à cet endroit et attendons que la prochaine tempête prenne fin. Nous disposons de cinq jours pour tenter l’assaut du sommet et nous espérons que la météo nous sera plus favorable. La montagne a véritablement gagné tout notre respect. C’est la montagne la plus froide du monde, où frappent les tempêtes les plus nombreuses. Il ne reste plus que nous désormais. L’équipe conserve le moral et nous espérons que vous pouvez tous nous envoyer de la chance. Nous ne poursuivrons pas si la menace devient trop grande.»

Le 4 juin 2007
«Au cours des quatre derniers jours, le temps est resté instable. La visibilité est nulle, et le vent s’abat sur nos tentes à plus de 100 km à l’heure. Tout le monde reste très optimiste et fait de son mieux.»

Le 6 juin 2007
« Nous avons quitté le Camp 4 en pleine tempête et à -40 degrés. Munis d’une boussole et d’un GPS, nous avons avancé avec précaution à travers le col Prospector. Il nous a fallu ouvrir une piste dans 50 cm de neige fraîche. Il nous a fallu plus de 12 heures pour atteindre le Camp 5. Tout le monde est épuisé. Nous avons de la difficulté à respirer de même qu’à dormir. Nous avons également perdu l’appétit. Nous sommes pour l’instant les personnes les plus élevées au Canada. Nous espérons que le temps restera stable alors que nous entreprendrons l’assaut du sommet au cours des 36 prochaines heures. Croisez les doigts pour que tout aille bien.»

Le 8 juin 2007
« Mercredi soir à 23 heures, nous avons atteint le sommet ouest du mont Logan après 16 heures d’efforts. Nous étions totalement déshydratés et épuisés à notre retour Camp 5. Toutes nos bouteilles d’eau avaient gelé plus tôt au cours de la journée. Il ventait avec une extrême violence. Plusieurs d’entre nous ont des engelures aux doigts et à la figure. Nous étions trop fatigués pour fêter le fait que notre équipe au complet est parvenue au sommet. Tous les autres groupes ont abandonné leur tentative d’atteindre le sommet en raison des conditions trop rigoureuses. Aujourd’hui, nous voulons remercier tous nos amis et tous les membres de nos familles qui ont prié pour nous. Nous souhaitons plus que tout avaler des fruits et des légumes frais et nous avons tous besoin d’une bonne douche.»

Le 11 juin 2007
«Un des membres de notre équipe a subi de profondes engelures au visage au cours de l’assaut du sommet. L’équipe s’est rassemblée après avoir quitté le camp et nous avons immédiatement entrepris de descendre la montagne. Nous nous sommes retrouvés au beau milieu d’une violente tempête entre le Camp 5 et le Camp 4. Deux de nos trois GPS sont tombés en panne. Nous étions entourés d’un voile blanc et la visibilité était nulle. Lorsque nous avons atteint et le Camp 3, nous nous sommes reposés sous la tente pendant trois heures seulement. Notre priorité était de faire parvenir le plus rapidement possible au camp de base les membres de notre équipe qui souffraient de graves engelures. Fort heureusement, nous avons pu organiser l’évacuation en hélicoptère de trois de nos équipiers le jour même. Les deux autres membres ont passé une nuit de plus sur la montagne et joui d’un coucher de soleil particulièrement spectaculaire tout en savourant quelques gorgées de whisky.

Lorsque l’équipe a été de nouveau réunie le 10 juin au domicile d’Eva et Beat, les célébrations ont duré toute la nuit. Entièrement satisfaits de leur expérience sur le mont Logan, les membres de l’équipe ne conclurent toutefois aucun nouveau pacte ce soir-là!


Avant d'escalader le mont Logan

Tout alpiniste qui souhaite aborder le mont Logan doit s’y préparer. Cette préparation consiste bien entendu à prévoir suffisamment de matériel et de provisions pour entreprendre une tâche si colossale. Il faut également prévoir suffisamment de temps pour escalader le mont Logan, car l’acclimatation est une étape qui ne peut avoir lieu à la hâte. Cependant, les préparatifs ne s’arrêtent pas là.

Toutes les personnes intéressées à escalader le mont Logan doivent obtenir un permis d’alpinisme quelques mois avant l’expédition et s’inscrire auprès de l’agence Parcs Canada. Voici comment procéder :

  • Tous les membres de l’expédition doivent remplir la Demande de participation à une expédition d’alpinisme dans les chaînons Icefield et signer la renonciation annexée à la demande.
  • Ils doivent joindre à la demande l’itinéraire prévu de l’expédition, ainsi que le nom du transporteur aérien, le type de communications radio, les dates d’arrivée et de départ, et la liste du matériel d’alpinisme qui sera employé.
  • Tout groupe doit démontrer dans la demande qu’il possède les connaissances et le matériel nécessaires à son propre sauvetage ainsi que des moyens de communiquer en cas d’urgence.


Veuillez faire parvenir toute documentation relative à votre expédition, dans une seule enveloppe à :

Garde de parc, alpinisme
Parc national et réserve de parc national Kluane
C.P. 5495, Haines Junction (Yukon)
CANADA Y0B lL0
TÉLÉPHONE : 1-867-634-7279
TÉLÉCOPIEUR : 1-867-634-7277

  • Une fois sur place, les membres de l’expédition doivent regarder la vidéo sur l’alpinisme dans le Parc national et la réserve de parc national Kluane. (Parcs Canada). De plus, les guides éventuels doivent obtenir un permis.


Les groupes qui entrent dans le Parc national et la réserve de parc national Kluane par la voie des airs doivent obtenir un permis d’atterrissage. Demandez ce permis au Service des gardes de Kluane. Le coût de ce permis est de 29,70 $ par groupe, par atterrissage.

Il faut aussi garder à l’esprit certaines considérations environnementales au moment d’escalader le mont Logan ou l’un des monts St-Elias : « L’alpinisme écologique est essentiel à la conservation des attributs naturels qui ont fait la renommée mondiale du Parc national et réserve de parc national Kluane. Rapportez vos déchets. Ne laissez pas sur place les cordes fixes, les caches pour nourriture ou le matériel endommagé. Avant votre arrivée sur place, éliminez les emballages inutiles. Si vous faites brûler des déchets, rapportez tous les résidus, y compris le papier d’aluminium et les cendres. » (Parcs Canada)