Le savoir ancestral signifie des choses différentes selon les gens à qui on s’adresse. Il n’y a pas de définition claire de ce qu’est le savoir ancestral. Les traditions des Premières nations du Yukon, comme celles de plusieurs cultures autochtones, sont fermement ancrées dans une spiritualité reposant sur la nature, où toutes les choses sont reliées entre elles et où il faut en tout temps faire preuve de respect mutuel entre la terre, les animaux, et le monde naturel. Si cet équilibre est brisé, cela entraînera des temps difficiles, tant dans l’environnement que dans la vie personnelle et spirituelle des habitants.


La relation des Premières nations avec le territoire, les animaux et la nature

Les traditions des Premières nations du Yukon sont fondées en grande partie sur une spiritualité puisant sa source dans la nature, selon laquelle toutes choses sont liées entre elles, et où il faut respecter la Terre, les animaux et la nature en tout temps. La rupture cet équilibre entraîne des temps difficiles, tant dans l’environnement que dans la vie personnelle et spirituelle.

Les Premières nations de la région de Kluane croient que leur relation avec leur environnement naturel est l’une des relations les plus fortes qui soient. Non seulement cette relation les lie à la Terre et au monde spirituel, mais elle garantit l’équilibre et l’harmonie entre ces deux éléments indissociables. Pour elles, le maintien d’une bonne relation et un bon équilibre avec la Terre garantissent la pérennité de la vie et des jours heureux.

Les techniques traditionnelles

Mme A. Allen, autochtone de Dalton Post, debout près d'une peau d'orignal suspendue en vue du grattage. Klukshu, Yukon.
A. Allen tannant une peau d'orignal
Photo © Musée canadien des civilisations (Musée national du Canada)
Les Tutchones du Sud de la région de Kluane faisaient usage de tous les animaux capturés et ils s’assuraient qu’aucune partie n’était gaspillée. Pour eux, toutes les parties d’un animal avaient une utilité et il fallait donc les utiliser au maximum. Ils trouvaient une utilité à toutes les parties de l’animal qui n’étaient pas consommées. Ils fabriquaient des outils tels que des cuillers, des couteaux, des aiguilles, des grattoirs à peau et d’autres articles ménagers, à partir des bois du gros gibier comme l’élan d’Amérique (l’orignal), le mouflon et le caribou. Ils fabriquaient aussi des vêtements et des abris à l’aide de peaux tannées et de fourrures d’animaux. Ils utilisaient les peaux brutes pour en faire des raquettes à neige, des gibecières et des filets de pêche. Les contenants utilisés pour l’entreposage étaient fabriqués à partir de racines trouvées dans la terre, telles que les racines d’épinette, et d’écorce de bouleau. Les récipients pour la cuisson et autres contenants pour stocker de la nourriture et l’eau provenaient de parties d’animaux comme l’intestin et la vessie.

Les ancêtres de la Première nationLu’an Mun et des Premières nations de Champagne et Aishihik utilisaient avantageusement les produits de la nature pour fabriquer leurs outils courants. Ils trouvèrent de nombreux usages aux différents types de roches aux minéraux et au cuivre qu’ils prélevaient à flanc de montagne et dans le lit des rivières. Puisqu’il est possible de façonner des rebords solides et tranchants grâce à l’obsidienne, ce matériau servait à façonner des pointes de flèches et des lames. Dans un climat où le feu de foyer fait la différence entre la vie et la mort, le silex est un outil indispensable en raison de sa capacité à produire des étincelles. Dans certaines parties de la région de Kluane, on utilisait les minéraux trouvés dans les parois rocheuses à des fins décoratives; on les mélangeait à d’autres éléments, comme la graisse, pour en faire de la peinture qui servait à décorer les vêtements, la vannerie, le corps et tout ce qui avait besoin d’un peu de couleur.

Les Tutchone du Sud vivaient dans une région de grande importance stratégique en raison des routes de commerce qui la traversaient. Les gens de la région servaient donc d’intermédiaires entre de nombreuses nations. L’un des biens les plus échangés était le cuivre provenant de Copper Centre en Alaska. Ce bien précieux est arrivé au Yukon par la rivière White et par la région de Kluane et s’est ensuite répandu dans la plupart des régions du Yukon. Plusieurs familles au Yukon sont des descendants des fils d’un éminent chef de Copper Centre, qui les a envoyés au Yukon dans le but d’assurer la sécurité des commerçants et pour y entretenir de bonnes relations.

Annie Stephen d'Aishihik, découpant de la viande de moflon au campement d'été Isaac, près de Big Arm au lac Kluane. ©  Musée canadien des civilisations (Musée national du Canada)
Annie Stephen d'Aishihik
© Musée canadien des civilisations (Musée national du Canada)



Comment les Tutchones du Sud mettaient-ils à profit les techniques traditionnelles dans la vie quotidienne?

Les techniques traditionnelles étaient essentielles à la survie des Tutchones du Sud. Sans les outils et le matériel qu’ils avaient savamment fabriqués à l’aide des parties d’animaux, de pierres, d’arbres et de terre, la survie dans ce climat hostile aurait été impossible.

Avant l'automobile et le téléphone cellulaire...

Règle générale, la chasse au mouflon se serait déroulée de la manière décrite ci-dessous, et les outils traditionnels ainsi que l’ingéniosité auraient été essentiels au succès de la chasse.Sur un promontoire rocheux du chaînon Donjek, un groupe de mouflons de Dall broute la végétation fraîche. Une légère brise souffle sur les montagnes et les mouflons se déplacent lentement, se reposent souvent et profitent des derniers mois du soleil d’été. À leur insu et sous le vent, un petit groupe de chasseurs s’apprête à attaquer. Ils sont munis de lances faites de bouleau et d’obsidienne. Certains d’entre eux sont aussi munis d’arcs et de flèches de bouleau. Les pointes des flèches sont faites de pierres et d’obsidienne fixées au bout des flèches à l’aide de tendons provenant d’un orignal capturé l’an dernier.

Sans faire de bruit, un des chasseurs donne le signal aux autres, et ces derniers prennent tous position. Les mouflons de Dall commencent à s’agiter, car ils sentent une présence importune qui s’approche à pas de loup. Sans perdre de temps, le chasseur fait signe aux autres de la main et tous bondissent de leur cachette. De manière experte, ils pourchassent et entraînent les mouflons vers les broussailles et les arbres plus bas dans la montagne. D’instinct, les mouflons courent vers leurs sentiers, ceux qu’ils empruntent depuis des années. Le long des sentiers, plusieurs pièges savamment fabriqués à l’aide de peaux brutes et d’osier ont été tendus. Sans le savoir, les mouflons se dirigent directement vers les pièges et plusieurs d’entre eux sont capturés en courant pour se mettre à l’abri. Certains chasseurs sont embusqués, et lorsque les mouflons tombent dans les pièges, les hommes bondissent sur leurs proies et achèvent les animaux à l’aide de leurs lances et de leurs flèches.


La chasse a été fructueuse et les chasseurs procèdent à la découpe de la viande. Au moyen de couteaux façonnés dans la pierre, les chasseurs préparent la viande pour le fumage et le séchage. Ils conservent la majeure partie de la viande sèche dans des caches qu’ils ont fabriquées avec les rondins récoltés à l’aide de leurs haches en pierre. Lorsque les chasseurs reviennent au campement, leur famille célèbre leur réussite et tout le monde prête main-forte pour découper, fumer et sécher la viande. Les peaux sont grattées et nettoyées, et les femmes en font différents articles, dont des pantalons et des manteaux d’hiver. On conserve les cornes pour en faire des cuillers et des aiguilles à coudre en prévision des longues journées d’hiver.


Une fois le travail terminé, il reste peu de choses du mouflon qui broutait sur la crête de la montagne il y a quelques jours à peine. Pour les chasseurs toutefois, l’esprit du mouflon de Dall continue de vivre en eux. Ils honorent le mouflon pour leur avoir donné la viande avec laquelle ils nourriront leur famille, les vêtements et les sacs fabriqués avec la peau et les outils confectionnés avec les cornes et les os.

Issiah Gilson, jeune homme à la chasse au mouflon pour la première fois.
Jeune homme à la chasse au mouflon pour la première fois
Photo © Première nation de Kluane


Les déplacements saisonniers

Avant que la région soit soumise aux influences extérieures, telles que les missionnaires, les Européens, les postes de traite et la route de l’Alaska, les Tutchones du Sud avaient un mode de vie nomade. Les facteurs naturels comme la rigueur du climat, les paysages variés et l’incertitude de l’approvisionnement en nourriture obligeaient les Tutchones du Sud à se déplacer toute l’année afin de profiter de ce que la nature avait de mieux à offrir dans d’une région à l’autre. Les Tutchones du Sud se déplaçaient en groupe de familles et se scindaient en plus petits groupes en hiver et au printemps. Les familles avaient des sites d’hiver et des sites d’été où ils chassaient, pêchaient, faisaient du piégeage et cueillaient des fruits, des plantes et d’autres types de végétation.

Pendant les mois d’hiver, les familles se dispersaient pour chasser, pêcher et faire du piégeage. Elles voyageaient à pied à l’aide de raquettes ou de traîneaux à chiens. Puisque ce mode de vie les amenait à se déplacer constamment, les établissements permanents et l’accumulation de biens n’étaient pas pratiques, car elles devaient voyager avec le minimum de matériel. Elles ont donc créé un réseau de sentiers le long desquels elles avaient construit des caches dans les arbres et dans le sol. Elles pouvaient y stocker de la nourriture ou d’autres articles dont elles pourraient se servir plus tard lorsqu’elles repasseraient.

À la fonte des lacs, des rivières et des ruisseaux au printemps, les Tutchones du Sud se déplaçaient vers les sites d’été. Ils voyageaient principalement à pied, mais utilisaient également des bateaux, semblables à des canoés faits de peaux brutes, et de radeaux pour franchir les étendues d’eau.

Bien que la Première nation de Kluane voyageait principalement en petits groupes familiaux, ses membres allaient à la rencontre d’autres groupes familiaux pour assister à des événements spéciaux, leur rendre visite, faire la guerre et établir des liens par les mariages et les alliances.

Randy Johnson en train de dépecer un mouflon.
Dépeçage d'un mouflon
Photo © Premières nation de Kluane

Nourriture et abri

L’approvisionnement en nourriture, la rigueur du climat et le terrain accidenté obligeaient les Tutchones du Sud devaient à se déplacer selon les saisons et à suivre le gibier afin de manger. Pendant les mois d’été, les familles se rassemblaient pour pêcher le poisson frayant dans les rivières, les ruisseaux et les lacs. Elles cueillaient des racines et des baies et chassaient de petits animaux comme le spermophile, le lapin et les oiseaux migrateurs. Elles consacraient une bonne partie de leur temps à préserver la nourriture en prévision des mois d’hiver. À l’automne, elles chassaient le gros gibier comme les troupeaux de caribous en migration, les orignaux et les mouflons. Une bonne partie de la viande et du gras des animaux était fumée, séchée et conservée. Pour se nourrir pendant les mois d’hiver, les familles devaient faire du piégeage, chasser l’orignal, pêcher sur la glace et consommer les provisions qu’elles avaient préparées au cours de l’été et de l’automne.


Abris

En raison de son mode de vie nomade, le peuple de Kluane comptait sur des abris temporaires, faciles à construire ou pouvant être démontés et transportés. Ses membres avaient construit le long des sentiers et des routes de chasse des abris de branchage qu’ils pouvaient utiliser fréquemment et qui demandaient un minimum d’entretien. En général, l’abri de branchage était construit autour d’un grand arbre, et de longues perches en constituaient les murs. L’abri était rempli de branches d’épinette, de mousse, d’osier ou de peaux. Ainsi, les Autochtones étaient libres de se déplacer d’un camp à l’autre sans avoir à transporter beaucoup de matériel avec eux.


Vieil abri de branchage
Vieil abri de branchage
Photo © Collection Elmer Harp