Les scientifiques font appel aux carottes glaciaires ainsi qu’à de nombreuses autres sources d’information (géologiques, botaniques, etc.) pour reconstituer l’histoire des variations climatiques et des glaciations du passé. Une fois toute cette information rassemblée, voici le tableau qui se dégage :

Voici environ 20 000 ans, la région du sud-ouest du Yukon, comme la totalité de l’hémisphère nord, subissait les effets de la dernière période glaciaire. Les monts St-Elias et la plupart de la partie sud du Yukon étaient recouverts de l’Inlandsis de la Cordillère qui parvenait parfois à rejoindre le rebord occidental de l’Inlandsis laurentidien, qui lui-même s’étirait à l’ouest jusqu’à ce qui constitue aujourd’hui la région de Keewatin, dans les Territoires du Nord-Ouest. Pendant ce temps, de grandes parties du centre et du nord du Yukon n’étaient pas recouvertes de glace. Le niveau de la mer était plus bas, et c’est à cette époque que l’Alaska était lié à l’Asie par une bande de terre qui a permis aux ancêtres des Premières nations modernes d’émigrer en Amérique du Nord. (voir «Béringie»)

Entre 12 000 et 10 000 ans avant aujourd’hui, l’«oscillation» de la Terre sur son axe de rotation aurait permis à la quantité de lumière atteignant les latitudes nord en été d’augmenter de façon considérable, amorçant ainsi la fin de la période glaciaire. La Terre est alors entrée dans la période interglaciaire actuelle, plus chaude, appelée «Holocène». Avec la fonte de l’immense inlandsis, les glaciers sud-ouest du Yukon ont régressé jusqu’aux vallées et aux hauts plateaux plus froids des monts St-Elias.

Toutefois, vers le milieu de l’Holocène, le climat de l’hémisphère s’est à nouveau mis à refroidir tandis que l’axe de la Terre s’inclinait encore une fois, éloignant celle-ci du Soleil. La réduction de l’insolation en été a provoqué une reprise de la croissance de la glace, ou «néoglaciation» qui a commencé il y a environ ~3500 ans. Les glaciers du Yukon, de la Colombie-Britannique et de l’Alaska ont alors progressé beaucoup plus loin que les limites atteintes au début de l’Holocène. L’avancée des glaciers néoglaciaires dans les monts St-Elias était probablement favorisée par des hivers plus humides et des étés plus frais. Cette phase de croissance a culminé au cours de la période appelée Petit Âge glaciaire, période généralement froide, humide et orageuse qu’a subi la plus grande partie de l’hémisphère nord entre le 14e siècle et la fin du 19e siècle. À l’époque, le front glaciaire du glacier Kaskawulsh (par exemple) était probablement à ~25 km plus bas en aval qu’il ne l’avait été pendant la majeure partie de l’Holocène. Le Petit Âge glaciaire n’est pas unique, toutefois, et il ne s’agit que de la plus récente des fluctuations climatiques s’étirant sur tout un siècle qui ont ponctué l’Holocène.

La plupart des relevés climatiques indiquent que le Petit Âge glaciaire a pris fin il y a ~150 ans. Depuis ce temps, les glaciers de l’hémisphère nord sont en constante régression. Par contre, les mesures répétées des glaciers polaires et alpins depuis le 20e siècle et encore récemment, rendues plus précises grâce à l’imagerie par satellite, démontrent que la vitesse de régression, d’amincissement et de fonte des glaciers s’est accrue au cours des ~20 à 30 dernières années. Une étude récente, par exemple, révèle que bon nombre des grands glaciers du sud-est de l’Alaska et du sud-ouest du Yukon se sont amincis plus rapidement entre ~1995 et 2001 qu’entre ~1950 et 1995.

Au cours de la même période, les régions polaires du globe ont connu un réchauffement climatique rapide, et la plupart des chercheurs en climatologie estiment à l’heure actuelle que la fonte accélérée des glaciers est en partie causée par l’influence de l’activité humaine sur le climat de la Terre et s’explique par l’accumulation de gaz à effet de serre et les changements d’affectation des terres. Bien que ces changements risquent peu d’avoir un effet avant longtemps sur le plateau de glace du mont Logan, ils pourraient apporter d’importants changements dans les grands glaciers en plus basse altitude et sur les lacs et rivières qu’ils alimentent.