Jusqu'en 1890, les grands magasins de Montréal étaient concentrés dans le Vieux-Montréal, le quartier commercial à la mode. En moins de dix ans, tous, sauf un, déménagent rue Sainte-Catherine, entre Bleury et de la Montagne. Ce déménagement coïncide avec la transformation de l'espace de la ville. Ces magasins, spacieux, ainsi que leur service de vente par catalogue contribueront au lancement d'un nouveau type de magasinage.

En 1901, forte de ses quelque 325 000 habitants, Montréal est la grande métropole du Canada. Son développement engendre à son tour l'évolution du paysage urbain. Si le Vieux-Montréal conserve son rôle de quartier d'affaires - renforcé par la construction d'immeubles à bureaux -, de nouveaux quartiers voient le jour. Les travailleurs parcourent de plus grandes distances entre leur foyer et leur lieu de travail. Les familles de la classe moyenne se déplacent dans les banlieues qui ceinturent la ville à l'ouest, au nord et à l'est. Des zones industrielles se développent dans le Sud-Ouest et l'Est.

L'émergence, rue Sainte-Catherine, d'un axe de commerce de détail illustre bien la disparition graduelle de ce modèle urbain devenu désuet, où se c Pour en lire plus
Jusqu'en 1890, les grands magasins de Montréal étaient concentrés dans le Vieux-Montréal, le quartier commercial à la mode. En moins de dix ans, tous, sauf un, déménagent rue Sainte-Catherine, entre Bleury et de la Montagne. Ce déménagement coïncide avec la transformation de l'espace de la ville. Ces magasins, spacieux, ainsi que leur service de vente par catalogue contribueront au lancement d'un nouveau type de magasinage.

En 1901, forte de ses quelque 325 000 habitants, Montréal est la grande métropole du Canada. Son développement engendre à son tour l'évolution du paysage urbain. Si le Vieux-Montréal conserve son rôle de quartier d'affaires - renforcé par la construction d'immeubles à bureaux -, de nouveaux quartiers voient le jour. Les travailleurs parcourent de plus grandes distances entre leur foyer et leur lieu de travail. Les familles de la classe moyenne se déplacent dans les banlieues qui ceinturent la ville à l'ouest, au nord et à l'est. Des zones industrielles se développent dans le Sud-Ouest et l'Est.

L'émergence, rue Sainte-Catherine, d'un axe de commerce de détail illustre bien la disparition graduelle de ce modèle urbain devenu désuet, où se côtoyaient résidences, lieux de travail, commerces, institutions financières et industries - tous accessibles à pied. La division de Montréal en espaces distincts ne lui est pas unique, mais ce modèle y est particulièrement marqué. La vente par catalogue joue un rôle important dans cette évolution.

Avec l'ouverture du magasin Morgan au carré Philip, en 1891, le déménagement rue Sainte-Catherine annonce non seulement la séparation de la vente au détail de la « haute-ville » et de la vente en gros et des services financiers du « centre-ville », mais aussi, pour la plupart des sociétés, une augmentation significative de leurs activités. Quoique la transformation de la rue Sainte-Catherine en grande artère commerciale dépende de la croissance rapide du marché local, les transactions avec les clients de l'extérieur de la ville, grâce à la vente par catalogue, font grimper en flèche les ventes.

Six grands magasins dominent le paysage commercial du Montréal anglophone de 1895 : Henry Morgan, S. Carsley, W. H. Scroggie, John Murphy, Henry et N. E. Hamilton, et James A. Ogilvy & Sons. Les trois premiers offriront un service de vente par catalogue pendant des décennies qui survivra même à plus d'un changement de propriétaire dans le cas de Carsley et de Scroggie. Murphy accepte certaines commandes de l'extérieur de la ville et, en 1905, est absorbé par la Robert Simpson Company, qui opère son propre service de vente par catalogue depuis Toronto.

© Société du Musée canadien des civilisations

Carte couleur de plan du centre-ville de Montréal

Plan du centre-ville de Montréal représentant la principale artère commerciale, rue Sainte-Catherine, et cinq grands magasins

Carte : Andrée Héroux

© Société du Musée canadien des civilisations


En 1871, Samuel Carsley fonde son magasin de nouveautés du côté nord de la rue Notre-Dame, tout juste à l'ouest de Saint-Jean. Grâce à des agrandissements successifs, dans les années 1890 et au début des années 1900, l'entreprise finit par occuper presque toute la rue Notre-Dame entre Saint-Jean et Saint-Pierre, avec une annexe jusqu'à Saint-Jacques.

D'après son catalogue de 1899, Carsley aurait lancé le tout premier catalogue de vente au détail au Canada en 1882, deux ans, donc, avant celui d'Eaton de Toronto. Dès 1894, son « immense service de vente par catalogue est l'une des merveilles de la maison », et traite chaque jour des centaines de commandes. Les colis dont la valeur s'élève à 5 $ et plus sont envoyés en port payé à toute gare de chemin de fer dans un rayon de 1000 kilomètres et une paire de gants de chevreau est expédiée en port payé partout au Canada. Il n'existe plus aujourd'hui que quelques exemplaires des catalogues de Carsley.

Le plus ancien des catalogues subsistants, publié en 1885, comprend 23 pages sans illustrations. Son titre, très long, est conçu pour attirer l'attention du lecteur sur certains articles et mobiliers propo Pour en lire plus
En 1871, Samuel Carsley fonde son magasin de nouveautés du côté nord de la rue Notre-Dame, tout juste à l'ouest de Saint-Jean. Grâce à des agrandissements successifs, dans les années 1890 et au début des années 1900, l'entreprise finit par occuper presque toute la rue Notre-Dame entre Saint-Jean et Saint-Pierre, avec une annexe jusqu'à Saint-Jacques.

D'après son catalogue de 1899, Carsley aurait lancé le tout premier catalogue de vente au détail au Canada en 1882, deux ans, donc, avant celui d'Eaton de Toronto. Dès 1894, son « immense service de vente par catalogue est l'une des merveilles de la maison », et traite chaque jour des centaines de commandes. Les colis dont la valeur s'élève à 5 $ et plus sont envoyés en port payé à toute gare de chemin de fer dans un rayon de 1000 kilomètres et une paire de gants de chevreau est expédiée en port payé partout au Canada. Il n'existe plus aujourd'hui que quelques exemplaires des catalogues de Carsley.

Le plus ancien des catalogues subsistants, publié en 1885, comprend 23 pages sans illustrations. Son titre, très long, est conçu pour attirer l'attention du lecteur sur certains articles et mobiliers proposés par le magasin : « En consultant les pages suivantes, y lit-on, vous ferez une grande faveur à S. Carsley, importateur de tapis européens et orientaux, de châlits en fer, en laiton et en composite, fournisseur de toutes les nouveautés, manufacturier de literie de qualité supérieure et de matelas anglais, français et allemands. » Les six premières pages sont consacrées à la détérioration de la qualité des tapis ces dernières années, situation causée par l'introduction du jute - un défaut que n'ont pas les tapis de Carsley. On y conseille à la clientèle de se garder des fausses économies procurées par l'achat « de tapis à bas prix pour sauver simplement quelques sous la verge ». Les réclames vantent les linoléums et les revêtements de planchers, les châlits en métal, les tentures murales et les meubles en osier de Carsley. Les prix des produits sélectionnés sont indiqués, mais leur importance semble secondaire à celle du message promotionnel plus vaste.

Le catalogue de 1899 décrit tous les articles printemps-été du magasin. On fait de grands efforts pour éduquer les clients sur l'intérêt de faire certains achats. Les pages consacrées à chaque rayon commencent habituellement par un paragraphe explicatif sur les nouveautés et les différences, et la qualité inégalée de l'assortiment de Carsley. En matière de corset, on dispense aux femmes ce conseil :
Pour avoir une silhouette seyante, un corset bien ajusté est indispensable. Sans son aide, la taille la plus parfaite perd sa netteté. Chez Carsley, si la vente de corsets est une science qui tient toujours compte de la solidité des meilleurs matériaux, elle se soucie aussi de la souplesse et de la maniabilité nécessaires à un ajustement facile et agréable. (Catalogue de Carsley, printemps-été 1899, p. 42.)

Après l'expansion et la réorganisation du magasin, certains rayons sont mieux équipés pour traiter un grand volume de marchandises. Carsley n'est pas peu fier de sa situation :
Notre inventaire de papiers peints est sans aucun doute le plus vaste de tous les magasins de vente au détail au Canada et réunit les meilleurs styles et les plus neufs, du papier ordinaire qui convient aux cuisines, etc., jusqu'aux motifs de fleurs et d'or les plus exquis. Acheter du papier peint par échantillon, grâce à notre service de vente par catalogue, est facile, rapide et entièrement satisfaisant. Demandez vos échantillons et recevez-les par le prochain courrier. (Catalogue de Carsley, printemps-été 1899, p. 113.)

Grâce à ces textes promotionnels, les clients peuvent connaître la provenance des produits de qualité, que ce soient les meilleures broderies « faites sur des métiers à tisser à la main de St. Gall et Herizoff, dans les collines suisses », des gants de chevreau de Grenoble, de Paris et de Saint-Denis, en France; de la porcelaine de Carlsbad, de Haviland, de Dresde, de Doulton, de Wedgwood, de Copeland et de Winton, ou des mouchoirs tissés à la main en Belgique. On explique parfois les soins que ces produits nécessitent. Ainsi, on indique la manière de traiter ces bas faits en Angleterre et on recommande aux acheteuses « de ne pas frotter les bas de qualité avec un savon, de n'utiliser que de l'eau savonneuse faite des meilleurs savons, de les laver, les sécher et les repasser à l'envers, le tout rapidement ».

En 1906, Carsley, qui a retardé son déménagement rue Sainte-Catherine d'un bon dix ans après le départ des autres grands magasins du quartier des affaires, planifie avec agressivité son arrivée au centre-ville. En achetant une propriété que louait le magasin Scroggie, Carsley fait l'acquisition d'un emplacement de choix, rue Sainte-Catherine, entre University et Victoria, et oblige l'un de ses principaux compétiteurs à déménager. Carsley ne prend possession de ses locaux qu'en mai 1909, à la fin du bail de Scroggie, mais commence à acquérir des propriétés derrière le magasin en prévision d'un vaste programme de construction.

© Société du Musée canadien des civilisations

Photo noir et blanc de magasin Carsley prise d'un journal

Le magasin Carsley, après 1909, à son nouvel emplacement, rue Sainte-Catherine, entre Univeristy et Victoria

Bibliothèque nationale du Québec, Montréal

© Bibliothèque nationale du Québec, Montréal


Goodwin’s Montreal Limited

Moins de cinq mois après l'ouverture de ses nouveaux locaux, en mai 1909, Carsley vend son entreprise à A. E. Rea & Company. Celle-ci entreprend la construction d'une annexe qui multiplie par deux et plus la surface de vente. Le magasin est connu sous le nom de Rea jusqu'en 1911, quand il adopte celui de Goodwin's Montreal Limited, et tout simplement Goodwin's Limited, après que W. H. Goodwin en soit devenu le directeur administratif.

Le seul catalogue connu de Goodwin est l'édition d'automne-hiver 1911-1912, qui fut publiée immédiatement après la restructuration de l'entreprise. À titre de successeur de Carsley, Goodwin hérite du service de vente par catalogue, mais le remanie. Alors que le catalogue de Carsley était imprimé en grand format, sur un papier bon marché, et orné de simples illustrations, celui de Goodwin, plus petit, respire l'élégance, depuis sa délicate couverture verte représentant le magasin jusqu'à ses 112 pages illustrées de beaux dessins au trait. Une version française du catalogue est également disponible.

Goodwin informe ses clients que l'achat par c Pour en lire plus
Goodwin’s Montreal Limited

Moins de cinq mois après l'ouverture de ses nouveaux locaux, en mai 1909, Carsley vend son entreprise à A. E. Rea & Company. Celle-ci entreprend la construction d'une annexe qui multiplie par deux et plus la surface de vente. Le magasin est connu sous le nom de Rea jusqu'en 1911, quand il adopte celui de Goodwin's Montreal Limited, et tout simplement Goodwin's Limited, après que W. H. Goodwin en soit devenu le directeur administratif.

Le seul catalogue connu de Goodwin est l'édition d'automne-hiver 1911-1912, qui fut publiée immédiatement après la restructuration de l'entreprise. À titre de successeur de Carsley, Goodwin hérite du service de vente par catalogue, mais le remanie. Alors que le catalogue de Carsley était imprimé en grand format, sur un papier bon marché, et orné de simples illustrations, celui de Goodwin, plus petit, respire l'élégance, depuis sa délicate couverture verte représentant le magasin jusqu'à ses 112 pages illustrées de beaux dessins au trait. Une version française du catalogue est également disponible.

Goodwin informe ses clients que l'achat par catalogue coûte un peu plus cher, mais que leur satisfaction est garantie. Il leur promet les meilleurs produits aux plus bas prix, livrés gratuitement à la ville la plus proche. Se vantant d'être le seul grand magasin au Canada à le faire, il confirme que « TOUS les produits énumérés dans [son] catalogue sont livrés gratuitement partout au Canada, à [la] gare de train la plus proche » du domicile de l'acheteur. Pour les commandes envoyées par la poste et valant plus de 50 cents, Goodwin recommande à ses clients de payer les 2 cents additionnels pour en garantir la livraison. « S'il y a quelque insatisfaction que ce soit », le magasin garantit d'échanger la marchandise ou de rembourser le client, ainsi que les frais d'envoi et de retour.

De Goodwin à Eaton

En 1925, la T. Eaton Company achète le magasin de Goodwin et ses propriétés. Pendant les années qui suivront, Eaton reconstruit le magasin, section par section, évitant de perturber les affaires. Une fois la reconstruction terminée, le magasin compte six étages de plus; trois autres y seront ajoutés en 1930 et en 1931. Eaton a fait l'acquisition de Goodwin pour prendre pied à Montréal et y établir des installations de distribution pour le marché largement francophone du Québec. Il ouvre une salle de montre des produits vendus par catalogue rue Bleury et, trois ans plus tard, un service de vente par catalogue complètement automatisé avenue Mont-Royal Est. Destinée à accélérer le traitement des commandes et à réduire les coûts d'opération, cette nouvelle installation ne survit pas au déclin rapide des ventes, au début de la Dépression, et ferme en 1931. Eaton accroît sa visibilité à Montréal et à Québec grâce à l'élégant magasin de la rue Sainte-Catherine et lance un catalogue en français en 1928.

© Société du Musée canadien des civilisations

Photo noir et blanc de immeuble loneant le magasion Goodwin

Immeuble logeant le magasin Goodwin, au début du 20e siècle

Bibliothèque et Archives Canada

C-74895
© Bibliothèque et Archives Canada.


Si Morgan est le premier des grands magasins à ouvrir ses portes rue Sainte-Catherine, William H. Scroggie exploite un magasin de nouveautés à l'angle des rues Sainte-Catherine et University depuis 1885 environ. En quinze ans, Scroggie a agrandi et transformé son commerce par la création d'un grand magasin qui occupe toute la rue Queen, entre University et Victoria. Dès 1904, son magasin est constitué d'une partie centrale de quatre étages et d'ailes de trois étages.

On ne sait pas vraiment quand Scroggie lance son service de vente par catalogue, bien que ce soit sans doute après le premier agrandissement du magasin, en 1892. Il dirige, en 1903, « un vaste commerce de vente par catalogue dans tout le Dominion ». Deux ans plus tard, il s'appelle lui-même « LA maison de vente par catalogue de l'Est du Canada » qui affiche le plus gros chiffre d'affaires à l'est de l'Ontario. L'enthousiasme est le mot d'ordre des publicités qui moussent les ventes par catalogue de Scroggie. Qu'il s'agisse de la manière d'envoyer le règlement d'une commande- par mandat exprès, billet postal ou mandat postal - ou le moyen le moins coûteux et le plus fiable d'expédier Pour en lire plus
Si Morgan est le premier des grands magasins à ouvrir ses portes rue Sainte-Catherine, William H. Scroggie exploite un magasin de nouveautés à l'angle des rues Sainte-Catherine et University depuis 1885 environ. En quinze ans, Scroggie a agrandi et transformé son commerce par la création d'un grand magasin qui occupe toute la rue Queen, entre University et Victoria. Dès 1904, son magasin est constitué d'une partie centrale de quatre étages et d'ailes de trois étages.

On ne sait pas vraiment quand Scroggie lance son service de vente par catalogue, bien que ce soit sans doute après le premier agrandissement du magasin, en 1892. Il dirige, en 1903, « un vaste commerce de vente par catalogue dans tout le Dominion ». Deux ans plus tard, il s'appelle lui-même « LA maison de vente par catalogue de l'Est du Canada » qui affiche le plus gros chiffre d'affaires à l'est de l'Ontario. L'enthousiasme est le mot d'ordre des publicités qui moussent les ventes par catalogue de Scroggie. Qu'il s'agisse de la manière d'envoyer le règlement d'une commande- par mandat exprès, billet postal ou mandat postal - ou le moyen le moins coûteux et le plus fiable d'expédier des marchandises (l'express est recommandé pour les colis de 1 à 12 kilos et le fret pour les articles de plus de 12 kilos), le catalogue printemps-été 1905 de Scroggie fournit aux clients tous les renseignements nécessaires.

La politique de Scroggie sert ses principaux arguments de vente. En 1905, le magasin promet de remplir les commandes le jour de leur réception; il offre des économies de 10 à 20 % comparativement aux autres magasins; pour les nouveautés de 5 $ et plus et les marchandises en vrac de 10 $ et plus, il paie les frais de transport aux gares de train situées dans un rayon de 500 kilomètres de Montréal. En 1910, il étend la promesse de livraison gratuite (sauf pour le sucre, la farine, les matelas et les appareils ménagers) dans tout le Canada pour les commandes de plus de 25 $. Scroggie insiste sur le fait qu'acheter à son magasin est sécuritaire : à l'exception de la chapellerie, des articles de toilette et des tissus à la verge, il promet un remboursement au retour de la marchandise. Chaque colis est marqué d'un « sceau de satisfaction ».

Les clients francophones obtiennent bientôt une amélioration du service. Tandis que le catalogue de 1905 invitait les clients francophones à « écrire en anglais » au magasin, en 1908, les catalogues sont publiés en français. L'entreprise propose d'envoyer des catalogues en français aux clients qui auraient reçu l'édition anglaise par erreur. À cet égard, Scroggie est 20 ans en avance sur ses compétiteurs de Toronto, Eaton et Simpson.
Quatre ans après l'achat de l'édifice par Carsley en 1909, Scroggie loue de petits locaux de deux étages occupés anciennement par Hamilton, un autre magasin de nouveautés, à l'angle sud-est de Sainte-Catherine et Peel. En novembre 1913, après avoir négocié un bail de 19½ ans, Scroggie déménage alors dans ce qui est le plus grand magasin à rayons de la ville, un nouvel édifice de six étages, sur le côté sud de la rue Sainte-Catherine, entre Bleury et Saint-Alexandre. En 1915, le commerce est vendu à Almy's Limited, une entreprise représentant des intérêts américains de New York et du Massachusetts. Almy en poursuit l'exploitation et son service de vente par catalogue occupe la plus grande partie du sixième étage, jusqu'en 1922, alors qu'il met fin à ses activités.

© Société du Musée canadien des civilisations

Photo noir et blanc de magasin de Scroggie prise d'un journal

Le magasin de Scroggie en 1905

Bibliothèque nationale du Québec, Montréal

© Bibliothèque nationale du Québec, Montréal


La John Murphy & Company

En 1869, John Murphy fonde son magasin de nouveautés dans un immeuble neuf de cinq étages, à l'angle des rues Notre-Dame et Saint-Pierre. Murphy demeure à cet emplacement et y prospère durant un quart de siècle en dépit de la compétition de Samuel Carsley qui, en 1871, inaugure son propre grand magasin tout à côté. En 1890, Murphy entreprend l'exploitation d'un service de vente par catalogue : « Nous accordons toujours notre plus grande attention aux commandes en provenance de tout le pays et nous envoyons des échantillons sur demande. Nous avons des employés qui se consacrent entièrement aux commandes reçues par courrier. »

Pressé par Carsley et attiré par les possibilités du « Golden Square Mile » de Montréal, Murphy quitte le Vieux-Montréal pour la rue Sainte-Catherine, où il inaugure un nouvel édifice de cinq étages, à l'angle de la rue Metcalfe en 1893. Le service de vente par catalogue demeure vraisemblablement une partie intégrante du magasin. Un an après la réorganisation de Murphy à titre de société à responsabilité limitée, en 1904, la Robert Simpson Compan Pour en lire plus
La John Murphy & Company

En 1869, John Murphy fonde son magasin de nouveautés dans un immeuble neuf de cinq étages, à l'angle des rues Notre-Dame et Saint-Pierre. Murphy demeure à cet emplacement et y prospère durant un quart de siècle en dépit de la compétition de Samuel Carsley qui, en 1871, inaugure son propre grand magasin tout à côté. En 1890, Murphy entreprend l'exploitation d'un service de vente par catalogue : « Nous accordons toujours notre plus grande attention aux commandes en provenance de tout le pays et nous envoyons des échantillons sur demande. Nous avons des employés qui se consacrent entièrement aux commandes reçues par courrier. »

Pressé par Carsley et attiré par les possibilités du « Golden Square Mile » de Montréal, Murphy quitte le Vieux-Montréal pour la rue Sainte-Catherine, où il inaugure un nouvel édifice de cinq étages, à l'angle de la rue Metcalfe en 1893. Le service de vente par catalogue demeure vraisemblablement une partie intégrante du magasin. Un an après la réorganisation de Murphy à titre de société à responsabilité limitée, en 1904, la Robert Simpson Company fait l'acquisition d'une participation majoritaire, mais continue d'exploiter le magasin sous le nom de Murphy. Le magasin est agrandi en 1909 et en 1910, et occupe alors la moitié ouest de la rue, entre Metcalfe et Mansfield. En 1929, on le renomme Robert Simpson Montreal et tout son actif est vendu à la Simpson's Limited, qui démolit l'immeuble et construit un magasin qui occupe l'équivalent d'un pâté de maisons. Simpson se donne donc une place de choix dans la grande artère commerciale de Montréal.

Hamilton et Ogilvy

Les deux grands magasins restants qui déménagent rue Sainte-Catherine sont Hamilton et Ogilvy. Ni l'un ni l'autre ne possèdent de véritable service de vente par catalogue. Les origines du magasin de nouveautés de Henry et N. E. Hamilton restent obscures mais, en 1891, la société est suffisamment importante et si prospère qu'elle peut s'installer dans le magasin que vient de vider Henry Morgan & Company, au carré Victoria. Après y avoir été présent durant cinq ans, Hamilton déménage rue Sainte-Catherine, où il occupe un nouvel édifice de deux étages, à l'angle sud-est de Peel. En 1906, le grand magasin entreprend son dernier déménagement, cette fois à l'angle nord-ouest de Sainte-Catherine et Drummond où, avec l'augmentation de son chiffre d'affaires, il occupe graduellement tout l'édifice de cinq étages dès 1915. L'entreprise renouvelle son bail une dernière fois en 1925 et, moins de deux ans plus tard, met fin à ses activités.

L'histoire d'Ogilvy est unique puisqu'elle ne débute ni dans l'ancien quartier commercial du Vieux-Montréal ni rue Sainte-Catherine. Le magasin, fondé par James Ogilvy, en 1866, rue Saint-Antoine, occupe les locaux à l'angle de Saint-Antoine et de la Montagne, aux abords de la haute-ville, dès les années 1880. La rue change radicalement de caractère après la construction des voies ferrées par les Chemins de fer du Canadien Pacifique sur l'escarpement entre Saint-Antoine et la terrasse Dorchester, dans les années 1880. James Ogilvy & Sons emménage, en 1896, dans un édifice de trois étages, à l'angle nord-est des rues Sainte-Catherine et de la Montagne. La poursuite de sa croissance exige une nouvelle expansion, mais plutôt que d'agrandir l'édifice existant, en 1909-1910, l'entreprise construit un nouveau magasin de quatre étages, six fois plus grand dans le même secteur, de l'autre côté de la rue, à l'angle nord-ouest de la rue de la Montagne. Un cinquième étage est ajouté en 1929.

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Dessin noir et blanc de magasin de John Murphy

Le magasin de John Murphy, rue Sainte-Catherine, en 1909

Bibliothèque nationale du Québec, Montréal

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Image couleur de magasin Hamilton et de la rue Sainte-Catherine

Une vue du magasin Hamilton et de la rue Sainte-Catherine, vers l’ouest, depuis la rue Peel

Bibliothèque nationale du Québec, Montréal

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Pour les grands magasins de langue anglaise de Montréal, le début du vingtième siècle marque une importante période de croissance et de déménagement. En 1910, tous les grands magasins ont quitté le centre des affaires du Vieux-Montréal et se sont déplacés rue Sainte-Catherine. Bien qu'ils soient conçus pour desservir le marché urbain, ces magasins sont, dans au moins quatre des six cas, capables de dépasser ces limites grâce à leur service de vente par catalogue. Cette publication est à la fois une représentation du magasin et une invitation à en parcourir les rayons durant une visite en ville.

Les temps plus durs des années 1920 provoquent des échecs commerciaux et des rachats. Seulement deux des six magasins originaux - Morgan et Ogilvy - survivent en 1930. Hamilton disparaît complètement tandis que Scroggie est réorganisé par les intérêts américains en tant qu'Almy avant de disparaître à son tour. Murphy conserve son nom, malgré son acquisition par Simpson, de Toronto, en 1905, et un autre géant de cette ville, Eaton, fait l'acquisition de Goodwin, en 1925. Dupuis Frères, un solide compétiteur canadien-français, s'ancre rue Sainte-Catherine, à l'est de Saint-Laurent Pour en lire plus
Pour les grands magasins de langue anglaise de Montréal, le début du vingtième siècle marque une importante période de croissance et de déménagement. En 1910, tous les grands magasins ont quitté le centre des affaires du Vieux-Montréal et se sont déplacés rue Sainte-Catherine. Bien qu'ils soient conçus pour desservir le marché urbain, ces magasins sont, dans au moins quatre des six cas, capables de dépasser ces limites grâce à leur service de vente par catalogue. Cette publication est à la fois une représentation du magasin et une invitation à en parcourir les rayons durant une visite en ville.

Les temps plus durs des années 1920 provoquent des échecs commerciaux et des rachats. Seulement deux des six magasins originaux - Morgan et Ogilvy - survivent en 1930. Hamilton disparaît complètement tandis que Scroggie est réorganisé par les intérêts américains en tant qu'Almy avant de disparaître à son tour. Murphy conserve son nom, malgré son acquisition par Simpson, de Toronto, en 1905, et un autre géant de cette ville, Eaton, fait l'acquisition de Goodwin, en 1925. Dupuis Frères, un solide compétiteur canadien-français, s'ancre rue Sainte-Catherine, à l'est de Saint-Laurent. D'une classe à part, Dupuis n'est pas complètement isolé de l'industrie des grands magasins de langue anglaise. En 1910, la société recrute quatre de ses gérants chez W. H. Scroggie.
En dépit de ces difficultés et de ces consolidations, les grands magasins survivants agrandissent leurs locaux durant les années 1920, et comptent sur un marché régional et local élargi grâce aux journaux, au téléphone, à l'automobile et au catalogue. Les grands magasins et les grands noms se complètent l'un l'autre. Résultat : une artère commerciale et des habitudes de magasinage, rue Sainte-Catherine, qui attirent par milliers les Montréalais et les visiteurs de l'extérieur bien informés. La rue et ses magasins demeurent très à la mode.

© Société du Musée canadien des civilisations

Photo noir et blanc de la rue Sainte-Catherine

La rue Sainte-Catherine, une artère commerciale très fréquentée, vers l’est, depuis l’avenue Stanley, en 1930. Plusieurs édifices existent encore.

Bibliothèque et Archives Canada

C-21279
© Bibliothèque et Archives Canada.


Objectifs d'apprentissage

L’apprenant va :
  • observer et énumérer les caractéristiques du mode de vie au début du 20e siècle;
  • comparer l’évolution de la société canadienne et québécoise durant quelques décennies;
  • expliquer les ressemblances et les différences entre la société d’autrefois et celle d’aujourd’hui;
  • discuter des événements marquants de l’époque (crise économique, Guerres mondiales, syndicalisation, mouvement féministe) et de l’impact qu’ils ont eu sur la société canadienne et québécoise.

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