La faille Fairweather et les tremblements de terre au Yukon

La faille Fairweather est l’une des principales failles coulissantes, ou failles de décrochement, le long de laquelle la plaque du Pacifique se déplace vers le nord-ouest (à un rythme de 5,8 cm par an par rapport à l’Amérique du Nord). Il arrive que des parties de la faille restent «coincées», ce qui provoque de petits séismes pendant un certain temps, suivis de tremblements de terre de forte intensité qui libèrent la majeure partie de la pression accumulée. Sur le segment le plus rapproché du mont Logan, le séisme de grande puissance le plus récent s’est produit en 1958. Trois séismes de très grande force se sont produits en moins d’une semaine en 1899. Entre ces événements majeurs, de nombreuses secousses moins puissantes contribuent chacune au déplacement vers le nord du fond de l’océan Pacifique.

L’histoire géologique de ces événements du passé est parfois le seul élément qui permet de prédire l’évolution géologique future et les risques qu’elle suppose. Toutefois, l’histoire des séismes du passé contenue dans la nature reste imparfaite. Pour le nord-ouest de l’Amérique du Nord, nous ne disposons de données fiables que pour les 130 dernières années seulement – une période trop courte pour nous permettre d’établir la fréquence des rares séismes de grande magnitude. L’emplacement de nombreux événements de moindre envergure et de quelques séismes de grande magnitude indiquent qu’il existe cinq régions d’activité sismique dans le Territoire du Yukon.
Failles et mouvement relatif superposés sur l'épicentre des séismes qui ont frappé le nord-ouest du Canada de 1899 à 1996.
Failles et mouvement relatif superposés sur l'épicentre des séismes qui ont frappé le nord-ouest du Canada de 1899 à 1996
Image : Service séismologique du Canada et R. Hyndman, Commission géologique du Yukon

 
La faille Fairweather au sud-est de l’Alaska se rend jusqu’aux côtes, à 130 kilomètres à l’ouest de Haines, en Alaska. Elle se sépare en plusieurs failles mineures vers le nord, le long de vallées comblées par des glaciers. Les mouvements de ces failles, vers le nord du côté ouest et vers le haut, facilitent le glissement inexorable vers le nord-ouest (d’environ 6 cm par an) de la plaque océanique du Pacifique jusqu’à l’endroit où elle est subduite en oblique sous les monts St-Elias et le sud de l’Alaska. En 1958, un séisme de magnitude M 7,9 a ouvert la faille Fairweather de Yakutat à Sitka, déportant sa partie ouest de 6,5 mètres vers le nord. Si un tel événement devait se produire à nouveau de nos jours, les structures actuelles non parasismiques des villes côtières de l’Alaska, de même que les voies de communication, seraient gravement endommagées. La zone de faible sismicité sur le prolongement de la faille Fairweather au sud-ouest des monts St-Elias pourrait indiquer la présence d’un segment «bloqué». Une partie de la croûte continentale sus-jacente, la microplaque de Yakutat, subit un tassement qui pousse le Yukon vers le nord

La faille Denali se trouve à l’intérieur des terres et s’étend du lac Dezadeash au sud de Haines Junction, au Yukon, en direction du nord-ouest jusqu’à Fairbanks, en Alaska (sur une carte à petite échelle, la trace de cette faille semble faire une courbe, mais sur la surface courbe de la Terre, elle suit en fait une ligne droite). Certaine section de la faille, comme celle qui passe sous le lac Kluane, n’ont jamais donné de signe de sismicité, mais le 3 novembre 2002, un séisme de magnitude 7,9 au sud de Fairbanks a provoqué la rupture de la faille, qui a quasiment atteint frontière de l’Alaska et du Yukon (http://www.aeic.alaska.edu/Denali_Fault_2002). Au Yukon, la trace qui est probablement la plus active suit la faille Totschunda et la faille de la rivière Duke. Cette dernière traverse la rivière Slim à six kilomètres au nord de la route de l’Alaska; elle subit régulièrement de légères secousses qui sont ressenties jusqu’à Haines Junction. De gros tremblements de terre pourraient déclencher des éboulements rocheux ou des glissements de terrain qui bloqueraient les voies de transport le long du lac Kluane ou de la vallée de la rivière Alsek en direction du sud.

Deux autres zones d’activité sismique bien définies se trouvent à la marge nord-est du Yukon. Dans les monts Richardson, il existe en effet des failles qui sont le site de séismes périodiques (de magnitude 6,4 et 6,2 en 1940). Ensuite, le long du front montagneux au nord et à l’est des monts Ogilvie et Mackenzie respectivement, des tremblements de terre se produisent (de magnitude 6,5 au sud de la rivière Peel en 1955; M 6,9 à l’est du parc Nahanni en 1985). Les deux types de séismes ont un lien avec la poussée vers le nord et vers l’est de la microplaque de Yakutat contre les monts St-Elias

La carte des zones sismiques du Code national du bâtiment du Canada (www.EarthquakesCanada.ca) montre un risque plus élevé de dommages causés par les tremblements de terre au Yukon (où la densité de population et la densité de construction sont relativement moins élevées qu’ailleurs) que dans le centre du pays. Toutefois, les régions les plus affectées sont celles du sud-ouest, en raison de leur proximité avec les failles du sud-est de l’Alaska, ainsi que la région de la rivière Peel. Aucune n’est confrontée à la catastrophe annoncée pour le sud-ouest de la Colombie-Britannique, où des preuves géologiques suggèrent qu’un important séisme se produit tous les 300 à 500 ans (le dernier pourrait s’être produit en 1701).