Tous les ans, les milliers de tonnes de poussière provenant du sol sont transportées des déserts du nord de la Chine et de la Mongolie dans l’atmosphère du Pacifique nord; une partie de cette poussière parvient même à atteindre l’Amérique du Nord. Ces immenses tempêtes de poussière se produisent en général au printemps. Les nuages de poussière nuisent grandement à la qualité et à la visibilité de l’air en Chine et dans les régions sous le vent. Elles peuvent aussi transporter des matières polluantes tels que des métaux toxiques, de la suie, et même des bactéries. La poussière des déserts de l’Asie centrale soufflée par le vent se retrouve partout. On rapporte en avoir découvert dans l’ouest des États-Unis, en Colombie-Britannique, en Alaska, au Groenland et même dans les Alpes françaises. Selon un rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement, il se pourrait que la fréquence et la violence des tempêtes de poussière asiatiques soient en hausse en raison du réchauffement climatique, de la sécheresse et de la progression de la désertification. À mesure que l’économie de l’est asiatique croît – et que la pollution atmosphérique s’aggrave, la «voie rapide trans-pacifique» qu’emprunte la poussière venue d’Asie devient un sujet de profonde préoccupation parmi les écologistes.

Un nuage de poussière asiatique particulièrement imposant a traversé l’océan en avril 2001. Ce nuage de poussière a rapidement traversé l’océan Pacifique, poussé par le vent. Des collecteurs de poussière situés sur tout le territoire américain en ont recueilli la trace; le nuage a provoqué des couchers de soleil rouges aussi loin à l’est que Toronto. Sur son passage au-dessus du sud du Yukon, le panache venu du désert a déposé près de 6000 tonnes de poussière sur des centaines de kilomètres carrés, laissant derrière lui une couche d’un brun rougeâtre sur la neige des monts St-Elias. Des échantillons de cette couche de neige ont par la suite été collectés sur le mont Logan et analysés par des chercheurs. Ces derniers ont découvert qu’ils étaient en mesure de reconnaître la composition chimique de la poussière et remonter jusqu’à son origine, dans la région du désert de Gobi, dans le nord de la Chine et en Mongolie.

On pense aussi que les retombées de tempêtes de poussière asiatiques antérieures sont conservées dans les couches du glacier préhistorique qui recouvre le mont Logan. Ces tempêtes de poussière du passé peuvent être détectées dans la glace en raison de leur plus forte concentration d’aluminium, de silice ou de calcium, car ces éléments se trouvent en grande quantité dans la poussière du désert. Des carottes de glace extraites de la région du mont Logan en 2001-2002 font à l’heure actuelle l’objet d’analyses minutieuses. Elles pourraient bientôt contribuer à révéler à quel point les tempêtes de poussière asiatiques étaient fréquentes et intenses par le passé et nous permettre de vérifier si elles sont réellement devenues plus fréquentes de nos jours.

Images satellites du nuage de poussière venu d’Asie, vu des côtes de ce continent, puis s’approchant de la côte du Pacifique en Amérique du Nord.
Images satellites du nuage de poussière venu d’Asie
Photo © Ressources naturelles Canada



Image satellite d'un panache de poussière venu d'Asie.
Image satellite de poussière
Photo © Ressources naturelles Canada

 

Images satellites du nuage de poussière venu d’Asie, vu des côtes de ce continent, puis s’approchant de la côte du Pacifique en Amérique du Nord. Ces images ont été obtenues par le spectromètre pour la cartographie de l’ozone total (TOMS) à bord du satellite Earth Probe. Le TOMS est un instrument qui détecte les particules qui absorbent les rayons UV contenus dans l’atmosphère, telles que la suie provenant des feux de forêt et la poussière du désert.

Gros plan sur la poussière venue du désert de Gobi.
poussière venue du désert de Gobi
Photo © Ressources naturelles Canada


1. La couche de poussière provenant du désert de Gobi est visible sous forme de couche plus foncée dans une tranchée creusée dans la neige du mont Logan. Cette couche a été échantillonnée en 2001, quelques semaines après les retombées de poussière d’avril 2001.

2. En laboratoire, on a fait fondre la neige pour ensuite la filtrer afin de retenir la poussière, illustrée ici sur le papier filtre.

3. Particules de poussière retenues par le filtre, grossies au télescope électronique. L’échelle est en micromètres. Un micromètre = 1/1000 de millimètre.