Différentes interprétations ont été proposées pour reconstituer l’ancien environnement dans lequel se sont déposés les sédiments de Miguasha. Un lac, une lagune ou une mer côtière furent parmi les hypothèses avancées au fil du temps. Pour faire la lumière sur la question, une comparaison a été faite entre les fossiles découverts à Miguasha avec ceux d’autres sites fossilifères connus de la même époque.

À cause de l’absence presque totale de fossiles marins typiques, de nombreux chercheurs ont attribué à la Formation d’Escuminac une origine d’eau douce. Les réflexions des spécialistes étaient alors largement influencées par le fait que Miguasha affiche de grandes similitudes sédimentaires et fauniques avec les Old Red Sandstones d’Écosse qui, eux aussi, étaient considérés comme des dépôts de lac.

Mais, depuis le début des années 1980, les perceptions ont commencé à changer. Les recherches récentes confirment la présence ça et là de rares mais concluants indices d’influence marine sous la forme de restes de vers polychètes, de traces fossiles et d’acritarches. Et même si la majorité des types de poissons trouvés à Miguasha semblent, en comparaison avec les autres sites dévoniens, avoir été tolérants à une grande variété d’environnements, certains comme le placoderme Plourdosteus, sont davantage typiques d’un milieu marin.

Cette influence marine a également laissé sa marque dans la chimie des sédiments de la Formation d’Escuminac et des os qu’elle contient. Certaines variantes d’éléments chimiques appelées isotopes se retrouvent en effet dans des proportions différentes selon que le milieu soit marin ou d’eau douce. Les proportions des isotopes du strontium (86Sr et 87Sr) dans les restes osseux des poissons, tout comme celles des isotopes de l’oxygène (18O et 16O) et du carbone (13C et 12C) dans les sédiments sont toutes comparables à celles qui caractérisaient les océans du Dévonien.

De façon manifeste, le bassin récepteur de la Formation d’Escuminac était en contact avec la mer, mais le degré de cette influence marine demeure discutable en raison du caractère atypique de l’ensemble de la faune de Miguasha, en comparaison avec celles des milieux franchement marins du Dévonien.

Seule l’hypothèse d’un environnement estuarien, soit un environnement de transition entre les eaux douces et les eaux d’une mer ouverte, est en mesure de concilier l’ensemble des données de la faune, de la sédimentologie et de la géochimie. Cette réalité fait également écho à la remise en question actuelle de l’origine même des fameux Old Red Sandstones en plusieurs endroits...

L’extension du Groupe de Miguasha à des secteurs aussi éloignés que New Richmond, à une cinquantaine de kilomètres de Miguasha, laisse supposer que l’aire de répartition de l’ancien estuaire de Miguasha s’étendait à de grandes parties de la Baie-des-Chaleurs. Il était intégré à un système majeur de la marge sud-est du continent Euramérique, comme en témoigne la découverte récente du poisson Holoptychius dans le Dévonien supérieur du sud du Nouveau-Brunswick.

L’ancien estuaire de Miguasha semble avoir occupé une superficie importante en marge de la jeune chaîne de montagnes des Appalaches, à partir de laquelle il s’écoulait vers l’océan Rhéique. Il n’est peut-être pas exagéré de le comparer aux grands estuaires actuels du Mississippi, de l’Amazone ou du Nil. Il se situait dans une zone de basses terres qui a ensuite été l’hôte, au Carbonifère, d’une grande plaine alluviale débouchant sur un bras de mer de ce même océan Rhéique alors en fermeture.
Parc national de Miguasha

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