Cent ans après Notman. Un nouveau regard photographique sur Montréal

Il y a quelques années, j’ai découvert par hasard un ouvrage, Second View : The Rephotographic Survey, qui retraçait l’évolution de l’Amérique de l’Ouest depuis les années 1860 jusqu’aux années 1970. L’auteur procédait à une redéfinition efficace du concept de la « re-photographie » du paysage grâce à un appareil photo grand format et à des travaux de recherche approfondis sur d’anciennes photographies. Le projet me paraissant tout à fait dans mes cordes, j’ai immédiatement cherché à réaliser un projet similaire. Or, je connaissais l’oeuvre de William Notman, photographe du début du XXe siècle. Je décidai de rendre visite aux Archives photographiques Notman du Musée McCord et je passai là des jours et des jours à consulter des centaines de superbes paysages urbains, de scènes de rue et d’intérieurs. Je sus aussitôt que j’allais Pour en lire plus
Cent ans après Notman. Un nouveau regard photographique sur Montréal

Il y a quelques années, j’ai découvert par hasard un ouvrage, Second View : The Rephotographic Survey, qui retraçait l’évolution de l’Amérique de l’Ouest depuis les années 1860 jusqu’aux années 1970. L’auteur procédait à une redéfinition efficace du concept de la « re-photographie » du paysage grâce à un appareil photo grand format et à des travaux de recherche approfondis sur d’anciennes photographies. Le projet me paraissant tout à fait dans mes cordes, j’ai immédiatement cherché à réaliser un projet similaire. Or, je connaissais l’oeuvre de William Notman, photographe du début du XXe siècle. Je décidai de rendre visite aux Archives photographiques Notman du Musée McCord et je passai là des jours et des jours à consulter des centaines de superbes paysages urbains, de scènes de rue et d’intérieurs. Je sus aussitôt que j’allais « re-photographier » les images de Montréal prises par Notman. Cent ans après Notman s’est révélé un projet laborieux sur le plan technique. Non seulement chaque duo d’images exigeait-il une bonne dose de détermination, mais il réclamait aussi un immense coup de chance. En premier lieu, il fallait déterminer l’endroit photographié par Notman, puis établir le mois et l’heure de la photo en étudiant les jeux d’ombre et de lumière, et calculer la position de l’appareil - pour cela, j’ai repris la méthode de mesures et de tests Polaroid décrite par Mark Klett, photographe en chef de Second View. Après quoi, je réglais systématiquement mon appareil un peu plus tôt que nécessaire et j’attendais que les ombres prennent progressivement place, s’ajustant à l’image un peu comme s’emboîteraient les morceaux d’un casse-tête. Souvent fort long, ce travail d’enquête était le moyen de s’assurer que nos deux lentilles - celle de Notman et la mienne - étaient parfaitement accordées.

En tant que photographe, je n’ai jamais ignoré que mon travail témoignera plus tard d’une époque et d’un lieu précis. Le remarquable groupe d’oeuvres de Notman remplit déjà cette fonction et lui-même, me semble-t-il, a totalement assumé son rôle de photographe documentaire. Ainsi, je me considère privilégié d’avoir pu travailler sur les images prises par ce personnage hors du commun. Toutefois, si j’ai suivi ses traces, je n’ai pas toujours eu la partie belle. J’ai vécu une expérience mystique qui avait tout d’un voyage dans le temps à attendre que le soleil atteigne tel angle précis ou projette une ombre absolument identique à telle photo originale. J’espère que mes images reflètent ce sentiment et expriment les multiples couches d’informations passionnantes qui les sous-tendent. Et par-dessus tout, je souhaite que ce travail inspirera d’autres projets et d’autres photographes à re-voir et re-photographier ces points de vue plus tard.

© 2002, Musée McCord d'histoire canadienne. Tous droits réservés.

Andrzej Maciejewski

Photographe Andrzej Maciejewski, 2001

Musée McCord d'histoire canadienne
vers 2001
© 2002, Musée McCord d'histoire canadienne. Tous droits réservés.


Par Joanne Burgess et Gilles Lauzon

Lorsque nous avons été priés de donner notre point de vue d’historiens sur les trente-quatre photographies de William Notman sélectionnées par Andrzej Maciejewski, nous avons été séduits par le travail de cet artiste qui avait réussi à reproduire chaque vue de Notman selon le même cadrage, à la même époque de l’année et au même moment de la journée - mais à un siècle de distance. Maciejewski offre ainsi un lien privilégié avec le passé sans jamais sombrer dans la nostalgie.

Mais quel passé reflètent ces étonnantes trouées temporelles? La sélection atteste la nature de la riche collection laissée au Musée McCord par le Studio Notman : des photographies de qualité, dont les sujets trahissent les intérêts et les goûts de la clientèle du studio, plutôt aisée et largement anglo-protestante.

Après avoir étudié les images, il nous a semblé Pour en lire plus
Par Joanne Burgess et Gilles Lauzon

Lorsque nous avons été priés de donner notre point de vue d’historiens sur les trente-quatre photographies de William Notman sélectionnées par Andrzej Maciejewski, nous avons été séduits par le travail de cet artiste qui avait réussi à reproduire chaque vue de Notman selon le même cadrage, à la même époque de l’année et au même moment de la journée - mais à un siècle de distance. Maciejewski offre ainsi un lien privilégié avec le passé sans jamais sombrer dans la nostalgie.

Mais quel passé reflètent ces étonnantes trouées temporelles? La sélection atteste la nature de la riche collection laissée au Musée McCord par le Studio Notman : des photographies de qualité, dont les sujets trahissent les intérêts et les goûts de la clientèle du studio, plutôt aisée et largement anglo-protestante.

Après avoir étudié les images, il nous a semblé évident que nous disposions d’un portrait de Montréal entre 1863 et 1918 que la clientèle du Studio Notman aurait pu souhaiter montrer à des parents ou amis étrangers, d’un album souvenir de Montréal qu’auraient pu vouloir assembler de riches visiteurs britanniques pendant trois générations. L’idée étonne peut-être, mais le journal d’une jeune visiteuse britannique des années 1860, Frances Monck, confirme notre hypothèse.
Nous avons suivi le périple de ces riches « touristes virtuels ». Nous nous sommes autant interrogés sur ce que ceux-ci n’avaient pas connu que sur ce qu’ils avaient visité. Nous avons voulu mettre en lumière un éventail de réalités historiques parallèles - de réalités culturelles, sociales et économiques souvent éloignées de leur parcours, mais parfois aussi très proches d’eux. Nous avons puisé dans les centaines de milliers de photographies des collections du Musée McCord pour retenir des images à relier aux photographies initiales. Chaque fois, il y a eu passage d’un quotidien ancien à plusieurs.

Et un Montréal surprenant est apparu.
Avant de plonger dans ce Montréal des années 1863 à 1918, il convient de faire connaissance avec Frances Monck, notre guide des années 1860. Les origines familiales de Frances Monck et son mariage avec Richard Monck la relient à l’aristocratie anglo-irlandaise. Le frère aîné de son conjoint, Charles Stanley Lord Monck, est gouverneur général du Canada de 1861 à 1868. Frances, qui séjourne à deux reprises au Canada pendant ces années tandis que Richard Monck occupe des fonctions dans l’entourage du gouverneur général, jouit d’un accès exceptionnel à l’élite de la société canadienne tout en voyageant beaucoup au Québec et en Ontario. Curieuse et vivement intéressée par les paysages et les habitants, Frances note fidèlement ses impressions dans ses lettres et dans son journal. C’est avec elle que nous visiterons les vues les plus anciennes de la série.

Bonne visite !

© 2002, Musée McCord d'histoire canadienne. Tous droits réservés.

Frances Monck

« Mlle Rose m'a conduite en ville dans sa voiture pour voir lady Sarah, qui étati sortie. Dick nous a rencontrées chez Notman où je me suis fait photographier. Après le déjeuner, des officiers sont venus jouer au cricket.» – Extrait du journal de Frances Monck, Montréal, le 9 juillet 1864

Photographe: William Notman
Musée McCord d'histoire canadienne
1864 07 09
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Des objets divers et des documents d’archives, des photographies anciennes et contemporaines... deux quotidiens qui se dévoilent.

Un muséologue spécialisé en culture matérielle interroge les objets familiers de la vie quotidienne pour arriver à comprendre et à expliquer l’évolution d’un peuple, d’une culture, de cultures. C’est ce que propose « Deux quotidiens se rencontrent » : partir d’abord et avant tout de l’objet, et exploiter sa pluralité de sens.

Ainsi, à partir de la confrontation de 68 photographies de lieux et de scènes urbaines montréalaises d’hier (du studio Notman, XIXe siècle) et d’aujourd’hui (du photographe Andrzej Maciejewski) reproduisant le même point de vue, à la même période de l’année et à la même heure, nous explorons divers moments de la vie quotidienne.

À l’aide de capsules thématiques liées à chacune des 34 paires de photographies, nous vous convions à la découvert Pour en lire plus
Des objets divers et des documents d’archives, des photographies anciennes et contemporaines... deux quotidiens qui se dévoilent.

Un muséologue spécialisé en culture matérielle interroge les objets familiers de la vie quotidienne pour arriver à comprendre et à expliquer l’évolution d’un peuple, d’une culture, de cultures. C’est ce que propose « Deux quotidiens se rencontrent » : partir d’abord et avant tout de l’objet, et exploiter sa pluralité de sens.

Ainsi, à partir de la confrontation de 68 photographies de lieux et de scènes urbaines montréalaises d’hier (du studio Notman, XIXe siècle) et d’aujourd’hui (du photographe Andrzej Maciejewski) reproduisant le même point de vue, à la même période de l’année et à la même heure, nous explorons divers moments de la vie quotidienne.

À l’aide de capsules thématiques liées à chacune des 34 paires de photographies, nous vous convions à la découverte de la culture matérielle par l’intermédiaire d’objets «apparentés » à chacune des paires et documentés selon l’approche dite des « clefs de l’histoire ». Cette approche consiste à questionner les artefacts pour apprendre l’histoire par la forme et la fonction, les lieux, le temps, les personnes et l’ensemble des significations rattachées aux objets. Les pistes d’interrogation ouvertes par les clefs ne s’excluent pas l’une l’autre. C’est plutôt leur articulation qui permet de dégager un point de vue, de développer de nouveaux liens, d’élargir le champ de la connaissance.

C’est donc dans cet espace où on expérimente les expositions virtuelles et où on consulte des bases de données en ligne (qui offrent même la possibilité de conserver des dossiers personnalisés), que ce contenu vous est livré.

Aujourd’hui encore, les musées d’histoire sont considérés comme la source de référence la plus fiable pour la connaissance de notre passé collectif. Et si, par tradition, ils étaient des lieux de mémoire et non d’expérimentation, ils sont dorénavant des intervenants attentifs qui encouragent les débats par une dynamique de questionnement (et non de réponse). Ils fournissent ainsi au public une part d’initiative dans la construction du savoir.

© 2002, Musée McCord d'histoire canadienne. Tous droits réservés.

Objectifs d'apprentissage

L’apprenant va :
  • nommer les changements qui sont survenus au sein de la société canadienne en deux décennies (territoire, population, économie, etc.);
  • décrire en détails les changements qu’il ou elle est en mesure d’observer;
  • expliquer et émettre des hypothèses quant aux raisons qui pourraient justifier ces changements;
  • faire des liens entre les différences et les similitudes des deux époques.

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