Le Chandail de hockey, cette histoire que raconte Roch Carrier, parle de l'enfance, du hockey et de la déception ressentie par le narrateur à la suite d'une erreur dans une commande postale. Découvrez, à travers ce récit, une anecdote vécue par les habitants de Sainte-Justine, un petit village du Québec, en 1946.

Qu'est-ce que ça voulait dire être un partisan de Maurice Richard et des Canadiens de Montréal en 1946 ? Pourquoi Roch Carrier a-t-il décidé d'écrire sur cette période de sa vie ?
Le Chandail de hockey, cette histoire que raconte Roch Carrier, parle de l'enfance, du hockey et de la déception ressentie par le narrateur à la suite d'une erreur dans une commande postale. Découvrez, à travers ce récit, une anecdote vécue par les habitants de Sainte-Justine, un petit village du Québec, en 1946.

Qu'est-ce que ça voulait dire être un partisan de Maurice Richard et des Canadiens de Montréal en 1946 ? Pourquoi Roch Carrier a-t-il décidé d'écrire sur cette période de sa vie ?

© Société du Musée canadien des civilisations

Photo couleur de le chandail du hockey

Maurice Richard a porté ce gilet de laine au cours des cinq années consécutives où son équipe a remporté la coupe Stanley, de même que lors du match décisif du championnat de la coupe Stanley, en 1959. Ce chandail fait maintenant partie de la collection Maurice-Richard du Musée canadien des civilisations.

Photo : Claude et Stéphane Juteau.

© Musée canadien des civilisations, collection Maurice-Richard.


Audio de Roch Carrier parlant de la vie campagnard au Québec

« Sainte-Justine est situé tout près de la frontière du Maine, à l’est de la Beauce. C’est un pays de collines. La principale colline est celle sur laquelle l’église est construite. C’est un tout petit village, une population certainement en bas de 2000 habitants. Le prêtre du village aurait aimé augmenter ses taxes, ses dîmes, en ayant plus de population. Donc, il a encouragé nos mères à produire des enfants. […] Mais jamais on n’a atteint le 2000 et il avait toujours un complexe d’infériorité par rapport à son curé voisin, qui avait 2500 de population. C’est un endroit, donc, où l’édifice le plus élevé, c’était l’église. Le clocher était branché directement dans le ciel. C’est ce qu’on croyait. La place du curé était énorme. Les hivers étaient longs et rigoureux. À cette époque-là, pendant l’hiver, on ne voyait pas d’automobiles. Les quelques personnes qui avaient des automobiles les rangeaient pour l’hiver, et c’étaient les chevaux qui devenaient présents, et on n’allait pas nettoyer les rues. Donc, la neige s’accumulait dans les rues et, avec les traîneaux qui passaient, la neige devenait dure, vraiment comme de la glace…

« On patinait bien sûr sur la patinoire. Mais on avait aussi des parties où on jouait, même avec nos patins, sur la route. On pouvait se rassembler, une dizaine d’enfants, devant une maison, quelque part, après l’école, surtout quand les jours étaient très courts […] et on profitait des derniers moments de clarté. Et on pouvait jouer au hockey dans la rue parce que la neige y était très dure. […] Et puis, il y avait la patinoire. On chaussait nos patins à la maison et on patinait vers la patinoire. Donc, on montait la colline, passait devant l’église, faisait une petite prière pour gagner la partie, devant l’église, puis on descendait en glissant sur nos patins jusqu’à la patinoire. »

— Roch Carrier

Musée canadien des civilisations

© Société du Musée canadien des civilisations


Carte noir et blanc de Saint-Justine en Quebec

Le village de Sainte-Justine est situé à 85 km au sud-est de Québec, près de la frontière du Maine. En 1946, il comptait près de 2000 habitants.

Photo : Andrée Héroux.

© Société du Musée canadien des civilisations


Audio de Roch Carrier parlant de l'importance du hockey

« Quand on jouait sur la patinoire, à Sainte-Justine, bien sûr, on était un groupe d’enfants venant ensemble, avec tous les défis que ça [implique] : se faire reconnaître, se faire respecter, comment négocier, comment jouer en équipe, comment jouer individuellement. Toutes ces questions de société qu’on retrouve ensuite à n’importe quelle table de conseil d’administration. Tout ça se pose comme problème, comme opportunité à l’enfant sur la patinoire : comment convaincre quelqu’un, comment l’impressionner, comment déjouer l’opposition, comment aller au but, comment avoir la volonté d’aller au but. Alors, tout ça, c’est quelque chose qui, bien sûr, n’était pas formulé comme ça, mais on était exposés à ces différentes expériences.

Il faut bien penser que le temps était très différent d’aujourd’hui. On n’avait pas tous les soirs trois matches de hockey entre lesquels on pouvait choisir. On n’avait pas la sollicitation de la télévision. Il n’y avait pas, bien sûr, la présence des ordinateurs. Il n’y avait même pas de livres. Il y avait assez peu de choses. C’est pourquoi on donnait tellement d’importance au peu de choses qu’on avait. Et le hockey faisait partie de ce peu de choses qu’on avait. Le match de hockey, le samedi soir, à la radio, était un événement qui avait l’importance de la messe dominicale. On était obligés, par la religion catholique, d’aller à la messe dominicale, mais on n’était pas obligés, on était volontaires pour écouter le hockey et on le faisait avec un grand intérêt. C’était le grand sujet de conversation le dimanche matin. Les familles, le village entier, écoutaient, à la radio, le match de hockey. Et ces événements-là, qui arrivaient sur la glace, c’était quelque chose d’infiniment plus important que les choses qui se passaient en Europe.

— Roch Carrier

Musée canadien des civilisations

© Société du Musée canadien des civilisations


Couverture couleur de catalogue d'Eaton automne-hiver 1948-1949

Page de couverture du catalogue d’Eaton, automne-hiver 1948 – 1949, édition anglaise

« Tout ça se pose comme problème, comme opportunité à l'enfant sur la patinoire : comment convaincre quelqu'un, comment l'impressionner, comment déjouer l'opposition, comment aller au but, comment avoir la volonté d'aller au but. » – Roch Carrier.

Bibliothèque et Archives Canada. Utilisation autorisée par Sears Canada Inc.

© Bibliothèque et Archives Canada. Utilisation autorisée par Sears Canada Inc.


Audio de Roch Carrier parler de Maurice Richard

« J’ai l’impression que les gens, les hommes et les femmes, qui traversait la guerre, ensuite qui ont traversé aussi la nouvelle période de l’industrialisation produite par la guerre, avec l’arrivée de patrons très, très puissants, et ensuite les problèmes économiques qui ont suivi l’après-guerre, je pense que les gens se sont trouvés dans une situation où ils étaient propulsés dans une nouvelle ère. Et je pense qu’ils sentaient qu’ils n’avaient de contrôle sur rien. Pas de contrôle sur la guerre, pas de contrôle sur la menace du communisme, pas de contrôle sur l’économie. Tout ça se passait sans leur contrôle, sans leur acquiescement. Et j’ai l’impression que le hockey, c’était un monde à part où on avait quelque pouvoir. Et on avait le pouvoir par Maurice Richard. On avait le pouvoir par les Canadiens. Et les Américains pouvaient venir : Maurice Richard était là. Et Maurice Richard pouvait arrêter qui que ce soit. Maurice Richard pouvait compter contre qui que ce soit. Toronto pouvait venir, les Canadiens français, on n’avait pas peur parce que Maurice Richard était là : il pouvait marquer. »

— Roch Carrier

Musée canadien des civilisations

© Société du Musée canadien des civilisations


Photo couleur de Maurice Richard avec la coupe Stanley

« Et on avait le pouvoir par Maurice Richard. On avait le pouvoir par les Canadiens. » –Roch Carrier.

Photo : Alain Brouillard.

© Musée canadien des civilisations, collection Maurice-Richard.


Audio de Roch Carrier parler de l'équipment de hockey

« Dans les pneus des voitures, vous avez le tube, ce qu'on appelle en français la 'chambre à air', une sorte de tube en caoutchouc. Donc, on découpait des lisières de cette chambre à air et, avec ça, on fixait les catalogues sur nos jambes. Donc, on enroulait le catalogue autour de la jambe et puis on apportait la bande élastique, la bande de caoutchouc, et on remontait ça. On en mettait trois niveaux différents et c'était presque solide. Les catalogues étaient lourds, étaient pesants, mais ils assuraient une bonne protection. »

— Roch Carrier

Musée canadien des civilisations

© Société du Musée canadien des civilisations


Audio de Roch Carrier parler du catalogue d'Eaton

« Dans ma famille, il y avait, premièrement, d'abord, surtout, le catalogue Eaton. Ma famille aimait la compagnie. Je crois qu'il y avait une relation très, très familiale avec la compagnie, une relation de confiance. La compagnie était paternaliste un petit peu. C'est l'impression que moi j'avais. Donc, Eaton : première position. Deuxième position : Simpson. Simpson faisait bien des efforts, mais ne pouvait pas réussir. Troisième position, il y avait Dupuis Frères. Ce n'était pas vraiment bon… le choix de la marchandise n'était pas vraiment bon, mais c'était une entreprise canadienne-francaise et ça méritait du respect. Donc, ça méritait un petit pourcentage des achats. »

— Roch Carrier

Musée canadien des civilisations

© Société du Musée canadien des civilisations


Audio de Roch Carrier parler d'écrure le Chandail de hockey

« C'est un peu une longue histoire. J'ai écrit le Chandail de hockey en 1970. Et, rappelez-vous, 70, c'était le moment où, au Québec, il y avait une montée nationaliste. Le Canada ne comprenait pas-ce qui se passait. Et la grande question était : "Qu'est-ce que le Québec veut ?" Et Radio-Canada m'avait demandé de répondre à la question. J'ai travaillé pour écrire une sorte d'essai, un billet que j'allais lire et le résultat n'était absolument pas brillant. C'était un texte, un essai assez plat, assez peu inventif. C'était quelque chose qui rassemblait à un article de journal, à n'importe quelle page éditoriale. Et moi qui me prétendais à l'époque un écrivain extraordinaire, sûr d'un avenir extraordinaire, alors, je n'allais pas mettre mon nom au bas d'un article aussi plat. Donc, j'ai informé Radio-Canada que je ne le ferais pas. Et on m'a dit qu'il y avait du temps de prévu pour moi la semaine suivante [...] "Écris n'importe quoi et tu vas le lire'',
m'a-t-on dit. Écrire n'importe quoi, ce n'est pas vraiment mon approche. Mais j'ai continué de penser en me demandant, en suivant les réflexions que j'avais eues : à quel moment est-ce que j'ai vraiment senti quelle était mon identité ? Au moment où, moi, je me suis senti, moi, divisé de ma famille, moi-même comme petit individu, libre, défini par lui-même. À quel moment je me suis senti le "petit Roch" ? Et j'ai réfléchi et j'ai pensé que ça m'était arrivé la première fois que j'avais chaussé les patins. Donc, on chausse les patins. On installe les catalogues en forme de protection sur les jambes. On se lève debout. On se tient avec le bâton de hockey. Et là, on a avait un sentiment formidable. On est plus grand que sa mère. Parce qu'on a des épaulettes, on est plus large que le frère le plus grand. Et puis, on a un bâton pour se défendre et on peut frapper. C'était un sentiment extraordinaire. […] La première fois que je me suis senti moi, un petit individu, un petit moi-même, si vous voulez. C'est de là que j'ai écrit cette histoire, à partir de cette idée. »

— Roch Carrier

Musée canadien des civilisations

© Société du Musée canadien des civilisations


Photo noir et blanc de Roch Carrier comme enfant

Il peut sembler étonnant de voir le jeune Roch sourire sur cette photo. Il se souvient que sa mère lui avait demandé de faire un sourire à la caméra même s'il n'en avait guère envie.

Photographie de la famille de Roch Carrier
vers 1947
© Téléchargée depuis la base de données de Bibliothèque et Archives Canada.


Audio de Roch Carrier lire un extrait du conte Le Chandail de hockey

Tous, nous portions le même costume que lui, ce costume rouge, blanc, bleu des Canadiens de Montréal, la meilleure équipe de hockey au monde. Tous, nous peignions nos cheveux à la manière de Maurice Richard. Pour les tenir en place, nous utilisions une sorte de colle, beaucoup de colle. Nous lacions nos patins à la manière de Maurice Richard. Nous mettions le ruban gommé sur nos bâtons à la manière de Maurice Richard. Nous découpions dans les journaux toutes ses photographies. Vraiment, nous savions tout à son sujet.
Sur la glace, au coup de sifflet de l'arbitre, les deux équipes s'élançaient sur le disque de caoutchouc. Nous étions cinq Maurice Richard contre cinq autres Maurice Richard à qui nous arrachions le disque; nous étions dix joueurs qui portions, avec le même brûlant enthousiasme, l'uniforme des Canadiens de Montréal. Tous, nous arborions au dos le très célèbre numéro 9.
Un jour, mon chandail des Canadiens de Montréal était devenu trop étroit; puis il était déchiré ici et là, troué. Maman me dit : « Avec ce vieux chandail, tu vas nous faire passer pour pauvres ! »
Elle fit ce qu'elle faisait chaque fois que nous avions besoin de vêtements. Elle commença à feuilleter le catalogue que la compagnie Eaton nous envoyait par la poste chaque année. Ma mère était fière. Elle n'a jamais voulu nous habiller au magasin général; seule pouvait nous convenir la dernière mode du catalogue Eaton […].
Pour commander mon chandail de hockey, elle fit ce qu'elle faisait d'habitude; elle prit son papier à lettres et elle écrivit de sa douce calligraphie d'institutrice :
« Cher Monsieur Eaton, auriez vous l'amabilité de m'envoyer un chandail de hockey des Canadiens pour mon garçon qui a dix ans et qui est un peu trop grand pour son âge, et que le docteur Robitaille trouve un peu
maigre ? Je vous envoie trois piastres et retournez-moi le reste s'il en reste. J'espère que votre emballage va être mieux fait que la dernière
fois. »
Monsieur Eaton répondit rapidement à la lettre de maman. Deux semaines plus tard, nous recevions le chandail. Ce jour-là, j'eus l'une des plus grandes déceptions de ma vie ! Je puis dire que j'ai, ce jour-là, connu une très grande tristesse. Au lieu du chandail bleu, blanc, rouge des Canadiens de Montréal, M. Eaton nous avait envoyé un chandail bleu et blanc, avec la feuille d'érable au devant, le chandail des Maple Leafs de Toronto. J'avais toujours porté le chandail bleu, blanc, rouge des Canadiens de Montréal. Tous mes amis portaient le chandail bleu, blanc, rouge. Jamais dans mon village, quelqu'un avait porté le chandail de Toronto, jamais on n'y avait vu un chandail des Maple Leafs de Toronto. De plus, l'équipe de Toronto se faisait terrasser régulièrement par les triomphants Canadiens.
Les larmes aux yeux, je trouvai assez de force pour dire :
- J' porterai jamais cet uniforme-là.
- Mon garçon, tu vas d'abord l'essayer ! Si tu te fais une idée sur les choses avant de les essayer, mon garçon, tu n'iras pas loin dans la vie…
Ma mère m'avait enfoncé sur les épaules le chandail bleu et blanc des Maple Leafs de Toronto et, déjà, j'avais les bras enfilés dans les manches. Elle tira le chandail sur moi et s'appliqua à aplatir tous les plis de cette abominable feuille d'érable sur laquelle, en pleine poitrine, étaient écrits les mots Toronto Maple Leafs.
Je pleurais.
- J'pourrai jamais porter ça.
- Pourquoi ? Ce chandail-là te va bien… Comme un gant…
- Maurice Richard se mettrait jamais ça sur le dos…
- T'es pas Maurice Richard. Puis, ce n'est pas ce qu'on met sur le dos qui compte, c'est ce qu'on se met dans la tête…
- Vous ne me mettrez pas dans la tête de porter le chandail des Maple Leafs de Toronto.
Ma mère eut un gros soupir désespéré et elle m'expliqua :
- Si tu gardes pas ce chandail qui te fait bien, il va falloir que j'écrive à
M. Eaton pour lui expliquer que tu veux pas porter le chandail de Toronto. M. Eaton, c'est un Anglais; il va être insulté parce que lui, il aime les Maple Leafs de Toronto. S'il est insulté, penses-tu qu'il va nous répondre très
vite ? Le printemps va arriver et tu n'auras pas joué une seule partie parce que tu n'auras pas voulu porter ce beau chandail bleu que tu as sur le dos.
Je fus donc obligé de porter le chandail des Maple Leafs.

Texte de Roch Carrier

© 1979, Éditions internationales Alain Stanké Ltée.


Couverture couleur de le Chandail de hockey

Illustration, tirée du livre Le Chandail de hockey (Montréal, Livres Toundra, 1984) de Roch Carrier, © 1984 Sheldon Cohen. Toute utilisation non autorisée est strictement interdite. Le texte a paru originellement, sous le titre « Une abominable feuille d'érable sur la glace », dans le recueil Les enfants du bonhomme dans la Lune (Montréal, Stanké, 1979, pp. 77-81.

Illustration: Sheldon Cohen

© 1979, Éditions internationales Alain Stanké Ltée, © 1984 Sheldon Cohen


Page d'un catalogue couleur des chandails de hockey

Catalogue d'Eaton, Toronto, automne-hiver 1950-1951, p. 541.

« Au lieu du chandail bleu, blanc, rouge des Canadiens de Montréal, M. Eaton nous avait envoyé un chandail bleu et blanc avec la feuille d'érable au devant, le chandail des Maple Leafs de Toronto. » – Roch Carrier, Le Chandail de hockey.

Bibliothèque et Archives Canada. Utilisation autorisée par Sears Canada Inc.

© Bibliothèque et Archives Canada. Utilisation autorisée par Sears Canada Inc.


Objectifs d'apprentissage

L’apprenant va :
  • observer et énumérer les caractéristiques du mode de vie au début du 20e siècle;
  • comparer l’évolution de la société canadienne et québécoise durant quelques décennies;
  • expliquer les ressemblances et les différences entre la société d’autrefois et celle d’aujourd’hui;
  • discuter des événements marquants de l’époque (crise économique, Guerres mondiales, syndicalisation, mouvement féministe) et de l’impact qu’ils ont eu sur la société canadienne et québécoise.

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