La création du ministère de l'Éducation ou la démocratisation de l'enseignement

L’école, c’est pas pour les Canadiens français

« L’instruction? Pas trop! Nos ancêtres nous ont légué un héritage de pauvreté et d’ignorance, et ce serait une trahison que d’instruire les nôtres ». Ces paroles sont d’Antoine Rivard, avocat, député de l’Union nationale et solliciteur général du Québec de 1950 à 1959. Son chef, Maurice Duplessis, a également une drôle de conception de « l’instruction ». En effet, celui-ci affirme qu’elle est « comme la « boisson », il y en a qui ne la portent pas ». Ces deux hommes, ainsi que les autres députés de l’Union nationale, déclarent pendant des années que le Québec posséde le meilleur système d’éducation au monde. Or, à l’aube des années 1960, les données sont loin de corroborer cette assertion pompeuse. De fait, la moitié des jeunes âgés de 15 à 19 ans d’alors ne vont plus à l’école. Cette génération ressemble aux précédentes puisqu’en 1962, 54 % des adultes de 25 ans n’ont pas dépassé la sixième année. En 1961, les Noirs américains de 25 à 29 ans ont en moyenne une année de scolarité de plus que les Canadiens français du même groupe d’âge. Et comme si ce n’était pas assez, le système d’éducation du Québec se révèle sous-équipé, et son personnel enseignant -- composé de plusieurs membres des communautés religieuses --, complètement débordé et à bout de souffle. Bref, la situation frise la catastrophe, d’autant plus que le monde du travail réclame de la main-d’oeuvre spécialisée.

« Qui s’instruit, s’enrichit »

Un changement de fond en comble s’impose. Porté au pouvoir en 1960, le gouvernement libéral et son ministre responsable de l’éducation, Paul Gérin-Lajoie, entreprennent la grande charte de l’éducation, un ensemble de mesures pour améliorer celle-ci et la rendre accessible à tous, sans exception. Sur recommandation de la Commission Parent, un ministère de l’Éducation est créé. Du coup, l’éducation devient la responsabilité de l’État, et le clergé perd ses prérogatives dans le domaine à tous les niveaux, de la petite école à l’université. Comme ailleurs en Occident, mais avec un décalage d’une couple de décennies dans le temps, la population du Québec se met à croire au pouvoir de « l’instruction ». Signe d’un temps nouveau, les maîtres mots sont dorénavant « Qui s’instruit, s’enrichit ». Et les résultats ne tardent pas à se faire sentir. Au niveau secondaire, le taux de fréquentation scolaire connaît une hausse considérable de 1960 à 1970, en particulier chez les jeunes de 15, 16 et 17 ans (voir figure). Quant aux inscriptions post-secondaires, elles dépassent les 136 000 en 1970 comparativement à 58 000 dix ans auparavant.

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20e siècle
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